A Lyon, Emmanuel Macron donne "de l'envie" avant de donner un programme

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A Lyon, Emmanuel Macron donne "de l'envie" avant de donner un programme
Entre 12.000 et 16.000 personnes sont venues au meeting de Macron, samedi, à Lyon.@ JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP
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Le fondateur d'En Marche!, qui tenait un meeting samedi dans la capitale des Gaules, se refuse à chiffrer précisément des mesures concrètes. Et c'est aussi ce qui plaît à ses supporters.

REPORTAGE

Les meetings d'Emmanuel Macron ont toujours une allure particulière. Un parfum de keynote Apple au début, en juillet, quand il était encore officiellement ministre de l'Economie et non candidat. Un air d'expérience mystique, début décembre, lorsqu'il avait rempli la Porte de Versailles et perdu sa voix en haranguant les foules. Et, enfin, un mélange de concert et de match de boxe à l'américaine, samedi, au Palais des Sports de Gerland, à Lyon. Seul, sur un ring bleu blanc rouge, cerné par un public survolté - et si fourni qu'une petite moitié a été contrainte de rester dehors et de regarder le spectacle sur grand écran - , le fondateur d'En Marche! s'est livré à l'un de ces shows dont il a le secret.



La seule chose qui ne change pas, en revanche, c'est la tonalité. Dans des discours fleuves qui dépassent toujours allègrement l'heure et demie, Emmanuel Macron balaie tous les sujets, de la sécurité à la culture, en passant par l'emploi, la laïcité et l'Europe. Distille savamment çà et là quelques mesures concrètes. Mais préfère parler du cadre, de "la vision", comme expliquent son entourage et ses militants, qu'égrener des pages de programme.

Politique générale. Son meeting lyonnais n'a pas fait exception. Le candidat à la présidentielle y a livré un nouveau discours de politique générale, construit autour de la déclinaison de la devise nationale "liberté, égalité, fraternité". Maniant avec (trop de) maîtrise l'art du story-telling, ce qui l'a poussé par exemple à parler de l'exil de sa grand-mère des Hautes-Pyrénées vers Nevers ou à conter l'histoire d'une jeune Lynda issue d'un milieu modeste et en passe de devenir notaire, Emmanuel Macron a repris ses antiennes désormais bien connues.

Applaudir De Gaulle et Mitterrand. Sa vision de la liberté qui, parce qu'elle doit permettre à chacun de se réaliser professionnellement, entraîne l'égalité. Son désir de dépasser les clivages politiques, qui l'a amené à faire applaudir avec la même ferveur François Mitterrand, le général de Gaulle ou Philippe Seguin - ce dernier étant, et cela n'a rien d'un hasard, le mentor de François Fillon. "Je ne vous dis pas que la gauche et la droite, cela ne signifie plus rien, ou que c'est la même chose", s'est-il défendu. "Mais ces clivages, dans les moments historiques, sont-ils indépassables ? Pour s'émouvoir aux grands discours sur l'Europe de François Mitterrand, quelques semaines avant sa mort, fallait-il être de gauche ? Pour éprouver de la fierté lors du discours de Jacques Chirac au Vel-d'Hiv', fallait-il être de droite ? Non. Il fallait être Français."

Des mesures concrètes... Emmanuel Macron a aussi développé quelques mesures programmatiques déjà annoncées au fil de ses interventions médiatiques. Le recrutement de 10.000 fonctionnaires de police et de gendarmerie sur cinq ans et la "réorganisation" de ces forces de l'ordre "pour que la protection des Français puisse être plus efficace, plus visible". Un budget de la défense "progressivement porté à 2% du PIB", comme le réclame l'actuel chef d'état-major des armées, Philippe de Villiers.

En matière économique, l'ancien patron de Bercy a de nouveau prôné la suppression du RSI et affirmé son rejet du revenu universel que, selon lui, les plus démunis ne demandent pas. "Ils l'ont, ça s'appelle le RSA. Et si on savait le multiplier par deux, j'ose espérer qu'on l'aurait fait depuis longtemps." Lui a préféré se positionner en candidat du travail, qu'il entend "libérer" en procédant à des baisses de cotisations salariales généralisées, et patronales sur les plus bas salaires. En matière d'éducation aussi, Emmanuel Macron s'est attaché à détailler des propositions, promettant notamment de "diviser par deux le nombre d'élèves par classes" et de "beaucoup mieux payer" les enseignants des classes de CP et CE1 en zones d'éducation prioritaire.

