"Cabinet noir" à l'Élysée : "François Fillon a fait une sorte de hold-up du contenu du livre", selon l'une des auteurs

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Partagez sur :

Olivia Recasens, journaliste et co-auteure de "Bienvenue Place Beauvau", a jugé lundi sur Europe 1 que "l'exploitation politique" du livre, notamment par François Fillon, était "un peu exagérée".

INTERVIEW

"Corruption", "trafic d'influence", "atteinte à la vie privée" et "abus d'autorité" : six responsables LR ont saisi lundi le procureur de Paris et le procureur national financier pour des "infractions" commises selon eux par l'exécutif et relatées dans le livre Bienvenue Place Beauvau, police : les secrets inavouables d'un quinquennat. Des accusations dont s'était saisi François Fillon, dès jeudi dernier, dénonçant un "scandale d'État". Le candidat de la droite "a fait une sorte de hold-up du contenu du livre", juge sur Europe 1 Olivia Recasens, auteure de ce fameux ouvrage avec les journalistes du Canard Enchaîné Didier Hassoux et Christophe Labbé.



"Il y a une sorte d'hystérisation en pleine campagne". "L'exploitation politique du livre est un peu exagérée. Il y a une sorte d'hystérisation en pleine campagne", observe la journaliste dans le Club de la presse. "Nous, on a fait un travail de journalistes, on a enquêté pendant plus de deux ans, et on n'a pas découvert de 'cabinet noir' au sens d'une officine clandestine montant des coups, inventant des affaires, mais une instrumentalisation, une exploitation pour déstabiliser l'adversaire d'un certain nombre d'informations policières et judiciaires", explique-t-elle. "Par exemple, quand une personnalité est mise sur écoute, l'information ne va pas uniquement sur le bureau du juge. Elle sert à nourrir des 'blancs', c'est-à-dire des notes confidentielles qui n'existent pas, et la hiérarchie policière fait remonter ces notes au plus haut sommet de l'État. Ensuite on décide ou non de les exploiter en fonction d'opportunités politiques", détaille l'ancienne directrice adjointe de la rédaction du Point.

Entendu sur Europe 1
On n'a pas découvert de 'cabinet noir' au sens d'une officine clandestine montant des coups et inventant des affaires.

Affaire Fillon : le supposé 'cabinet noir' "n'y est pour rien". Invité de "L'Émission politique" sur France 2 jeudi, François Fillon avait directement accusé François Hollande d'organiser à la tête d'un "cabinet noir" les fuites dans la presse sur ses affaires judiciaires. Didier Hassoux, lui, avait démenti ces mises en cause, en rappelant un passage du livre, pages 23-24 : "Le retour aux affaires des chiraquiens nourrit bien évidemment le soupçon sarkozyste de l'existence d''un cabinet noir. Il n'est pas possible d'en apporter la preuve formelle comme il n'est pas possible de prouver le contraire", est-il ainsi écrit. Page 17, il est même précisé : "Cette fois-ci, le supposé 'cabinet noir' de l'Élysée n'y est pour rien" dans l'affaire Fillon. "C'est vraiment une enquête de journalistes qui a sorti l'affaire", rappelle Olivia Recasens.

Les signalements LR "trop généraux pour faire l'objet d'une enquête"

Selon Béatrice Brugère, secrétaire générale du syndicat des magistrats FO, l'initiative des six élus LR a peu de chances d'aboutir. "Il y a des inexactitudes, beaucoup de généralités, parfois des erreurs", estime la magistrate, interrogée sur Europe 1. "La majorité des faits sélectionnés par les plaignants sont beaucoup trop généraux pour faire l'objet d'une enquête. Mais pas tous. Il y en a deux ou trois, lorsque l'on parle de faits précis comme pour l'histoire du fils de Valérie Pécresse", qui pourraient faire l'objet d'une enquête.