Aux origines de la tribune polémique anti-Macron dans le "New York Times"

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Aux origines de la tribune polémique anti-Macron dans le "New York Times"
@ SPENCER PLATT / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP
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Les opposants au président de la République ont abondamment relayé une tribune publiée jeudi dans le prestigieux quotidien américain. Usant souvent de raccourcis. 

C’est une tribune qui a abondamment nourri les réseaux sociaux pendant le week-end. Un texte, publié jeudi dans le New York Times, égratignant sans nuance Emmanuel Macron, a été relayé à l’envi par les opposants au président de la République. D’aucuns, parmi lesquels des médias français, en ont rapidement conclu que le prestigieux quotidien américain jugeait avec sévérité l’action du chef de l’Etat français, s’attirant les foudres, tout aussi virulentes, des pro-Macron. L’article est pourtant bel et bien une tribune publiée dans la page "Opinion" du journal new yorkais, et ne tient donc pas lieu d’éditorial. Décryptage.

Que dit cette tribune ?

Elle n’est pas tendre avec le président français. Titrée "Emmanuel Macron sera bientôt un autre président français qui a échoué", elle fustige Emmanuel Macron à "l’ego démesuré" et dont "l’approche hyper-personnalisée porte le risque qu’une fois son charme éteint, il ne reste rien à aimer chez ses supporters. Et c’est exactement ce qu’il se passe", écrit son auteur, sondages à l’appui. "Sa popularité souffre d’un mal fondamental : le ‘macronisme’. Son projet politique en entier est jusqu’ici trop focalisé sur sa personnalité", insiste l’auteur.

"Son attitude arrogante à l'égard du pouvoir a détruit l'image anti-establishment qu'Emmanuel Macron a cultivé durant sa campagne", poursuit le texte, qui condamne aussi "le vide au cœur de son projet politique". "Toute baisse continue du chômage en France serait la bienvenue, mais l'expérience d'autres pays suggère que cela impliquerait de nouvelles formes d'inégalités", poursuit encore son auteur, qui conclut : "Emmanuel Macron est toujours l'enfant chéri de l'élite libérale mondiale, mais son impopularité grandissante nous donne une meilleure image de ce qu'il a à offrir."

Qui est son auteur ?

Pour ceux qui ont apprécié sa tribune, c’est un universitaire de Cambridge. Pour ceux qui l’ont détestée, comme Hugues Renson, vice-président (LREM) de l’Assemblée nationale, c’est un partisan de Marine Le Pen et du Brexit :

Chris Bickerton est bel est bien professeur d’université  au St Queen’s College de Cambridge. Il est docteur en sciences politiques, un diplôme obtenu à Oxford en 2008. Spécialiste des questions européennes, il a enseigné à Amsterdam et à Science Po Paris.

Le qualifier de pro-Brexit n’est pas usurpé. L’homme a publié dans le Guardian en juin 2016 une tribune - là encore - dans lequel il expliquait son choix de voter pour la sorte de l’Union européenne de la Grande-Bretagne. Avec cette précision : "le Brexit n’est "pas la propriété de la droite". Chris Bickerton se définit donc de gauche, hostile aux politiques néo-libérales, ce qui explique en grande partie son hostilité à Emmanuel Macron.

En revanche, le qualifier de partisan de Marine Le Pen, comme l’a fait Christophe Castaner dans un tweet, est largement exagéré. Le porte-parole du gouvernement joint en illustration de son accusation un article de Chris Bickerton intitulé "ni gauche ni droite en France", qui n’est en fait qu’une analyse des résultats des élections régionales de 2015 en France.

L’auteur lui-même s’en est défendu - avec virulence, et en français dans le texte - sur Twitter, en réponse à Christophe Castaner

Pathetique. Le vide du macronisme est tel que le gouvernement traite ses critiques tout de suite de fascistes. Sans aucun debat de fond.

&mdash ; Chris Bickerton (@cjbickerton) 9 septembre 2017

Pourquoi sa tribune a eu tant d’écho ?

La tribune a mis du temps à être diffusé à grande échelle dans l’Hexagone. D’abord, c’est un journaliste de Marianne qui relaye la tribune, évoquant "un chroniqueur de New York Times" :

Le terme de "chroniqueur" n’est pas tout à fait exact, mais c’est quand BFMTV reprend l’information, en qualifiant la tribune d’"édito" que la machine s’emballe ("Président raté, égo démesuré : l’édito du New York Times qui assassine Macron"). Pour le coup, la chaîne d’information se trompe en laissant entendre qu’il s’agit là d’un texte qui reflète la ligne éditoriale du quotidien. Il s’agit en fait d’une tribune publiée dans la page "Opinion" du journal, au contenu libre. A titre de comparaison, on peut citer les pages "Idées" de Libération ou celles de "Débats et analyses" du Monde. Rien à voir avec un édito, donc signé dans le New York Times par l’editorial board du quotidien.

Sans se poser plus de question, plusieurs opposants au président de la République s’en emparent, comme l’a compilé le site diacritik :

tweets-tribune

Ils ne sont pas les seuls. Certains titres font également le raccourci. Exemple : "Le New York Times accable Emmanuel Macron" (Le Point), "Le New York Times assassine Emmanuel Macron dans un édito" (Vanity Fair), "Le New York Times tacle Emmanuel Macron" (Mediapart) ou encore "Emmanuel Macron,  le New York Times lui taille un costume sur mesure" (Public). La plupart de ces titres, comme celui de BFMTV, ont été changés.

Le mal est fait. Et en réponse, ce sont les pro-Macron qui répliquent. Pas toujours avec mesure, comme Christophe Castaner, ou le compte twitter @TeamMacronPR, qui fustige "l’ensemble des médias", alors que beaucoup ont pris la précaution de préciser qu’il s’agit bien d’une tribune.