"Les politiques ne voient pas la détresse des gens"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Selon Nadine Hourmant, les "têtes pensantes" n'ont "pas su faire ce qu'il faut".

Nadine Hourmant, déléguée syndicale Force Ouvrière du groupe Doux

Ses principales déclarations :

 

A quoi ressemble le quotidien de ceux qui perdent leur travail ?

"Il y a ce collectif mis en place, les gens sont accompagnés, c'est notre travail. Le plus difficile : prendre conscience que l'on n'a pas plus à se rendre à son travail. Il ne faut pas rester seul, garder ce lien, c'est important. C'est là qu'il faut l'accompagnement psychologique. Etre habitué au travail, et se voir dire qu'on n'a plus de travail. C'est enlever la dignité, ce n'est pas supportable pour les gens."

Les entreprises qui licencient, comme Doux ou Gad, sont directement responsables de ces licenciements ?

"Une part de responsabilité leur incombe, ils n'ont pas su s'adapter à l'évolution des marchés. Mais j'ai voulu dénoncer aussi la part de responsabilité de ceux que j'appelle nos chères têtes pensantes ! Les élus, le gouvernement, le Président : ils n'ont pas fait ce qu'il fallait pour anticiper ! Il fallait réagir vite, des plans pour repenser l'agroalimentaire. Quand on arrive l'issue fatale, il ne faut pas se dire : "On vous accompagne parce que le contrat de sécurisation professionnelle..." Les salariés ne veulent pas de ça, ils veulent garder un boulot, vivre dignement sur leur territoire !"

Réunion ce matin avec les ministres concernés et Jean-Marc Ayrault. Vous en attendez quelque chose ?

"On a rencontré ministres, Premier ministre, Président... Depuis 15 mois, et rien n'a été fait. Ils n'ont rien annoncé de concret, pas sauvé d'emplois, on a juste fermé des sites industriels, repris par des étrangers. On veut garder la France en marche ou l'arrêter ? On dépend de l'Europe ? On a encore un gouvernement Français ? C'est là que je tire la sonnette d'alarme, c'est à eux que ça incombe..."

Ne devriez-vous pas manifester à Bruxelles ?

"Je suis d'accord, mais n'avons-nous pas des représentants ? M. Hollande ne fait pas entendre sa voix à Bruxelles ? Les ministres ? Pourquoi n'est-on pas capable de conserver nos sites, nos salariés, nos outils industriels, nos savoir-faire, nos compétences ? Pourquoi attend t-on d'envoyer ça en Allemagne ? On veut être dépendants des autres pays européens ? On a de quoi travailler en France ! Nous devons nous faire entendre, c'est le boulot du Président ! Chacun ses responsabilités ! Représentants des salariés, nous les accompagnons, on tire la sonnette d'alarme depuis des années, nous ne sommes pas écoutés."

 

Les supermarchés vont fermer une heure ce matin en Bretagne, vous vous sentez soutenus ?

"Il n'est jamais trop tard. Que les grandes surfaces fassent aussi attention à ce qu'elles prennent, qu'elles se rendent compte que des emplois sont derrière, et sans cela pas de consommation. Ca va au-delà de la Bretagne, ça va sur l'ensemble du territoire. Il faut remettre la solidarité au cœur. Nos élus politiques ne font pas leur boulot, ils sont à l'Assemblée, dans les ministères, ils touchent leurs indemnités et ne sont pas sur le terrain, ne voient pas la détresse des gens. Je la perçois chaque jour ! Le chomage, ne plus savoir comment nourrir sa famille. Ce n'est plus supportable en France !"