Que vaut "Mindhunter", la nouvelle série de David Fincher pour Netflix ?

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Que vaut "Mindhunter", la nouvelle série de David Fincher pour Netflix ?
"Mindhunter" est la deuxième série sur laquelle travaille David Fincher après "House of Cards".@ Merrick Morton - 2017 - Netflix
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Europe1.fr a vu les deux premiers épisodes de la série, dont le cinéaste américain, producteur exécutif, a réalisé quatre épisodes.

Quatre ans après House of Cards, David Fincher revient derrière la caméra d'une série TV. Vendredi, Netflix rend disponible sur sa plate-forme la totalité de la première saison de Mindhunter - soit dix épisodes. Le cinéaste américain a réalisé les épisodes 1,2,9 et 10, et est également le producteur exécutif du projet. Une série qui s'intéresse à ce qui se passe dans la tête des tueurs en séries américains. Europe1.fr a pu voir les deux premiers épisodes. Passionnants.

Distance. Mindhunter s'ouvre sur une séquence en trompe-l’œil, d'une dizaine de minutes. Holden Ford (Jonathan Groff, vu dans Glee), jeune négociateur du FBI, débarque sur une prise d'otage, qui tient tout de la confrontation classique : mégaphone, tireur d'élite, agresseur nerveux, négociateur à l'inverse calme. Un schéma efficace dans lequel Holden Ford semble dominer la scène. Il commande, diligente, s'organise.

Pourtant, sous l'apparente maîtrise du jeune agent, quelque chose cloche. Le ravisseur paraît loin, si loin de nous. La caméra fait en sorte de le maintenir à une certaine distance. De là, ses revendications paraissent encore plus incohérentes : qui est ce gaillard en salopette qui hurle qu'il est invisible ? La clé de la séquence réside en fait dans cet éloignement installé par la caméra de David Fincher, qui maintient le spectateur et l'agent du FBI à un certain écart, jusqu'aux derniers instants de la scène. Malgré les apparences, ce dernier ne domine pas la situation. Pire, il ne comprend pas celui qu'il a en face de lui.

Toute la problématique de Mindhunter réside dans cette courte séquence introductive : comment réduire la distance entre les assassins et ceux qui les poursuivent. Comment, finalement, les comprendre pour mieux les arrêter. Au cours de cette première saison, la série TV part en effet sur les traces des fondements du profilage. Adaptée de l'ouvrage, Agent spécial du FBI : j’ai traqué des serial killers de John E. Douglas, Mindhunter relate comment l'enquêteur a fondé les bases du métier de profiler, en allant interviewer, en prison, des criminels. Écrite par Joe Penhall et Jennifer Haley, Mindhunter romance cette quête, menée dans la fiction par le jeune Holden Ford et un vieux loup, Bill Tench (Holt McCallany, vu dans Gangster Squad, Sully). À l'époque, les deux hommes sont bien les seuls à estimer qu'il est nécessaire de partir à la rencontre des meurtriers les plus terribles du pays.

À suivre. Le premier épisode pose largement les bases du récit et fait davantage figure d'introduction, avec le souci du détail que l'on connaît à David Fincher. À travers sa photographie bleu-vert glacée et son économie de la mise en scène et du découpage si caractéristique, le cinéaste donne à voir des figures familières, déjà aperçues dans sa filmographie. Ainsi, Holden Ford pourrait aussi bien être l'inspecteur David Mills de Seven, que le Mikael Blomkvist de Millénium. Mais évidemment, on pense en premier lieu à Zodiac (2007), fresque policière dans laquelle David Fincher remontait la piste du tueur du Zodiaque. Tous ses personnages du cinéaste semblent mués par la même énergie, ce sont des besogneux, constamment au travail et à la recherche du moindre détail, obsédés par des esprits malades. Et le deuxième épisode de Mindhunter, qui lance réellement l'intrigue, semble en effet entraîner la totalité de la série sur les mêmes routes.

Une quête passionnante s'amorce, à coup de dialogues et de face-à-face, le tout emmené par Holden Ford, animé par cette idée simple : "comment peut-on comprendre la folie des assassins, si l'on ignore comment ils fonctionnent ?". On espère que cette quête de la compréhension criminelle restera passionnante jusqu'à la fin. Les deux premiers épisodes, eux, nous ont déjà séduits.