Yann Galut : "D'où viennent les 3 milliards de M. Drahi ?"

SAISON 2013 - 2014
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"On sait très bien, il ne faut pas se leurrer, que ce genre de personnage vit en Suisse pour échapper à la fiscalité française", affirme Yann Galut.

Patrick Drahi, patron de Numericable, peut-on le forcer à rentrer en France ? Avec  Yann Galut, député PS de la 3ème circonscription du Cher et rapporteur du texte sur la fraude fiscale

Ses principales déclarations :

"M. Drahi a le droit de s'installer à Genève et de rester à Genève. Mais ça pose quelques questions : dans sa réponse à Fleur Pellerin, il a dit rester vivre à Genève mais qu'il va passer beaucoup de temps à Paris pour suivre de très près son offre et ses affaires parisiennes. Mais quand on est résident fiscal extérieur et qu'on est français comme lui, on a une obligation légale de passer 183 jours par an, soit 6 mois, en Suisse. Vous ne pouvez pas avoir une boite aux lettres fiscale en Suisse ou dans un autre pays, et passer toute l'année à Paris..."

 

Sa famille vit là-bas...

"Il a le droit d'être là-bas mais va-t-il pouvoir exercer son travail comme il le dit en France ? C'est beaucoup plus compliqué que cela. Ce genre de famille est quand même habitué : ils se servent de la mondialisation, M. Drahi possède pas mal de sociétés dans le monde entier, ces familles-là ont l'habitude de bouger. On peut très bien imaginer qu'il rapatrie sa famille. Mais sur le fond, il a l'obligation de résider fiscalement 6 mois en Suisse, sinon le fisc peut le redresser et lui demander des comptes sur ses impôts. On sait très bien, il ne faut pas se leurrer, que ce genre de personnage vit en Suisse pour échapper à la fiscalité française ou d'autres d'ailleurs. La fiscalité suisse est extrêmement avantageuse pour ce genre de grande fortune."

Il faut aller lui chercher des poux quitte à affaiblir SFR ?

"Ce qui est dangereux, ce sont deux choses : qu'il ne respecte pas les lois suisse et française, et, deuxième problème dans sa réponse formulée hier, il a dit qu'il comptait investir 3 milliards d'euros en France. Je ne dis pas que c'est le cas mais je pose la question : d'où viennent ces 3 milliards d'euros ? Des paradis fiscaux dans lesquels M. Drahi a pris l'habitude de monter ses sociétés et quelque part de peut-être laisser son cash ? Je ne dis pas que c'est le cas mais il faut être très prudent : il ne faudrait pas que cet argent-là qui va être réinvesti en France vienne d'une certaine manière de l'évasion fiscale parfois pratiquée dans ces paradis fiscaux."

Cette affaire ne va pas décourager les investisseurs étrangers qui voudraient miser sur la France ?

"Déjà, dans cette affaire, il y avait des investisseurs français qui ont fait le choix de rester en France, de payer leurs impôts en France, comme c'était le cas de Bouygues, ceux-là étaient prêts à s'investir..."

Ils n'ont pas été choisis par Vivendi, c'est leur droit...

"Exactement, mais on ne peut pas à la fois bénéficier des avantages français, parce que M. Drahi est un pur produit de la méritocratie française, il a bénéficié de nos écoles, nos hôpitaux, il a été formé en France et, quand ça l'arrange, disparaître et ne pas vouloir redonner à la France ce qu'elle lui a donné. Il faut être cohérent."

Ça ne va pas décourager des investisseurs qui vont voir dans la France un pays impossible pour l'économie ?

"Non, puisqu'à partir du moment où vous respectez la législation française ou de votre propre pays, vous n'avez pas de problème. Le problème que nous avons avec M. Drahi : il est français ! Ça n'a rien à voir avec des investisseurs qui viendraient de l'étranger et qui pourraient investir en France. A un moment où on demande un effort à tous les Français pour redresser la France, je considère que tous doivent participer à cet effort national quels que soient vos revenus et votre état de fait."

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