Deux ans après l'attentat, "il n'y a plus d'ambiance à Charlie Hebdo"

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Deux ans après l'attentat qui a décimé la rédaction, dessinateurs et journalistes de "Charlie Hebdo" vivent toujours dans des conditions ultra-sécuritaires.

REPORTAGE

La rédaction de Charlie Hebdo n'a pas d'adresse officielle. On sait seulement qu'elle est située à Paris. Pour entrer dans l'immeuble, il faut fournir un mot de passe, puis traverser plusieurs sas de sécurité et plusieurs portes blindées avant d'être soumis à une fouille par des gardiens armés. Deux ans après l'attentat du 7-Janvier, qui a décimé une grande partie de l'équipe, l'atmosphère est toujours lourde.

Trop de sécurité tue la créativité. À l'intérieur, "disons qu'il n'y a plus d'ambiance", nous confie un ancien de Charlie. Les conférences de rédaction tonitruantes ne sont plus que des souvenirs. Pour lui, impossible de travailler dans un bunker avec des hommes en armes postés entre les bureaux. Au sein de la rédaction, il existe même une "panic room", une sorte de chambre forte au milieu de la pièce en cas d'attaque. Pour lui, cette ultra-sécurité tue la créativité.

"On dessine un peu moins le prophète". Le journal se vend pourtant bien mieux qu'avant 2015, selon la direction. Les ventes ont plus que triplé, bien que le pic d'abonnements qui a suivi les attentats est largement retombé. En revanche, le contenu du journal n'a quasiment pas changé. "Il est possible qu'on dessine un peu moins le prophète", glisse un ancien journaliste de Charlie Hebdo. Il ne fait en tout cas plus la "Une" du journal satirique. C'est là, peut-être, le principal changement symbolique.

Quitte à vivre dans un bunker. À Charlie Hebdo, deux visions s'opposent toujours. Celle du clan de la direction, constitué de Riss, Gérard Biard, la DRH, mais aussi les dessinateurs Coco et Foolz, qui veut défendre ce qui a fait l'essence du journal, soit la possibilité de traiter tous les sujets, même ceux qui fâchent comme la laïcité, la religion, l'intégration, quitte à vivre dans un bunker. Et d'autres membres de la rédaction, partis, estimant que le prix à payer est trop fort et qu'il vaudrait mieux désormais rire avec d'autres sujets.