ARCHIVES - IVG, devoir de mémoire, Europe : Simone Veil, une voix qui portait

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ARCHIVES - IVG, devoir de mémoire, Europe : Simone Veil, une voix qui portait
Simone Veil est morte vendredi à l'âge de 89 ans.@ AFP
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L'ancienne ministre de la Santé de Valéry Giscard d'Estaing, morte vendredi à 89 ans, s'est illustrée en présentant le projet de loi sur l'interruption volontaire de grossesse en 1974. Mais aussi en défendant l'Europe.

ARCHIVES EUROPE 1

Une figure de la politique française s'en est allée. Simone Veil est morte vendredi matin à l'âge de 89 ans. Ministre de la Santé de 1974 à 1979, elle avait porté la loi dépénalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG) en 1974. Simone Veil avait par la suite été présidente du Parlement européen et membre du Conseil constitutionnel, puis de l'Académie française. À chaque fois, dans tous ces lieux de pouvoirs, elle avait défendu avec vigueur ses convictions.

Europe 1 revient en archives sur les combats de sa vie.

  • Mai 1974 : L'ELABORATION DU PROJET DE LOI SUR L'IVG

Devenue ministre de la Santé en mai 1974, juste après l'élection de Valéry Giscard d'Estaing à l'Élysée et l'arrivée de Jacques Chirac à Matignon, Simone Veil est immédiatement chargée de plancher sur un projet de loi de dépénalisation de l'IVG.

"Je crois que le problème de l'avortement est vraiment un problème de conscience individuel, extrêmement profond, intime à chacun", explique-t-elle le 28 mai au micro d'Europe 1. "Il faut permettre à chacun de trouver dans la législation les solutions qui sont conformes à ses propres aspirations. Il faut essayer de nouer un dialogue avec toutes les personnes concernées, toutes les conceptions qui peuvent s'affronter."

 
Simone Veil en mai 1974 : "Le problème de l...par Europe1fr

  • Novembre 1974 : LE VOTE DU TEXTE


Le 29 novembre 1974, le Parlement adopte la loi légalisant l'interruption volontaire de grossesse. Au micro Europe 1 de Gérard Carreyrou, Simone Veil revient sur les débats houleux autour de ce texte.

Est-ce l'un des plus grands jours de sa vie ? "Non, pas du tout. C'est un jour de travail comme un autre", assure-t-elle. "J'avais le trac non pas en raison de l'enjeu, mais en prenant conscience du problème de conscience que cette question posait pour tout le monde", explique également la ministre. Les débats lui ont pourtant valu de nombreuses insultes et des échanges très violents avec certains élus.

  • Mars 1979 : LE DEVOIR DE MEMOIRE

Déportée dans les camps de Drancy, puis d'Auschwitz-Birkenau à l'âge de 16 ans, Simone Veil est une rescapée de la Shoah. Tout au long de sa vie, elle tiendra à rappeler l'importance du devoir de mémoire. "Si aujourd'hui on (les déportés, ndlr) veut qu'on parle des camps, ce n'est pas par rancœur, c'est simplement pour qu'on n'oublie pas. La seule façon d'éviter le retour du passé est de ne pas l'oublier", explique ainsi la ministre de la Santé en mars 1979. "Si nous en parlons en sachant rire, c'est parce que profondément, nous croyons en l'homme. Nous avons vu que les êtres humains contenaient en eux quelque chose d'extraordinaire de possibilité de tendresse."

 
Simone Veil : "La seule façon d'éviter le...par Europe1fr

  • Avril 1979 : DES CONVICTIONS PRO-EUROPEENNES

De son histoire personnelle, Simone Veil a tiré une foi fervente en l'Europe. Au printemps 1979, elle est chargée par Valéry Giscard d'Estaing de conduire une liste UDF aux élections européennes. "J'ai des convictions européennes très profondes", explique-t-elle en avril. "L'Europe, c'est l'espoir de progrès. Nous sommes confrontés à des contradictions, une situation économique grave. Je suis convaincue que seule l'Europe permet d'affronter toutes ces difficultés, toutes ces contradictions."

Décidée à défendre "l'Europe de la démocratie, des valeurs", Simone Veil se présente à la présidence du Parlement européen, qu'elle remporte en juillet 1979. Elle devient la première femme à ce poste, qu'elle occupe jusqu'en 1984.

 
Simone Veil : "L'Europe, c'est l'espoir de...par Europe1fr

  • Octobre 2007 : LE TEMPS DU BILAN

 "Je suis optimiste. Quand j'entends tout le monde dire que jamais le monde n'a été aussi horrible, et que je pense aux deux Guerres mondiales, je trouve qu'on ferait bien d'être plus modeste." Interrogée par Jean-Pierre Elkabbach sur Europe 1 en octobre 2007, à l'occasion de la sortie de son autobiographie, Une vie, Simone Veil se montre toujours combative. Si elle s'est peu à peu retirée de la vie politique au cours des années 2000, après dix années passées au Conseil constitutionnel, l'ancienne ministre de la Santé ne se prive pas d'exprimer ses positions.

En 2007, elle soutient Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle. Au micro d'Europe 1, Simone Veil fustige les positions du Vieux Continent, qui "fait toujours la morale aux autres" pays, notamment dans le Tiers monde. Trois ans plus tard, c'est sous la Coupole de l'Académie française que la rescapée des camps fait son entrée. D'elle, Jean d'Ormesson dit alors qu'elle lui fait penser "à ces grandes dames d'autrefois, dont la dignité et l'allure imposaient le respect. Et puis, je considère votre parcours et je vous vois comme une de ces figures de proue en avance sur l'Histoire".


Simone Veil en octobre 2007, le temps du bilanpar Europe1fr