Les sœurs d'Ilan Halimi : "On est contentes que ce film sorte, pour que ça ne se reproduise plus"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Thomas Sotto recevait ce matin Yaël Halimi et Anne-Laure Abitbol, sœurs d’Ilan Halimi, à l'occasion de la sortie le 30 avril du film d’Alexandre Arcady, 24 jours : la vérité sur l'affaire Ilan Halimi.

Leurs principales déclarations :

 

Votre frère est mort il y a 8 ans. Peut-on se remettre d'un drame pareil ?

Anne-Laure : "Non, on ne s'en remet pas. C'est une histoire très difficile : même si c'est une épreuve à chaque fois d'en reparler, on est contentes que ce film sorte et qu'on reparle de cette histoire pour qu'on n'oublie pas, que ça ne se reproduise pas."

Yaël : "C'est une étape de plus après tout ce qui s'est passé il y a quelques années, et toute la souffrance qu'Ilan a enduré... On pense qu'il est important que le public sache exactement ce qui s'est passé..."

 

Pourquoi vous être infligé cette reconstitution ?

Yaël : "C'est surtout la réalité de ce qui s'est passé ! Le film se rapproche beaucoup de ce qu'on a vécu ; avec ça il y a quand même le respect des souffrances infligées à Ilan qui n'apparaissent pas dans le film."

Ce que vous avez vécu a été plus dur que ce qu'on voit dans le film...

Yaël : "Bien sûr."

Yaël, vous avez un jour eu Fofana au téléphone... C'est un moment dont vous vous souvenez...

Yaël : "Bien sûr... Ce n'est pas rien d'être en ligne avec la personne qui détient votre frère... Il me dit des choses que je sais, qu'il dit à mon père depuis quelques jours : si on ne veut pas payer, ça va très mal finir... Il a des mots assez violents, assez dur, c'est très stressant..."

Vous en voulez plus à Fofana, fou furieux, ou à tous ses complices, ceux qui savaient, qui auraient pu mettre fin au calvaire d'Ilan en parlant ?

Anne-Laure : "Fofana a avoué, il a dit être antisémite... Mais c'est tous les autres : il aurait fallu qu'un seul parle et Ilan aurait été sauvé..."

Comment l'expliquez-vous, ce qui s'est passé ? Ce silence ? Ce sont des M. et Mme Tout le monde qui ont participé autour de Fofana...

Yaël : "Aujourd'hui nous sommes dans un monde très individualiste... L'indifférence règne, je trouve : quelqu'un  a un problème dans le métro, 3 personnes sur 70 vont réagir... Chacun veut être tranquille, se protéger, ne pas être dans les problèmes de M. Tout le monde... Je pense que certains ne savaient pas exactement ce qui se passait, et ils ne voulaient pas savoir !"

Deux épreuves supplémentaires avec les deux procès successifs... Vous avez eu les réponses que vous attendiez, notamment concernant ces seconds couteaux ?

Anne-Laure : "Je ne sais pas si on a eu les réponses... Chacun dit qu'il n'a rien fait mais Ilan est quand même parti ! Chacun a fait un petit peu pour qu'il soit là où il est aujourd'hui..."

Certains sont sortis de prison aujourd'hui : cette idée est supportable ?

 

Anne-Laure : "Non, d'ailleurs moi j'ai croisé une de ces accusées dans le métro. Ca m'a fait comme un coup de couteau dans le coeur... Je ne m'attendais pas à ce qu'elle soit là ; je ne savais pas qu'elle était sortie. Ca m'a fait très très mal. Ce n'est pas une personne liée directement à l'affaire..."

 

Elle fait partie de ces personnes qui ont participé un peu, qui n'ont pas parlé...

Anne-Laure : "Ils sont tous sortis aujourd'hui, sauf quelques-uns... Ca nous fait... C'est très dur."

Elle vous a reconnue ?

Anne-Laure : "On s'est regardées, et puis j'ai tourné le regard, je n'arrivais plus à la regarder. J'étais sous le choc."

Y'a t-il une part de pardon possible ?

Yaël : "C'est très difficile... C'est très difficile comme question... (Silence)"

Fofana : réclusion criminelle à perpetuité, peine de sûreté de 22 ans... Vous envisagez qu'il puisse retrouver la liberté lui aussi ?

 

Anne-Laure : "Oui c'est sûr... Je ne sais pas ce qu'il fera après... Je pense qu'il continuera certainement à faire d'autres... Il a l'air très décidé dans ce qu'il fait aujourd'hui..."

Quand vous entendez un discours d'antisémitisme, Dieudonné... On est dans le même climat que celui qui a entraîné le drame de votre frère ?

Yaël et Anne-Laure : "Complètement !"

Yaël : "On est vraiment dans un climat qui, à partir de choses un peu anodines, pas méchantes à la base, on dérive, on a des préjugés sur tout type de personnes et de religions, d'appartenances, on en arrive à des formes de violences meurtrières..."

 

Fofana mis à part, ceux et celles qui ont torturé votre frère sont des gens ordinaires ?

Anne-Laure : "Tout à fait. Ce sont des gens ordinaires."

Quel est votre message ? Pourquoi c'est important de parler ?

Anne-Laure : "D'abord pour la mémoire d'Ilan. Qu'on sache ce qu'il a enduré gratuitement, il était tout jeune, il avait 23 ans, il était tellement ouvert à beaucoup de choses, il s'est retrouvé enfermé justement à toutes ces choses... Ce n'est pas possible de le laisser comme ça dans l'oubli... Que ça ne se reproduise plus ! Que plus jamais il ne se passe quelque chose d'aussi grave."

 

Comment vont vos parents ?

Anne-Laure : "Ca va... Ma mère n'a pas vu le film, elle ne veut pas le voir... C'est trop difficile pour elle, mais bon, ça va, la vie continue... C'est dur tous les jours..."

Yaël : "Ils ont pris un coup. Ils continuent d'avancer mais le coup a été pris..."

 

Quel sentiment domine chez vous ? La colère, la révolte ? Le sentiment d'injustice ?

Anne-Laure : "Moi c'est vraiment que ça n'arrive plus..."

Yaël : "C'est beaucoup trop dur pour laisser les choses se faire et continuer dans cette direction-là... Il faut que les choses s'apaisent aujourd'hui..."