Anne Hidalgo, la vraie frondeuse ?

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Anne Hidalgo, la vraie frondeuse ?
@ PATRICK KOVARIK / AFP
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Depuis son élection, la maire de Paris enchaîne les bras-de-fer avec le gouvernement.

Elle se rêve en "super maire". Anne Hidalgo a adressé en septembre à François Hollande et Manuel Valls une note dans laquelle elle expose un projet de réorganisation des pouvoirs dans la capitale, selon Le Monde. L'objectif est clair : rattacher plus de prérogatives à la mairie de Paris, au détriment de l'Etat. Alors qu'un bras-de-fer l'opposait déjà à l'exécutif sur le travail le dimanche, Anne Hidalgo a donc choisi de poursuivre son offensive.

Elle veut plus de compétences. Le projet mis sur la table par la maire de Paris est celui d'une profonde transformation. Anne Hidalgo, qui déplore des "lourdeurs bureaucratiques" dans le fonctionnement de sa ville, affirme que la capitale a vocation à devenir "une nouvelle collectivité de la République", avec la fusion de la commune et du département. Autre point noir selon elle : "la répartition des compétences" entre la ville et l'Etat, qui "nuit à l'efficacité des politiques qu'il faut conduire". La maire de Paris souhaiterait notamment "être compétente pour traiter de l'intégralité des questions d'urbanisme", mais aussi avoir autorité sur l'ensemble de la voirie parisienne, par exemple pour décider des horaires d'ouverture des débits de boisson ou prendre des arrêtés d'interdiction d'alcool. Enfin, Anne Hidalgo souhaite faire "évoluer" la carte des arrondissements, en rappelant les écarts de population "considérables" entre eux.

Un coup de pied dans la fourmilière en bonne et due forme. "A moi de porter une nouvelle étape dans l'histoire de la conquête démocratique de Paris, qui ne fasse plus peur à l'Etat central", s'enflamme Anne Hidalgo dans Le Monde. Un acte très politique, dans un contexte de tensions avec le gouvernement.

Accrochage avec Macron. Ces dernières semaines, la maire de Paris s'est en effet accrochée avec Emmanuel Macron sur l'extension du travail le dimanche dans sa ville. Le ministère de l'Economie a publié cet été un projet de décret délimitant les nouvelles zones touristiques internationales (ZTI) dans lesquelles les magasins pourront ouvrir tous les dimanches. Anne Hidalgo a répondu le 4 septembre par une lettre au vitriol, accusant Emmanuel Macron d'entretenir "le fantasme d’une ville entièrement dédiée à un tourisme consumériste".

La semaine dernière sur BFMTV, elle dénonçait encore "une généralisation déguisée du travail le dimanche à Paris". Et l'édile compte déposer à la fin du mois une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) pour obtenir une révision de la loi Macron sur ce sujet. "Il faut que certains grands ministères très jacobins comprennent que les villes-mondes comme Paris sont porteuses de modernité face aux Etats centraux", assénait-elle dans Le Monde jeudi dernier. Une attaque claire à l'endroit d'Emmanuel Macron.

Des bras-de-fer en série. Le délicat dossier du travail dominical n'est pas le premier sujet de tension entre Anne Hidalgo et le gouvernement, loin de là. Depuis son élection à l'Hôtel de ville, en mars 2014, la maire de Paris a déjà croisé le fer avec l'exécutif sur de nombreux dossiers. Baisse des dotations de l'Etat, taxe de séjour dans l'hôtellerie de luxe, circulation alternée, candidature aux JO 2024, centres d'hébergement pour les réfugiés : elle est montée au créneau lors de chacun de ces épisodes.

A chaque reprise, Anne Hidalgo ne manque pas de prendre des positions qui la rapprochent des "frondeurs" de l'aile gauche du PS et des écologistes. C'est le cas sur le travail dominical, où elle rejoint l'avis de Martine Aubry, dont elle a été la porte-parole pendant la primaire socialiste de 2011. Mais aussi sur le dossier des migrants ou celui de la circulation alternée, dans lequel elle a affronté Ségolène Royal. Le moyen d'occuper un espace politique ?

Une majorité de gauche plurielle. Dans l'opposition parisienne, on raille ce positionnement. "Mme Hidalgo, pour justifier ses mauvais résultats, tente de prendre ses distances avec l'impopularité du président de la République. Peut-être rêve-t-elle d'incarner la relève au PS au lendemain de 2017 ?", a ironisé Pierre-Yves Bournazel, conseiller de Paris Les Républicains, cité par le JDD mi-septembre. Anne Hidalgo doit surtout composer avec la réalité : sa majorité au Conseil de Paris compte des écologistes et des communistes. Alors que ces derniers sont vent debout contre la politique de l'exécutif, on comprend la nécessité pour la maire de Paris de s'en démarquer.