La Russie ne plie pas sur le dossier syrien

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Le plus d'Europe 1 matin est une chronique de l'émission Europe 1 matin - Bruce Toussaint
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Les Russes refusent une logique de passation de pouvoir. Mais l'Occident attend de Poutine une reconnaissance de l'opposition syrienne qui contrôle une partie importante du pays.

Alexandre Adler, spécialiste des questions internationales pour Europe 1

Ses principales déclarations :

Poutine ne lâche rien :

"Surtout pas ses informations ! Officier du KGB, on lui a appris ça. Ce G8, d'abord un G7 avec l'adjonction de la Russie, devient une arène de négociation. Les Russes se sont engagés à faire se tenir une conférence internationale, pas à organiser la défaite du gouvernement Assad au moment où celui-ci est en train de reprendre un peu la main..."

Cette conférence de la Paix : poudre aux yeux ?

"Oui et non ! Ce ne sera pas la fin de la guerre civile syrienne mais on pourrait faire comme au Liban, figer les positions, arrêter l'effusion de sang, faire reconnaître un statut à l'opposition. Il y aurait deux Syrie qui se feraient face avec la fiction d'un état syrien unitaire, ce serait au moins un tournant dans la guerre, c'est ce qu'Obama veut faire. Il ne croit pas à une victoire de l'opposition, les Français et les Anglais pas tellement mais voudraient quand même l'aider et savent qu'un coup de pouce serait nécessaire. Les Russes savent bien qu'entre Français, Anglais d'un côté, Américains de l'autre, il y a du jeu, ils avancent, comme aux échecs."

Malgré les morts et la preuve des armes chimiques, la Russie ne plient pas...

"Ils ont déjà de mauvaises relations avec l'UE et les USA, ils n'ont donc rien à perdre. Les Américains ont reconnu que les Russes étaient capables de parler à Assad, l'autre interlocuteur étant l'Iran, considéré comme pire... Les Russes ont une position de très grande force, ils veulent montrer qu'ils n'acceptent pas d'entrer dans une logique de passation de pouvoir. Bachar restera, peut-être devra t-il coexister avec une opposition, c'est le maximum que la Russie est prêt à accepter. Derrière le décor de ce G8, on attend de savoir ce que va faire l'Iran, le nouveau Président a dit qu'il allait s'entendre avec l'Arabie Saoudite, chercher une négociation parallèle entre musulmans."

Obama joue t-il petits bras ? Il pourrait imposer une intervention à Poutine...

"Non. Poutine a bien dit que c'était fini après la Libye, qu'ils ne bougeront pas d'un centimètre. Obama tient compte d'une opinion hostile à toute intervention au Moyen-Orient après l'Irak..."

Le rôle des européens et de la France est anecdotique dans cette affaire ?

"Pas du tout ! La France est un pays important pour la Syrie, elle a été protecteur de cet Etat entre les deux guerres. Le Liban, les chrétiens en général, ont toujours été tournés vers la France : ce qu'elle peut dire n'est pas indifférent dans cette affaire. Sur le plan militaire, c'est une autre histoire..."