Algérie : le moment où Hollande a compris qu’il avait dérapé

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Algérie : le moment où Hollande a compris qu’il avait dérapé
@ MAX PPP
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COULISSES - L’alerte est venue d'Internet. Et c'est la stature présidentielle qui est égratignée.

La blague de trop. Pour la première fois, une plaisanterie dont François Hollande est coutumier a provoqué un incident diplomatique : le chef de l'Etat a dû exprimer dimanche ses "sincères regrets" après une boutade sur la sécurité en Algérie, regrets accueillis "avec satisfaction" à Alger. Mais quand le président a-t-il pris conscience que son trait d’humour constituait un dérapage ? Selon les informations d'Antonin André, journaliste politique à Europe 1, c’est la cellule "internet" de l’Elysée qui a donné l’alerte en voyant les débats sur les réseaux sociaux. A long terme, l’incident laissera des traces.

>> L'INFO - Hollande tente de couper court à la polémique

Rentré "sain et sauf" d’Algérie. Prenant la parole le 16 décembre devant le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), le chef de l'Etat avait déclaré sur le ton de la plaisanterie que Manuel Valls, le ministre de l'Intérieur, était rentré d'Algérie "sain et sauf". Avant d'ajouter: "c'est déjà beaucoup". Selon les informations recueillies par Europe 1, ce n’est pas le soir même ni le lendemain que le chef de l’Etat a pris conscience que son trait d’humour avait choqué. Vendredi après-midi, c’est donc la cellule "internet" de l’Elysée qui a fait remonter l’ampleur de la polémique.

L’affaire devient diplomatique. A partir de là, François Hollande évoque le sujet avec son conseiller diplomatique. "Je ne visais pas précisément l’Algérie", regrette manifestement François Hollande devant quelques collaborateurs. Le Quai d’Orsay est alors chargé de prendre contact avec les autorités algériennes pour évaluer le niveau d’irritation des officiels algériens. "Il est contenu", temporise dans un premier temps un conseiller qui a géré le dossier en direct.

Mais, en coulisses, selon les informations recueillies par Europe 1, l’Elysée, comme le pouvoir algérien, s’inquiètent d’un possible embrasement d’une partie de l’opinion publique algérienne toujours très sensible dès qu’il s’agit des mots employés par la France. "Il y a encore beaucoup de gens qui ne nous aiment pas en Algérie", décrypte un diplomate.

La bombe est désamorcée… et après ? C'est pourquoi, dimanche, le chef de l’Etat a décidé de publier un communiqué dans lequel "il exprime ses sincères regrets". La crise diplomatique majeure est évitée. Mais à plus long terme, l’incident laissera des traces. Le 20 décembre 2012, il y a un an quasiment jour pour jour, François Hollande avait prononcé un discours de réconciliation devant le Parlement algérien. Il avait alors reconnu l'utilisation de la torture, les massacres et le caractère injuste de la colonisation. Avec sa boutade, ce sont tous les effets positifs de ce discours qui sont annulés auprès de l’opinion algérienne.

Et en France, François Hollande, avec cette prise de parole non-contrôlée, abîme sa propre stature présidentielle. Il y a quelques semaines, en visite dans une usine automobile à Monaco, devant un prototype baptisé Volage, François Hollande n’avait pu retenir sa blague. "Volage ?" "Ce n'est pas parce que le Prince Albert la conduit"... C'est peut-être drôle mais ça n'est pas du niveau d'un président, estime Antonin André, du service politique d’Europe 1.