Au Salon de l'agriculture, Wauquiez cultive sa différence

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Au Salon de l'agriculture, Wauquiez cultive sa différence
Laurent Wauquiez a joué le meilleur ami des bêtes (et des agriculteurs) sur le Salon de l'agriculture mardi.@ Thomas SAMSON / AFP
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Le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes s'est rendu porte de Versailles mardi. Il s'est posé en élu proche des agriculteurs et du terroir, par opposition à un Macron qui, selon lui, n'y comprendrait rien.

Le président des villes contre le challenger des champs. Voilà le duel que Laurent Wauquiez tente d'installer entre Emmanuel Macron et lui depuis des semaines. Le président des Républicains ne cesse de le répéter : il "n'habite pas à Paris", il "est passé à l'épreuve du terrain, de la Haute-Loire", il "est auvergnat". Bref, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes incarne les territoires, face au chef de l'État "le plus parisien qu'on ait jamais eu", "hanté par une haine de la province".

Pour enfoncer encore un peu le clou, Laurent Wauquiez ne pouvait rêver mieux qu'une visite au Salon de l'agriculture. Il y était mardi matin en tant que président de région. La casquette idéale –il retournera porte de Versailles mercredi avec celle de président des Républicains– pour jouer la carte du territoire. "Je suis content que vous soyez venus en force", a-t-il d'ailleurs répété à la quasi-totalité des exposants auvergnats.

"Hier, je me suis nourri avec du reblochon". Sa visite, en parka rouge évidemment, lui a permis de cocher toutes les cases du meilleur ami des agriculteurs. Celui qui apprécie les produits, d'abord. "Hier, je me suis nourri avec du reblochon", a-t-il lancé aux représentants des AOC juste après un copieux buffet auvergnat qui lui a permis d'éviter toute crise de manque de fromage. Saucisson, lait aromatisé, vin rouge, Laurent Wauquiez a fait honneur aux produits et aux producteurs de 8h30 du matin à 13 heures, moment où il est…parti déjeuner.

"L'agriculture c'est une passion". Mais un bon représentant du terroir ne mange pas seulement, il flatte, tâte, apprécie les encolures et les naseaux, les poils et les jarrets. "Pour moi, l'agriculture, ce n'est pas qu'une conviction. C'est une passion", a asséné Laurent Wauquiez. Pour le prouver, il s'est intéressé à toutes les bêtes, prenant bien évidemment une photo avec Haute, vache Aubrac star du salon, mais caressant aussi des chèvres du Massif central. Et cela paie. Les propriétaires de Haute ont ainsi trouvé le président des Républicains "proche du terrain, de l'agriculture que l'on fait", quand une éleveuse de caprins se félicitait de voir un élu "sensible à la conservation de cette race en petit effectif".


"C'est un monde que j'aime". Visiblement très à l'aise, le tutoiement facile, ayant plus d'égard pour les chevaux que pour l'ancien ministre de la Défense Gérard Longuet, croisé sans s'arrêter, Laurent Wauquiez a égrené les indices faisant de lui un homme à l'aise en bottes dans la boue. "C'est pas ma première visite, je les connais [les agriculteurs]", a assuré celui qui a aussi réussi à glisser qu'il était détenteur du galop 7 en équitation. "C'est surtout un monde que j'aime."

"Ce monde, Macron ne l'écoute pas". Contrairement, bien sûr, vous l'aurez compris, à Emmanuel Macron. Car rien ne sert de se poser en élu du terroir si on ne fait pas de son adversaire un parisien snob. "C'est un monde [agricole] qui a besoin de respect et de solidarité", a enchaîné Laurent Wauquiez devant les caméras. "Le président de la République ne l'a pas témoigné quand il est venu." Une allusion aux discussions musclées entre Emmanuel Macron et certains agriculteurs. "Ce monde-là, Emmanuel Macron ne le comprend pas, ne l'écoute pas. C'est un monde qu'il méprise et qu'il ignore. Combien de fois, depuis qu'il est président, est-il venu sur une exploitation agricole ? Moi, tous les mois, je vais échanger et discuter avec des agriculteurs."

"Ici pour parler des agriculteurs". Face aux exposants aussi, Laurent Wauquiez n'a pas hésité à tailler des croupières au pouvoir en place. "Dramatique !", s'est-il exclamé devant un éleveur inquiet à cause des loups. "En plus ils [l'exécutif] ont durci les règles qui permettent de se défendre [contre les canidés] donc ils racontent n'importe quoi." Et pas question de le faire dévier de sa cible préférée. Le président des Républicains a refusé de répondre aux questions sur les propos d'Alain Juppé, sévère à son égard. "Je suis ici pour parler des agriculteurs. Si ça ne vous intéresse pas, il faut pas venir au Salon de l'agriculture", a-t-il sèchement lancé à une journaliste.

En dépit de quelques réfractaires, notamment un visiteur qui lui a conseillé de "venir demain [mercredi] avec Marine Le Pen" pour "la tenir par la main", le style Wauquiez a globalement plu dans les travées arpentées par la doudoune rouge. "Quelqu'un me disait de ne pas me laisser marcher sur les pieds", s'est félicité le président de Région. "Je ne me laisse pas marcher sur les pieds et j'aime qu'il y ait des gens en France, quelle que soit leur tendance, qui soient capables de dire 'la pensée unique on n'en veut pas'."