Pierre Gattaz : "Seule l'entreprise crée de l'emploi et de la richesse"

SAISON 2013 - 2014
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    Le Medef craint une fronde des députés socialistes et lance un appel au Premier ministre pour accélérer la mise en œuvre du pacte de responsabilité.

    Pierre Gattaz, président du Medef. Ses principales déclarations : A propos de l'appel paru hier dans le JDD : "C'est nous le Medef qui avons inspiré cet appel : il y a un problème grave de chômage qui continue d'augmenter. C'est historique : 8 organisations patronales ont signé cet appel à sortir de l'ornière, à aller plus vite, plus fort, sur le pacte de responsabilité." De qui avez-vous peur ? "Des députés, de l'Assemblée Nationale qui je crois n'a toujours pas compris que seule l'entreprise crée de l'emploi et de la richesse. Elle va très mal en France. Depuis des mois, des années, on continue à avoir un environnement de contrainte-contrôle-sanction. Il faut partir vers deux choses : la compétitivité de nos entreprises, donc baisser la charge fiscale, et instaurer un climat de confiance, c'est primordial." Si la croissance n'atteint pas 1% en 2014, vous chefs d'entreprise n'avez-vous pas une part de responsabilité ? "Non ! Le problème, c'est que les entreprises ont besoin d'un terreau de compétitivité, de confiance. La France est en compétition avec 150 pays : si nous ne réglons pas durablement et rapidement, un, les charges des entreprises, il y a 116 milliards de trop de charges sur le dos des entreprises ! Nous allons faire 40, peut-être, mais nous n'avons rien de mesures concrètes aujourd'hui dans le pacte ! Et il faut qu'on arrête impérativement le foisonnement administratif-législatif !" Acceptez-vous toujours le pacte de responsabilité ? "Oui ! Je le soutiens depuis le début car ça va dans le bon sens ! Le seul problème que nous avons aujourd'hui : nous sommes début juillet et nous n'avons rien de cranté dans la loi ! Il nous faut une trajectoire à 3 ans de la baisse sur le coût du travail que nous n'avons toujours pas, et une baisse de la fiscalité à 3 ans que nous ne connaissons toujours pas. Il nous faut cela cette semaine." Conférence sociale la semaine prochaine. Le Medef ira ? "Ça va dépendre de trois choses : il nous faut cette semaine la double trajectoire à 3 ans de la baisse du coût du travail et de la fiscalité, ensuite il faut impérativement qu'on règle le problème de la pénibilité. Ce dispositif se fera au 1er janvier 2015 : nous avons toujours dit que ce n'était pas possible d'instaurer ce dispositif extrêmement compliqué à cette date." Avez-vous entendu Elysée et Matignon vous promettre un report ? "Oui, nous avons discuté avec un certain nombre de ministres, avec le gouvernement, d'un report à 2016 pour préparer nos entreprises, notamment TPE et PME qui ne savent pas comment s'en sortir..." Vous demandez un moratoire d'un an... "On demande par contre un moratoire d'un an sur tous les autres textes ! Indépendamment de la pénibilité ! Pourquoi ? Tous les quinze jours ou toutes les semaines, nous avons un projet de loi ou une proposition de loi antiéconomique ou anti-entreprise qui va toujours dans le même sens : augmentation de taxes, de cotisations, de contraintes ! Nous disons halte, ça suffit, il faut arrêter ce harcèlement législatif : à chaque fois qu'on augmente des taxes ou des cotisations, nous créons du chômage ! Les députés doivent comprendre que nous sommes en surfiscalité notoire, que l'esprit du pacte est de baisser la fiscalité, les contraintes et les obligations sur les entreprises !" Le patronat pourrait-il laisser sa chaise vide, boycotter la conférence sociale ? "Oui, si nous n'avons pas clairement cette semaine les réponses aux questions que nous demandons depuis des mois, qui fait cette incohérence notoire entre un pacte qu'on nous a vendu des centaines de fois et les éléments concrets que nous subissons ! Voyez la taxe de séjour encore !" Est-ce une absence conditionnelle ou une éventualité de boycott pour cette conférence ? "Ça peut être une éventualité de boycott ! Je pourrais ne pas y aller !" Laurent Berger prévient : boycott patronal, c'est mort du pacte... "Nous tenons au pacte ! Mais de quoi allons-nous discuter à la conférence sociale ? Si la pénibilité est toujours