Bettencourt : Woerth menace

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Bettencourt : Woerth menace
@ REUTERS
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Le ministre du Travail et son épouse apparaissent dans les écoutes de la milliardaire.

Les enregistrements de conversations entre Liliane Bettencourt et ses conseils, transmis à la police, suscitent des interrogations sur le rôle joué par le ministre du Travail Eric Woerth et son épouse auprès de la milliardaire, selon des extraits publiés jeudi par Médiapart. Le nom du ministre est cité à plusieurs reprise, pour être intervenu en faveur de la milliardaire.

Dans un communiqué, Eric Woerth estime que ces allégations visent à porter atteinte à sa réputation, "au moment où, en tant que ministre du Travail", il présente la réforme des retraites, "ce qui ne me semble pas relever du hasard". Il ajoute qu'il se réserve, compte tenu de la gravité des allégations, la possibilité de porter plainte pour diffamation. Evoquant les propos selon lesquels il serait intervenu pour la situation fiscale de Liliane Bettencourt, le ministre assure: "Ce sont des allégations totalement dénuées de fondement. Elles sont d'autant plus ridicules que je rappelle qu'en tant que ministre du Budget j'ai mené une lutte acharnée contre l'évasion fiscale et les paradis fiscaux."

"Mon ami Eric Woerth"

Dans l'un des extraits, le gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, Patrick de Maistre, évoque l'implication d'Eric Woerth, alors ministre du Budget, dans un dossier concernant la construction d'un auditorium "André Bettencourt", du nom du mari défunt de l'héritière de L'Oréal. "Ils ont obtenu un bâtiment de l'Hôtel de la Monnaie. (...) Et ça, c'est mon ami Eric Woerth, dont la femme travaille pour nous, qui s'en est occupé. Et maintenant, il faut faire des travaux pour faire un auditorium. (...) Là, vous vous engagez pour donner au maximum 10 millions. (...) J'ai demandé au ministre Eric Woerth, qui est un ami, d'être là, parce que c'est grâce à lui qu'il y a eu l'Hôtel de la Monnaie", déclare Patrick de Maistre à la milliardaire, dans cette conversation du 27 octobre 2009.

Faisant référence à la femme du ministre, Florence Woerth, chargée de la gestion de la fortune de Liliane Bettencourt entre 2007 et début 2010, Patrick de Maistre indique à la milliardaire : "je pense qu'il faut que j'aille voir son mari et que je lui dise que avec le procès (...) on peut plus avoir sa femme. Et puis on lui, on lui, on lui donnera de l'argent et puis voilà."

"Une salariée normale"

Interrogé sur RTL, pour savoir si Liliane Bettencourt lui avait donné de l'argent, Eric Woerth a répondu : "non, bien sûr que non. Enfin, je ne sais même pas de quoi il s'agit. C'est un procès qui arrive, donc il y a un vent énorme qui tourne". Il a ajouté que son épouse a travaillé durant trois ans "dans le family office de Mme Bettencourt. Elle ne le dirige pas, elle y travaille. Elle est salariée, c'est une salariée normale".

Dans ces conversations, le rôle joué par l'Elysée dans l'affaire opposant l'artiste François-Marie Banier à la fille de Liliane Bettencourt est aussi évoqué. "Je vais à l'Elysée cet après-midi puisque le conseiller de Sarkozy m'a appelé ce matin - je ne lui avais rien demandé (...) Peut-être que cet après-midi, j'aurai quelque chose de nouveau", souligne ainsi Patrick de Maistre à la milliardaire le 3 juillet 2009.

Une enquête préliminaire pour "atteinte à la vie privée" a été ouverte en début de semaine par le parquet de Nanterre sur ces enregistrements embarrassants, qui auraient été réalisés de manière clandestine par l'ancien maître d'hôtel de Liliane Bettencourt, dans son hôtel particulier de Neuilly-sur-Seine. Le maître d'hôtel a été placé mercredi en garde à vue.