"Si on laisse tomber la Bretagne, c'est toute la France qui va mourir"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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"Il faut se battre pour l'industrie alimentaire sous peine de graves dangers de nutrition", même en France selon Vincent Bolloré.

Ses principales déclarations :

 

Vous êtes un breton, fier de l'être. Quel regard portez-vous sur les événements en Bretagne ?

"C'est malheureusement une période qui correspond à un grand trouble économique et social, c'est une région qui dans son industrie et son agricole se trouve en grande difficulté. Les gens qui se révoltent aujourd'hui sont au bout, il faut les aider."

Pourriez-vous racheter Gad ?

"Je crois que les problèmes alimentaires vont devenir très importants dans le futur. On n'y accorde pas d'importance aujourd'hui car il y a une profusion de produits alimentaires, mais nous serons deux milliards de plus dans 20 ans. Un jour, on aura vraiment besoin de ces produits alimentaires : il faut aider les agriculteurs et ceux qui sont autour de la filière, indispensable pour notre sécurité alimentaire. Il ne faut pas que ce soit mort en Bretagne ! Sinon c'est la France qui mourra, et on aura un jour des problèmes pour nous nourrir ! Il ne faut pas laisser tomber la Bretagne."

"Racheter Gad ? Si je pouvais miser, je le ferais, mais chacun mène son combat, il faut aller dans les métiers qu'on connait. Nous sommes dans le stockage d'électricité, mais je soutiens tout ce que je peux dans le domaine alimentaire."

"Ceux qui disent qu'il n'y a plus de place pour Gad, pour l'élevage, pour les abattoirs en Bretagne, ont tort. Ca leur retombera un jour sur le nez : ils n'auront plus de bonnes choses à manger."

A propos de l'écotaxe. Une mauvaise idée ? Il faut la reporter, l'annuler ?

"Je ne fais pas de politique, je ne connais pas bien les grands problèmes macroéconomiques.. Mais je trouve que toucher ceux qui produisent nos aliments pour nous nourrir ou ceux qui les transportent... Ils devraient être aidés plutôt qu'être taxés. Je pense qu'il y a plein d'autres choses à taxer que cela, ça vaut pour la Bretagne et les autres régions où l'on a besoin d'emploi, d'industrialisation, de gens qui continuent à travailler."

 

C'est la même logique que celle qui vous fait dire « arrêtons de polluer, passons à la voiture électrique »...

"Les agriculteurs ne polluent pas ! Ils sont les gardiens de la nature, de l'écologie. Sans eux, il y a des ronces, des bêtes... Ils devraient presque être rémunérés pour ça !"

L'écotaxe cherche à aller vers le fret, le train...

"Ce n'est pas une raison pour taxer ceux qui produisent des éléments alimentaires, qui les transportent... Il y a plein d'autres choses, les particuliers... Il y a des mannes beaucoup plus ouvertes que celle-là..."

 

Blue Solution va faire son entrée en bourse. Sans votre caractère déterminé, n'auriez-vous pas lâché sur la batterie électrique ? On se moquait de vous...

"Ce n'est pas le problème. On se rend bien compte que vous avez des éoliennes, des panneaux photovoltaïques installés partout dans le monde, mais il y a ce problème d'absence de soleil lors des pics électriques, le matin, le soir... Il faut un élément de stockage intermédiaire, une batterie, et il pourra être mis sur des voitures, des tramways... Ca donne des villes sans émission de gaz carbonique, un progrès pour l'humanité. Partout où l'on se présente, on gagne : Ile-de-France, 3.000 voitures demandées, 3 millions d'usages par an, un succès formidable. Lyon lancé il y a peu, bientôt Bordeaux, et le premier pas hors de France à Indianapolis, en Amérique. Ensuite nous irons en Asie... J'espère couvrir le monde de ces voitures qui n'ont ni bruit ni odeur. On peut louer pour quelques euros une voiture électrique qui ne pollue pas, avec ses propres places de stationnement."

Comment expliquez-vous qu'on ne croie pas en France dans l'innovation ?

