Cœur artificiel : "Nous sommes très optimistes"

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L'interview de Thomas Sotto est une chronique de l'émission Europe 1 Matin
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Le futur du cœur artificiel est radieux selon le docteur Philippe Pouletty, à l'origine du cœur artificiel greffé en décembre.

Dr Philippe Pouletty, directeur général de Truffle Capital et co-fondateur de Carmat

Ses principales déclarations :

 

Votre cœur artificiel a lâché, c'est pour cela que Claude Dany est mort ?

"Quand vous m'avez reçu en décembre, 3 jours après la première implantation, j’étais resté très prudent. Aujourd'hui, je peux vous dire que je suis très optimiste sur le futur du cœur artificiel. La première transplantation cardiaque mondiale : 18 jours de survie. En France : moins de 3 jours. Claude Dany, qui est un pionnier : 75 jours. Le critère de succès dans ce premier essai où les 4 premiers malades sont sans alternative en fin de vie dans un état très grave, c'était 30 jours. Donc avec 75 jours c'est un succès."

 

Alain Carpentier dans le JDD parle de court-circuit...

"Disons que le journaliste a écrit court-circuit, ce qui ne veut strictement rien dire en la matière : ce n'est pas un train électrique, pas un fer à repasser. La prothèse Carmat est un outil complexe en relation avec le système vasculaire du malade, le circuit d'alimentation, la console externe de surveillance et le circuit d'alimentation de la console. Toute simplification excessive est fausse. Mais ce qu'on a appris aujourd'hui : le cœur peut être implanté, il a battu 7 millions de fois, il a pompé 600.000 litres de sang. Ce malade en état grave est malheureusement décédé. Aujourd'hui, nous ne savons pas quelle est la cause, j'insiste là-dessus : les dizaines d'ingénieurs de Carmat extrêmement compétents, et leurs sous-traitants et les cliniciens font une analyse approfondie comme il se doit dans un essai clinique comme celui-là, avant de passer à la prochaine implantation des malades qui sont en recrutement. La prochaine implantation sera faite lorsque les malades en évaluation seront sélectionnés, et quand Carmat et les cliniciens auront fini l'analyse. L'analyse sera finie d'ici quelques semaines. S'il y a des corrections mineures à faire, elles seront faites pour comprendre le problème mais j'insiste : cette grande première mondiale est un succès, elle a montré que la bioprothèse n’entraine aucun accident vasculaire cérébral, aucun caillot et a fonctionné 7 millions de fois. Il faut rendre hommage à Claude Dany."

 

N'avez-vous pas tous été trop optimistes dans votre communication ? Le 24 janvier sur RTL, vous dites que le malade a très bien passé le cap des 5 semaines. Mais dans l'interview de la famille, ils parlent d'un malaise le 10 janvier, "après ça a été la dégringolade, il n'est jamais sorti de réanimation..." Vous racontiez des histoires ?

"Non pas du tout, je laisserai aux cliniciens qui s'occupaient de Claude Dany le soin de commenter. Il faut vous rendre compte qu'un malade qui va subir à 75 ans une implantation de cœur artificiel ou qui subirait -jamais après 65 ans- une transplantation cardiaque, c'est une opération majeure avec des suites chirurgicales. Vu par la famille, c'est toujours une période difficile : le milieu de la réanimation, que ce soit en chirurgie cardiaque, en neurochirurgie, après un traumatisme, c'est toujours lourd pour une famille."

Un communiqué du 18 février de Pompidou dit que le malade n'avait plus d'assistance respiratoire, qu'il se soumettait volontiers aux exercices de rééducation physique... Donc là on se dit que ça va pour lui ?

"Je n'ai aucune raison de remettre en cause le communiqué de l'hôpital Pompidou qui était totalement véridique. Il y a des hauts et des bas, des améliorations, des complications : c'est ça un suivi post-chirurgical très lourd."

"Jamais le business n'a pris le pas sur le médical : souvenez-vous, moi qui suis actionnaire, j'ai toujours incité à la prudence. Quand le Dr Lemoine d'Europe 1 disait ici : "C'est gagné", je disais "Attention ce n'est que quelques jours et qu'un seul malade"... Nous avons l'habitude de développements de dispositif médicaux, c'est ça l'innovation, la recherche et développement : c'est pas à pas, un premier succès de démonstration de fonctionnement de la prothèse. On s'était habitués à ce que Claude Dany, qui n'avait que quelques semaines d'espérance de vie, vive et on espérait le voir sortir de l'hôpital..."

Vous n'avez aucun regret sur la façon dont tout cela a été géré, raconté ?

"Peut-être que moins de communication aurait été souhaitable mais la presse s'est aussi emballée. Il y a eu un communiqué, la presse s’est emballée. Mais cette grande aventure scientifique, médicale, technologique française va se poursuivre."

Quand ?

"Je suis convaincu que le cœur artificiel Carmat va être un succès, les essais vont se poursuivre."

A quand le prochain ?

"Dans les prochaines semaines. C'est la conjonction de la disponibilité d'un malade qui répond aux critères, de la fin de l'analyse par les ingénieurs et les cliniciens. Donc disons probablement quelques semaines."

Un ou plusieurs malades sont d'accord pour tenter l'expérience ?

"D'accord ça veut dire avoir signé le constamment éclairé. Aujourd'hui des malades sont en évaluation à Pompidou, à l'hôpital Marie Lannelongue, à Nantes... Le fait que les cliniciens français et d'ailleurs étrangers soient très motivés pour sélectionner des malades et faire les prochaines implantations est en soi un signe très fort de la confiance des cliniciens."

Mais il n'y a pas encore de signature d'un malade au bout d'un papier...

"On va attendre pour cette signature d'avoir fini l'analyse des données qui permettent de comprendre ce qui s'est passé."

Vous retravaillerez avec le Pr Carpentier ?

"Mais nous travaillons tout le temps avec le Pr Carpentier qui est un visionnaire, un génie, qui a su concevoir il y a 25 ans un coeur bioprotéthique qui mimait le cœur humain normal. Mais bien sûr Carmat et ses dizaines d'ingénieurs ont été essentiels à ce succès."

"Les essais se poursuivent, la prochaine implantation se produisant quand l'analyse sera finie sur le premier patient."