2017 : l'idée du "candidat naturel" empoisonne le Parti socialiste

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2017 : l'idée du "candidat naturel" empoisonne le Parti socialiste
@ vincent kessler / POOL / AFP
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Que ce soit François Hollande en premier choix ou Manuel Valls en second, personne n'est d'accord pour dire qu'une figure se détache pour représenter le PS à la présidentielle.

"Il n'y a pas de candidat naturel" à gauche. Prononcée par un frondeur socialiste, Jean-Luc Mélenchon ou un communiste, cette phrase serait passée inaperçue. Mais elle émane de Ségolène Royal, ministre de l'Environnement.

Jeudi soir dans L'Emission Politique de France 2, l'ancienne candidate à la présidentielle de 2007 était interrogée sur l'opportunité d'une candidature de François Hollande. Celui-ci, contesté par sa majorité, voire par certains proches ces dernières semaines, n'a pas franchement été défendu par Ségolène Royal. Qui, lorsqu'on lui a demandé si Manuel Valls s'imposait comme un recours "naturel" en cas d'empêchement du président, a également balayé cette hypothèse : "il n'y a pas de candidat naturel."

La gauche en mal de leadership. Le principe d'un "candidat naturel" qui s'imposerait pour mener le parti et, parfois, ses alliés, à la victoire, a toujours été plus difficilement accepté à gauche qu'à droite. Morcelée, la gauche a bien moins le sens du "culte du chef" qu'une droite encore traversée d'inspiration gaulliste. En 2011, la primaire avait été introduite précisément en partant du principe que, dénué de candidat naturel, le parti doit permettre à ses sympathisants de voter pour en choisir un. Mais, dans la situation très particulière qui est la sienne à la veille de l'élection présidentielle de 2017, le Parti socialiste vient de franchir un nouveau pas.

Hollande, candidat "normal" mais pas "naturel". De fait, l'organisation d'une nouvelle primaire alors que le chef de l'État sortant est socialiste ne faisait pas l'unanimité. Les soutiens de François Hollande auraient voulu que le président soit le "candidat naturel". Ils ont dû se résoudre à accepter une élection pré-présidentielle sous la pression, notamment des frondeurs. Ce compromis est l'aboutissement d'un quinquennat fait de déchirures au sein du PS, mais aussi entre le PS et le reste de la gauche qui avait soutenu le candidat Hollande mais ne lui a jamais pardonné, entre autres, sa politique économique social-libéral. Comme le résumait le député frondeur Jérôme Guedj en juin dernier, la primaire de janvier doit "retisser les liens d'une gauche qui s'est fracturée ces dernières années".

Même les ministres ne voient pas de "candidat naturel". Qu'Arnaud Montebourg, Benoît Hamon, Gérard Filoche ou Marie-Noëlle Lienemann, tous fermement opposés à la politique menée pendant le quinquennat de François Hollande, et tous candidats à la primaire, se réjouissent qu'il n'y ait pas de "candidat naturel" au PS, ne surprendra personne. Mais même au sein du gouvernement, des désaccords se font jour. Officiellement, personne ne viendra contester une candidature Hollande. Officieusement, certains rêvent de "s'en débarrasser", comme le disait un ministre au Point le mois dernier.

Si d'aventure, le président de la République estimait ne pas devoir se présenter, alors Manuel Valls serait naturellement le mieux placé pour assurer ces fonctions. 

Le recours Valls ne fait pas l'unanimité. Surtout, tous sont bien obligés d'envisager l'hypothèse d'un renoncement du président. Et, là encore, aucune personnalité ne s'impose "naturellement" comme un recours. Manuel Valls tente bien de se positionner depuis plusieurs semaines, disant se "tenir prêt" à reprendre le flambeau. Il était d'ailleurs soutenu par le ministre de l'Économie, Michel Sapin, et celui de la Défense, Jean-Yves Le Drian, tous deux parmi les plus fidèles hollandais. "Si d'aventure, le président de la République estimait ne pas devoir se présenter, alors Manuel Valls serait naturellement le mieux placé pour assurer ces fonctions. Il en a la compétence, le courage, la volonté, la détermination", disait ainsi Jean-Yves Le Drian, sur Europe 1 dimanche dernier.

Cacophonie. La sortie de Ségolène Royal montre bien qu'au sein du gouvernement, tout le monde ne partage pas ce point de vue. Conséquence directe de cette absence d'unanimité, les rumeurs de candidatures possibles, potentielles ou probables se multiplient : la ministre de l'Environnement elle-même aurait été approchée, mais ne se montre, pour l'instant, pas intéressée. Les noms de Najat Vallaud-Belkacem, mais aussi de Jean-Yves Le Drian, sont sortis dans la presse. Plus que jamais, l'absence de "candidat naturel" à gauche confère à la cacophonie.