Pécresse : "La réforme fiscale n'aura jamais lieu"

SAISON 2013 - 2014
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    "Personne ne la défend. Personne ne peut fixer de calendrier. Il n'y a pas d'objectif et elle va pénaliser des millions de personnes", tacle l'ex-ministre du Budget.

    Ses principales déclarations :

     

    Avez-vous souhaité un bon anniversaire à votre premier parrain, Jacques Chirac ?

    "Ah, je ne me suis pas rendue compte qu'on était déjà le 29 novembre... Mais effectivement je dois le voir très prochainement, et je lui souhaite bon anniversaire."

     

    Quel cadeau lui faites-vous ? La promesse de dire la vérité, et d'être sérieuse et rigoureuse dans le débat politique ?

    "Par exemple."

    Vous avez débattu hier face à Pierre Moscovici. Comment le trouvez-vous ?

    "Je l'ai trouvé cadenassé dans une solidarité gouvernementale qui ne le convainc pas lui-même. Il a eu des éclairs de lucidité : il a parlé de ras-le-bol fiscal, il a dit que la confiance n'était plus là, que la baisse des dépenses ne devait pas être taboue, mais il n'arrive pas à mettre en conformité les actes du gouvernement avec ces éclairs de lucidité."

    Les deux ministres de Bercy présents hier ont-ils selon vous surjoué l'unité ?

    "Oh oui, la mise en scène était assez factice. On s'est aperçus qu'il y a en vérité deux lignes politiques au gouvernement. Une plus protectionniste, une plus européenne. Ce que j'ai surtout retenu, c'est finalement qu'aucun des deux n'a défendu à aucun moment la remise à plat fiscale de Jean-Marc Ayrault ! Je fais le pari, ici, devant vous : cette réforme fiscale n'aura jamais lieu, jamais lieu parce que personne aujourd'hui au gouvernement ne la défend. Personne n'est capable de fixer son calendrier, ses objectifs : on sait aujourd'hui qu'elle peut faire des millions de perdants ! Que ce soient les retraités qui paient moins de CSG, les familles qui ont un quotient familial, ou les travailleurs pauvres qui bénéficient de la prime pour l'emploi."

     

    C'est une déclaration d'opposante : vous dites qu'elle n'aura pas lieu car ce sont les socialistes, ou vous regrettez de ne pas l'avoir faite vous-même à l'époque ?

    "Non ! A l'époque, on y a sérieusement réfléchi, avec François Baroin, à cette fusion. Nous pensions à rationnaliser la collecte de l'impôt, à faire des économies dans la collecte. Mais nous nous sommes rendus compte que cette réforme allait bouleverser tous les équilibres fiscaux du pays, qu'elle pouvait faire énormément de perdants et qu'elle se traduirait par une augmentation massive des impôts de la classe moyenne."

     

    Moscovici et Montebourg ont-ils clarifié hier les objectifs et le calendrier de la remise à plat fiscale ?

    "Absolument pas ! Vous voyez bien qu'aujourd'hui - ce n'est pas moi qui le dit mais Pierre Moscovici - il y a un ras le bol fiscal. Douze milliards d'euros d'impôts qui ne sont pas rentrés dans les caisses de l'Etat cette année ! Douze milliards ! Ça veut dire quoi ? Qu'il y a eu du travail dissimulé, des délocalisations d'activité, et puis surtout que les Français ne veulent plus consommer, plus travailler davantage car ils savent qu'ils seront imposés davantage ! Dans ce contexte, croyez-vous vraiment qu'une remise à plat fiscale est de nature à garantir la stabilité dont les Français ont besoin ?"

    Pour l'heure, il n'y a pas de ligne commune acceptée par tout le parti sur la stratégie fiscale de l'UMP. Pierre Moscovici vous a-t-il impressionné ? Il évolue et anticipe les propositions de Jean-Paul Bailly sur la liberté du travail le dimanche et de nuit... Il y est favorable, c'est un signe positif pour vous ?

    "Sur le travail le dimanche, je ne suis pas favorable à la généralisation mais à l'assouplissement en tenant compte des conditions de vie et de travail dans les régions. En Ile-de-France par exemple, nous avons besoin d'ouvrir plus largement les magasins le dimanche. Pour revenir à la ligne de l'UMP, je ne peux pas vous laisser dire que l'UMP n'est pas unie. Je ne parle pas au nom de l'UMP mais en mon nom propre : nous sommes tous unis sur la priorité à donner à la baisse de la dépense publique. Elle ne se fera pas sans grande réforme : le gouvernement a laissé passer deux grandes occasions ! La loi décentralisation qui aurait pu permettre de fusionner département et région, comme nous avions commencé à le faire. C'était un pied dans la porte ! On commence toujours les grandes réformes par un pied dans la porte."

    Le chômage baisse.

     

    "On ne peut que se réjouir quand les chiffres du chômage sont bons. Mais en même temps, on sait bien que cette baisse est en trompe l'œil ! Les radiations augmentent, l'activité partielle augmente. On sait très bien que ces chiffres sont là car il y a beaucoup d'emplois sous perfusion d'argent public, des emplois aidés venus pour pallier au chômage des jeunes. Maintenant que faut-il faire ? Travailler à l'emploi marchand, créer de l'emploi dans le privé. Ça, ça nécessite une politique de compétitivité beaucoup plus active du gouvernement."

     

    Vous vous souvenez que vous avez créé vous aussi des emplois aidés ?

    "Oui, oui..."

    Dans Libération, Raymond Soubie dit que, compte tenu de la croissance, c'est le seul moyen d'agir avec des effets immédiats sur le chômage, que ce sont des dispositifs plus intelligents qu'avant car ils intègrent un volet formation et peuvent constituer une première marche vers un emploi pérenne... Question : même si ce n'est pas un vrai emploi, ça créé l'habitude et la dignité du travail, un salaire et du pouvoir d'achat ?

    "Bien entendu ! Mais aujourd'hui les emplois aidés ne sont qu'un antidouleur ! Il faut guérir l'économie française et rallumer les moteurs de la croissance. Comment le faire ? Investissement, exportation, consommation. Par la confiance ! Elle viendra de la stabilité des règles du jeu. C'est pourquoi cette remise à plat fiscale sans garantie de baisse des dépenses et de baisse des impôts à terme, elle est mort-née !"

     

    Contre Philippe Varin, connivence surprise MEDEF-AFEP-CGT... Tout est tombé sur Varin et sa retraite-chapeau. Qu'en avez-vous pensé ? Il faut une loi ?

    "Je pense que les patrons ne peuvent pas rester immobiles sur cette situation des retraites-chapeau. Il faut renforcer l'autorégulation s'ils veulent avoir la confiance des salariés. Aujourd'hui, des situations ne sont pas acceptables. Une loi ? Non, je préfèrerais que l'autorégulation reste la norme : je n'aime pas qu'on fasse des lois pour tout, d'autant que ça cadenasse l'économie. Mais ça veut dire que les patrons doivent agir. Ils doivent renforcer, réguler mieux, plafonner les retraites-chapeau."

    Vous êtes toujours Filloniste ?

    "Je partage le diagnostic de François Fillon sur l'économie française et les solutions à apporter ! Il faut tout réformer ! Travailler un peu plus, dépenser un peu moins !"

    A Pau, concernant Bayrou : le pardon ou la punition ?

    "Je suis favorable d'abord à ce que nous soutenions l'UMP au premier tour, et François Bayrou, s'il arrive en tête, au deuxième tour. Pour moi, c'est ça la logique aujourd'hui : l'alliance de deuxième tour."

    Le pardon et le rassemblement ?

    "Au deuxième tour."