Après l'affaire Le Roux, la gauche fait pression sur Fillon

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Après l'affaire Le Roux, la gauche fait pression sur Fillon
Après la démission de Bruno Le Roux, la gauche souligne l'entêtement de François Fillon.@ MARTIN BUREAU / AFP
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Bruno Le Roux, soupçonné de détournement de fonds publics, a quitté son poste de ministre de l'Intérieur quand François Fillon, mis en examen, est toujours candidat à la présidentielle.

Les choses sont allées vite, très vite. Lundi soir, peu avant 20 heures, l'émission Quotidien révélait que le ministre de l'Intérieur, Bruno Le Roux, avait employé ses deux filles comme assistantes parlementaires alors qu'elles avaient chacune des activités prenantes (un stage ou une scolarisation en classe préparatoire) en même temps. Le lendemain, en milieu de journée, le parquet national financier se saisissait de l'affaire. Et à 18 heures, Bruno Le Roux n'était plus ministre de l'Intérieur.

Sous le nez de Fillon. Faute de pouvoir affirmer que l'ancien chef de son groupe à l'Assemblée est irréprochable, la gauche a souligné son sens des responsabilités et son respect de la justice. Et en profite aussi pour agiter le cas de Bruno Le Roux sous le nez de François Fillon. Cela fait désormais deux mois que le vainqueur de la primaire de la droite est soupçonné lui aussi d'avoir fourni des emplois fictifs à des membres de sa famille. Mis en examen la semaine dernière, il a refusé de se retirer de la campagne présidentielle.

"Absurdité". Le Parti socialiste n'a pas manqué l'occasion qui lui était offerte de souligner cette différence d'attitude. Mercredi, dans un communiqué, il a demandé "expressément" à François Fillon de retirer sa candidature. "L'exemplarité et la célérité avec lesquelles Bruno Le Roux a présenté sa démission ne font que souligner l'absurdité et la dangerosité avec laquelle vous vous entêtez, sans aucunement vous soucier des effets délétères de votre obstination sur la démocratie", a-t-il écrit. "La présomption d'innocence ne peut plus servir à justifier votre présomption d'innocence."

Hollande s'en mêle. Devant son Conseil des ministres, mercredi, François Hollande a aussi ajouté sa petite musique à ce concert de reproches. "La République exemplaire" ne tolère aucune "suspicion à l'égard des personnes qui exercent les plus hautes fonctions ou qui briguent les plus hautes responsabilités", a-t-il déclaré, lui qui est pourtant très discret depuis le début de la campagne. "C'est l'image de la démocratie qui est en jeu, c'est la qualité et la dignité du débat électoral qui est menacé." Sans être nommés, ce sont bien François Fillon, mais aussi Marine Le Pen, elle aussi soupçonnée d'emplois fictifs, qui sont dans le viseur.

Sur LCP et Public Sénat mercredi, Emmanuel Macron en a remis une couche. Saluant la "décision difficile à prendre" de Bruno Le Roux, il a adressé une pique à ses deux adversaires à la présidentielle. "[Cette démission] montre aussi, si besoin était, à qui de droit, d'abord l'impartialité de la justice et des procédures et que d'autre part l'esprit de responsabilité existe en politique." 

La droite riposte et parle de "manœuvres". Sans surprise, la droite et son candidat n'ont que peu goûté ces sorties successives. Dans un communiqué diffusé mercredi après-midi, Luc Chatel, porte-parole de François Fillon, a accusé "le pouvoir socialiste, relayé par Emmanuel Macron" de commettre "un véritable hold-up démocratique". De fait, ces derniers appellent au retrait du vainqueur de la primaire de la droite alors que les candidatures pour la présidentielle sont closes et qu'il ne peut donc pas avoir de remplaçant. Surtout, Luc Chatel fustige les "manœuvres" de la gauche, sous-entendant une nouvelle fois que les poursuites engagées contre son champion relèvent d'une manipulation politique. "La chronologie est trop parfaite pour être le fruit du hasard. À chaque fois que le candidat de la droite et du centre s'impose comme le seul homme susceptible d'apporter des solutions concrètes au redressement de la France, sortent des pseudo-révélations pour l'atteindre."