…et d'autres qui le sont moins. En revanche, dès qu'il s'est agi d'écologie ou de culture, le discours est resté très général. "Je veux que nous poursuivions la trajectoire en termes de transition énergétique et environnementale", a-t-il déclaré, sans détailler les moyens d'y parvenir, à ceci près qu'ils devront être "justes et équilibrés". En matière de culture, il a fallu se contenter du "Pass" de 500 euros à destination des 18-25 ans et de l'ouverture des bibliothèques le soir et le week-end. Souvent accusé par ses adversaires de louvoyer – "Je veux bien dialoguer avec lui, mais sur quelle base ?" demandait ainsi Benoît Hamon dans Le Monde ce week-end-, Emmanuel Macron n'a pas dévié d'un pouce, repoussant à plus tard, normalement la fin du mois, le moment du chiffrage et des détails.

Il donne une direction qui, moi, me touche au cœur. Il propose la base, l'élan, la couleur. Ensuite, on déclinera le détail.

"Il propose la base, l'élan, la couleur". Et cela ne trouble aucunement son public et électorat potentiel, mélange de familles, de jeunes urbains branchés et d'actifs CSP+. "Il donne une direction qui, moi, me touche au cœur", explique Marie-Dominique, transportée par le discours de celui qui, selon elle, "redore enfin le blason" d'une classe politique "en mal d'intelligence". "Il propose la base, l'élan, la couleur. Ensuite, on déclinera le détail." Pour Marion, 28 ans, le "cadre philosophique" est posé, et c'est bien là le principal. N'a-t-elle pas peur d'être déçue par certaines mesures plus tard ? Le risque lui semble minime au vu des "idées progressistes" du candidat. Et cette jeune blonde qui apprécie particulièrement le discours européiste d'Emmanuel Macron "ne pense pas qu'on soit obligés d'adhérer à tout, à 100%."

Sa mère, Isabelle, pétulante quinquagénaire à l'allure soignée, a été "scotchée intellectuellement" par l'homme rencontré pour la première fois en novembre dernier, le premier à permettre à "tous les membres de la famille de soutenir le même parti". "Les gens sont dans l'urgence et la précipitation. Lui fédère une vision. Il y a une espèce de fluide."

"Un président, ce n'est pas un épicier". C'est aussi ce qu'Emmanuel Macron ne dit pas qui séduit. Ni élans identitaires, ni attaques sur le traité européen de 2005 par exemple, alors que "des gros candidats, personne ne l'a défendu, même pas Benoît Hamon", souligne Berndt, le compagnon de Marie-Dominique, 51 ans et un léger accent qui trahit ses origines allemandes. "Et puis il est très précis sur certains sujets, comme lorsqu'il dit qu'il respectera les critères de Maastricht ou les règles de Schenghen."

Pierre, trentenaire qui travaille dans l'urbanisme, s'est rendu samedi pour la première fois à un meeting d'Emmanuel Macron. Il y a "vu quelqu'un qui sait où il va" et n'a "aucune inquiétude" pour la suite. "Un président, ce n'est pas un épicier. L'important, c'est d'avoir une vision, pas forcément d'être dans les détails de la comptabilité." Benjamin Griveaux estime quant à lui qu'Emmanuel Macron en est au même stade que ses rivaux à la présidentielle. "Il va falloir que [nos adversaires] trouvent un autre angle d'attaque", balaie le porte-parole d'En Marche!. Vous le connaissez, vous, le programme de François Fillon sur la santé ? Petits soins, gros soins, cela fait deux mois et demi qu'on en parle et on n'en sait pas plus."

Un président, ce n'est pas un épicier. L'important, c'est d'avoir une vision, pas forcément d'être dans les détails de la comptabilité.

"Une démonstration d'envie". Le "cadrage budgétaire" d'Emmanuel Macron viendra "fin février", promet Benjamin Griveaux. Pas question d'accélérer le calendrier. C'est probablement le candidat lui-même qui résume le mieux, dès les premières minutes de son discours, ce qu'est pour l'instant son projet : "une démonstration d'envie, une démonstration d'enthousiasme."

Pour Pierre, il y a peut-être "un petit côté marketing" à cette absence de programme précis, à 78 jours de la présidentielle. Emmanuel Macron est-il de ceux qui croient aux campagnes très courtes, à la "Blitzkrieg", qui permet de l'emporter dans la dernière ligne droite ? Benjamin Griveaux sourit, élude. "On n'a pas de stratégie, nous. On est des amateurs", répond le porte-parole d'un mouvement capable de faire venir entre 12.000 et 16.000 personnes, un samedi, pour acclamer son champion monté sur un ring géant.