Ruth Elkrief : BFMTV a "changé le traitement de la politique"

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BFMTV - Mercredi chez Jean-Marc Morandini, Ruth Elkrief et Guillaume Dubois, respectivement présentatrice et directeur général de BFMTV ont dressé le bilan de 10 ans d’info en direct.

10 ans déjà ! C’est peu après le lancement de la Télévision Numérique Terrestre (TNT) que BFMTV a vu le jour en 2005. Rapidement, la chaîne tout info a trouvé sa place, s’autoproclamant même "première chaîne info de France", devant iTÉLÉ et LCI. À l’occasion de la sortie de son livre "Priorité au direct", le directeur général de la chaîne Guillaume Dubois était avec la journaliste-présentatrice Ruth Elkrief l’invité du "Grand Direct des médias".

Ceci est une révolution. C’est avec un décor incrusté par ordinateur, habituellement réservé aux bulletins météo, qu’a débuté le premier journal de BFMTV, le 28 novembre 2005. Au milieu de ce "faux" décor, Ruth Elkrief, fébrile, était chargée de présenter les premiers instants d’antenne. "Nous, notre expérience, notre désir, notre envie n’étaient pas faux. J’avais rencontré Alain Weill et Guillaume Dubois. Ils avaient une vision. On ne savait pas où on allait, mais on savait où on voulait arriver. Et franchement, on avait un enthousiasme et une envie qui ont fait que ça a marché. J’étais à l’antenne pour le lancement dont je me souviens très bien, j’avais un trac d’enfer et ça se voyait. Nous avions des invités et un direct avec Bagdad le premier soir ! C’était un numéro d’équilibriste complet. Mais nous avions une préparation de plusieurs mois quand même", a expliqué l’actuelle présentatrice de la tranche de 19 heures. "Peut-être que nous étions dans un décor virtuel, mais maintenant tout le monde le fait, et maintenant, nous en avons des vrais vous savez ! C’est beau, et ça marche."

Pour le directeur général Guillaume Dubois, lui aussi présent depuis la création de la chaîne, "ce qui est important, c’est cette ‘religion’ de l’info en direct toute la journée, qui était assez nouvelle. Au-delà du fait de faire un journal précis toutes les heures ou toutes les demi-heures, c’est une sorte de continuum permanent sur lequel aujourd’hui personne n’imaginerait revenir en arrière. C’est devenu une telle évidence…" Selon lui, "dans les moments d’actualité dramatique intenses comme on vient de vivre, mais même en temps normal, c’est quelque chose qui n’existait pas en France avant BFMTV".

De la visibilité pour les politiques. La politique est une part importante de l’actualité, non négligeable sur une chaîne d’infos en continu. Selon l’intervieweuse politique Ruth Elkrief, BFMTV a même "changé le traitement de la politique, soyons francs. Au début, les personnalités politiques s’inquiétaient, ne savaient pas où elles allaient. Ce qu’il s’est passé, c’est que quand les politiques sortaient du studio, ils nous rappelaient quelque temps après en disant ‘On m’a vu dans ma circonscription, dans tel quartier ou telle banlieue de Paris. Tel chauffeur de taxi, telle vendeuse de Prisunic, tel grand patron m’a vu.’"

Les moments de vérité. Parmi les moments fondateurs de la chaîne, il y a eu l’affaire DSK en 2011. Comme l’explique Guillaume Dubois, BFMTV "a eu la chance d’être très tôt sur l’événement avec Thomas Sotto, qui ouvrait la spéciale ce matin-là. C’était le week-end, et à l’époque, nous avions des moyens bien inférieurs pour les samedis et dimanches. Après, la machine s’est lancée. Beaucoup de Français y ont appris l’affaire DSK, on a été le premier média français à en parler et à le confirmer, d’abord dans le bandeau d’informations dès 3 heures du matin." Autre moment d’actualité en direct important pour la chaîne, l’affaire Merah en 2012, où elle réalisait 40% d’audience au moment de l’assaut à Toulouse. C’est à ce moment-là qu’a été créé un réflexe. "Pour que l’idée de venir sur BFMTV soit ancrée dans les esprits des téléspectateurs, il faut être en direct tout le temps et que ce soit imprimé chez les gens", a dit le directeur général de la chaîne au micro d’Europe 1. "S’il se passe quelque chose, c’est sur BFMTV que ce sera. D’où le slogan 'priorité au direct' depuis des années, car il faut être tout le temps en direct, même quand il ne se passe rien. Nous sommes tout le temps critiqués là-dessus, sauf que les téléspectateurs se renouvellent, qu’il faut de l’information pour ceux qui arrivent sur l’antenne."

Des regrets ? Présente auparavant en télévision sur TF1, Ruth Elkrief a avoué ne jamais avoir regretté la Une. "Peut-être qu’on a eu moins de moyens au début, que j’étais habituée, sans avoir eu de goûts de luxe, à être dans de très grands médias avec un grand confort", a-t-elle dit. "Mais l’essentiel n’était pas là. J’ai adoré retrouver la flamme. Dans les grands médias, il y a beaucoup d’intrigues de couloir, de petites choses qui dépassent le métier, qui sont hors-métier. Là, on n’a pas le temps ! Nous sommes là pour répondre à une attente et construire un produit d’info en permanence." Enfin, à la question de savoir si, selon lui, BFMTV est meilleure que iTÉLÉ, le directeur général Guillaume Dubois répond tout simplement - non sans une pointe de chauvinisme - "Oui !"