Travailleurs détachés : "perte de productivité et de qualité"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Déçu par le manque de professionnalisme des travailleurs détachés, Philippe Deveau a été contraint d'abandonner l'opportunité patronale que représentent les travailleurs détachés.

Philippe Deveau, patron de la société "Médiane" à Aix-en-Provence (et ancien employeur de travailleurs détachés)

Ses principales déclarations au micro de Thomas Sotto :

 

Vous avez employé des travailleurs détachés...

"On me proposait ce système depuis très longtemps. J'ai essayé de les faire venir l'an dernier, avec une société interim en Pologne. En un mois, ces personnes étaient à Aix-en-Provence, à disposition de mon chantier. Dans mon métier, la main d'œuvre correspond à 40% du prix de vente ! L'avantage financier que représente la main d'œuvre détachée, c'est à peu près 30% du coût main d'œuvre, ce qui fait au final 10% d'avantage financier sur mes prix. On a du mal à se battre pour décrocher des affaires, donc j'ai voulu essayer."

Quel bilan ?

"Pas du tout positif ! Peut-être n'a t-on pas su bien organiser ça, mais ces personnes n'étaient pas aussi professionnelles que mes salariés, d'où une perte de productivité et de qualité. Nous ne sommes pas une très grosse entreprise : les éléments que j'ai pour moi, c'est la qualité et le respect des délais. Je ne peux déraper dans mes plannings ou lorgner sur la qualité habituelle : au bout de deux mois et demi, ces salariés détachés sont rentrés chez eux."

 

Dans votre secteur d'activité, on fait de plus en plus appel aux salariés détachés. Vous êtes soumis à une concurrence déloyale ?

"C'est extrêmement difficile ! Nous sommes dans un métier pauvre, je fais 1% de marge sur le travail que je fais ! Quand certains de mes concurrents font 10% de moins, on ne peut pas se battre et avoir des marchés ! Je fais un plan de licenciement actuellement : je ne suis plus capable de maintenir ma structure et de faire travailler les personnes qui sont dans mon équipe depuis onze ans."

Comment vous en sortez-vous ? C'est la fin ?

"Non. On cherche d'autres façons de s'organiser, des efforts sont demandés aux salariés sur l'organisation, la flexibilité, de meilleures solutions techniques pour optimiser la performance. C'est catastrophique de vouloir employer ces salariés-là : ça oblige à détruire notre outil. Nos employés, on les forme depuis longtemps, on les structure : c'est un pan de notre métier qui part au chômage."

Que dites-vous à Michel Sapin ?

"Nous employeurs, on essaie d'être responsables et de converser notre capacité à faire travailler nos salariés. Les politiques doivent nous soutenir et dire non à cette pression européenne sur cette façon de travailler. Il y a un problème de coût du travail en France, mais aussi dans ces pays-là. Quand on compare nos 30 euros de coût de revient de la main d'œuvre, face à leurs 3 euros... Il faut arriver à enrichir ces pays d'une autre façon que de nous appauvrir nous. On ne peut pas tolérer dans un même milieu économique des gens payés 10 fois moins cher !"