"Oh non, beaucoup de gens y croient, beaucoup innovent. Il y a un tissu industriel de grandes entreprises françaises faites d'innovations extrêmement important, l'un des meilleurs d'Europe. Mais les gens se sont interrogés sur la voiture électrique : pourquoi Bolloré, pourquoi Quimper, pourquoi, comment... C'est normal qu'il y ait des doutes."

On ne peut pas aller à Marseille avec sa voiture électrique...

"On ne le pourra jamais, c'est fait pour l'intérieur des villes."

Ce gouvernement a t-il un problème avec les patrons, les entreprises ?

"Les patrons le trouvent ! Notre groupe date de 1822, on a connu trois rois, un empereur, 23 Présidents... On s'adapte !"

A propos du Président actuel ?

"Dans la situation où nous sommes, nous avons intérêt à nous serrer les coudes, à tous travailler ensemble. Je comprends les moments de critique, ils sont nécessaires, mais nous devons essayer d'avancer tous ensemble. Nous pouvons réussir aussi bien que l'Allemagne ! Il n'y a pas de différence fondamentale entre France et Allemagne sinon leur unité par rapport à la nôtre ! Je ne fais pas partie de ceux qui tirent sur le pianiste, j'essaie de construire, d'embaucher, d'innover, c'est important, c'est mon devoir."

Comment aider le pianiste ? François Hollande vous appelle ?

"Pas du tout. Il est venu inaugurer notre usine près de Quimper, 500 emplois créés pour les batteries, 450 pour les voitures... Sur les mesures à prendre, je n'en sais rien ! Je peux vous parler de batteries, mais je suis nul en politique et en économique ! Faites revenir Axel de Tarlé !"

Les jeunes qui quittent la France, vous les comprenez ?

"Je crois qu'il y a toujours eu des gens qui partent, mais moins que maintenant. Les Français vont très bien quand tout va bien, très mal quand tout va mal. A l'inverse des anglais qui se serrent les coudes quand ça va mal ! Les Français se sont mal comportés dans les périodes tristes de notre Histoire. Il ne faudrait pas qu'on s'auto-flagelle, qu'on se critique. Mais beaucoup de jeunes veulent partir, plus pour des problèmes d'ambiance que pour des problèmes d'impôts ! Il faut être positif, comme l'est Europe 1 : dire que la France n'est pas un pays foutu, qu'il y a des initiatives. L'Allemagne réussit, on peut le faire !"

Serez-vous le prochain patron de Vivendi ?

 

"Nous sommes un groupe familial, on a la chance, puisqu'on a pas d'actionnaire autour de la table qui pousse à faire des investissements rentables au bout de 3 mois, de pouvoir aller sur le long terme. C'est pourquoi on a pu faire les batteries électriques : personne ne nous a embêtés pendant 18 ou 20 ans ! Sur Vivendi, c'est pareil ! Nous n'avons pas de Bertelsmann à la Française, pas de grand groupe de médias, de contenus. Pour garder l'emploi, il faut garder le capital des grandes entreprises Françaises en France ! C'est ce qu'on a fait chez Vivendi, en devenant premier actionnaire mais nous n'avons que 5%. Il y a une équipe formidable à la tête de Vivendi, ils m'ont proposé de venir comme vice-président. Je connais Jean-René Fourtou depuis 30 ans, un garçon remarquable."

Vous pourriez le remplacer ?

"Le conseil décide, pas moi !"

Ca vous déplairait ?

"J'ai encore 9 ans à travailler, je vais jusqu'au bicentenaire, le 17 février 2022, si Dieu me prête vie. Mes deux fils prendront ma place, et en attendant je ferai tout ce que je peux pour développer l'emploi et les activités."

 

Vous allez voter Hidalgo ?

"Je ne vote pas à Paris malheureusement ! Mais j'explique pourquoi j'ai dit qu'elle est formidable : parce qu'elle a proposé que les AutoLib aillent dans les couloirs de bus ! Ce n'est pas que moi qui vote Hidalgo, c'est le groupe entier des 55.000 personnes qui travaillent dans le groupe. Mais c'est quelque chose pour sourire..."

 

NKM sera ravie...

"Il suffit qu'elle propose aux AutoLib d'aller dans les couloirs de bus pour retourner les votes !"