appliquée au 1er janvier 2015, si le temps partiel est toujours appliqué au 1er juillet avec un seuil de 24h ce qui est absolument stupide... Si nous continuons à être continuellement en zig et en zag, nous avons un beau pacte, on nous vend des pactes, et de l'autre côté il se passe des choses antiéconomiques et anti-entreprises toutes les semaines : c'est ça le problème !" Jacques Attali rappelle que la France est l'addition de rentiers, de corporatismes, il demande aux entreprises de réinvestir leurs profits... "Oui, je suis d'accord : mais pour faire de l'investissement, embaucher, exporter, il faut de l'argent ! Les marges des entreprises françaises sont les plus basses d'Europe à 29%, comparées à 42% pour les allemands ! C'est le problème initial soulevé par Louis Gallois : il faut améliorer la compétitivité de nos entreprises." A propos de la taxe de séjour :  "Scandaleux ! Je veux qu'on supprime cet amendement ! On a fait des assises du tourisme la semaine dernière, des bonnes choses se passent, on prend de bonnes propositions ! Une semaine après, on augmente la taxe de séjour ! Encore une fois on augmente les taxes, c'est la facilité absolue. Vous allez créer du chômage..." (Pour information, à 7h15 sur Europe 1, Sébastien Bazin, PDG du groupe hôtelier Accor, déclarait : "Cette hausse de la taxe de séjour n'était pas prévue, pas discutée, et on ne pourra pas la payer ! Pour les opérateurs hôteliers indépendants comme Accor, le taux de la taxe est insupportable. Ça s'est fait à deux heures du matin, sans concertation : qu'ils viennent nous voir, qu'on en discute ! C'est injouable à une semaine des assises du tourisme. Continuons comme ça et on aura de moins de touristes...")  Intermittents : n'avez-vous pas été à l'origine de tout ce qui est fait autour d'eux en étant beaucoup plus dur que votre prédécesseur ? "Je n'ai pas été beaucoup plus dur ! J'ai négocié pendant des centaines d'heures avec des organisations patronales pour trouver un accord, pour dire il faut revoir le régime des intermittents ! Des serveurs de café sont intermittents, ça a été totalement dévoyé par certains patrons et des tas de catégories qui sont mis dans le régime des intermittents !" Vous demandez au Premier ministre de tenir bon, de ne pas altérer l'accord par des dérogations en cascade ? "Il faut tenir bon ! Par contre, il faut revoir avec les intermittents leur régime et les métiers qui sont dans les intermittents !" Etes-vous compris au sommet de l'Etat ? "Oui, nous sommes compris : le problème, c'est qu'il faut aujourd'hui transposer toutes ces bonnes mesures dans la loi !" Avez-vous encore confiance dans le sommet de l'Etat ? "J'ai confiance à partir du moment où on aura bien compris définitivement que nous avons besoin de confiance ! Il faut arrêter le foisonnement législatif, il faut maintenant s'intéresser aux dépenses publiques ! Il faut laisser tranquille les entreprises et s'acharner sur la baisse des dépenses publiques ! C'est ça que nous demandons pour les 3 prochaines années." Le gouvernement promet de les réduire en trois ans de 50 milliards...  "Ce n'est pas assez ! Il faut faire une centaine de milliards ! Nous avons proposé de rester à 1.200 milliards : nous avons le niveau de dépenses publiques le plus haut du monde quasiment ! 57% du PIB !" Où faire les économies ? A 50 milliards, on n'en peut déjà plus... "Il faut aller beaucoup plus loin, être courageux, demander aux fonctionnaires ce qu'ils en pensent, les mettre dans la boucle ! On ne demande rien aux fonctionnaires ! Il faut faire du management." "Il y a plein d'idées, il faut regarder la mobilité des fonctionnaires entre administrations..." Vous avez toujours le pin's 1 million d'emplois... "Absolument ! Ce n'est pas un leurre ! Il y a 20-25 verrous qui correspondent à autant de poches de 50.000 emplois : nous les créerons si les verrous sont levés ! C'est ce que nous voulons mettre sur la table avec le gouvernement et les partenaires sociaux dès septembre prochain..." Votre université d'été : France 2020... Le ciel sera enfin bleu ? "Si on nous écoute, si on a de la compétitivité et de la confiance, si on lève ces verrous pour créer de l'emploi ! Il faut faire confiance aux entreprises et aux entrepreneurs !" 

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