Michel Sapin : "Je ne supporte pas la concurrence déloyale"

SAISON 2013 - 2014
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    Le Ministre du Travail s'exprime sur l'accord européen sur les salariés détachés et sa volonté de lutter contre les fraudes.

    Michel Sapin, ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social 

    Ce matin à 8h20, Europe 1 recevait Michel Sapin, ministre du Travail, de l'Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social. Ses principales déclarations : Accord sur les travailleurs détachés. "Un coup porté à des mafias" avez-vous dit. Quelles mafias ? "Certaines entreprises du bâtiment en France et en Europe qui ont organisé un système opaque pour pouvoir utiliser, elles ont le droit de le faire, une main d'œuvre européenne mais dans des conditions non respectueuses du droit du travail français. Or, toute personne qui travaille sur le territoire de la France doit être protégée par les lois sociales françaises, et ça c'est un principe absolu auquel on ne peut déroger." La France compte combien de travailleurs détachés français qui rapportent des ressources ? "Oui, car nous aussi nous aussi nous détachons des Français à l'étranger, dans des conditions qui sont protégées par la directive dite de détachement de 1996. Il faut faire très attention ! J'entends certains à l'extrême droite ou à l'extrême gauche nous dire : il faut supprimer cette directive. C'est une bêtise ! Une folie ! Supprimer cette directive, ce serait la loi de la jungle, chaque salarié exploité dans son coin et nos Français à nous qui ne seraient pas protégés par nos règles sociales. Il fallait maintenir le principe mais avoir des outils pour lutter contre les fraudes qui se sont manifestées ces dernières années de manière massive. Le détournement de cette directive aboutit à des fraudes massives extrêmement préjudiciables pour l'économie Française." Avec les 27/28, la France a déminé avec vous, avec le concours des allemands, des abus et des fraudes qui allaient polluer aussi les élections européennes... "Les élections c'est une chose ! Mais, moi, ce qui compte, c'est la réalité de la vie des Français. Il y avait aujourd'hui des entreprises françaises dans le bâtiment qui perdaient des marchés parce que d'autres entreprises, d'ailleurs françaises, utilisaient abusivement des travailleurs européens. Ça, ce sera terminé. C'est vrai aussi dans l'agroalimentaire et l'agriculture, mais dans le bâtiment tout particulièrement qui a été ciblé par les européens. C'est là que ces processus très compliqués, très opaques, avaient été mis en place. Ceux-là seront démantelés." Vous êtes en colère sur le sujet, la négociation a dû être dure ! "Ce n'est pas que je sois en colère ! Je ne supporte pas que sur le territoire français des salariés européens soient exploités de manière insupportable, et je ne supporte pas qu'il y ait des concurrences déloyales qui fassent perdre aux Français les emplois auxquels ils ont droit !"  Comment vont s'exercer les contrôles, en particulier sur les entreprises qui donnent les ordres ?  "Oui, c'est justement la nouveauté de ce qui a été obtenu hier. C'est pas simplement le sous-traitant du sous-traitant, le dernier des derniers, qui va être responsabilisé ! C'est le premier, celui qui est en haut de la chaîne, qui ferme les yeux en disant : "J'ai un marché pas cher, je ne veux pas voir dans quelles conditions il va être exécuté." Il y aura des sanctions contre lui ? "Oui, c'est justement la grande décision d'hier ! On pourra remonter toute la chaîne, frapper l'hypocrite qui dit : "Je ne veux pas voir, je ferme les yeux et j'empoche un marché pas cher". Celui-là il sera frappé, responsabilisé." Vous avez dit : "Je mettrai en œuvre les outils juridiques et moyens humains contre les fraudes, ça se verra vite sur le territoire". Quand ? "Parce qu'il faut des outils au niveau européen, juridiques, nous les aurons grâce à cet accord. Il faut des outils au niveau français, nous allons les renforcer avec des dispositions nouvelles. Il faut agir sur le terrain : une fois qu'on a les outils, il faut aussi aller contrôler. Je peux vous le dire : les contrôles seront renforcés." On peut donc ne pas désespérer de l'Europe dans certains cas... "L'Europe est sensible aussi à la question sociale. C'est un peu nouveau par rapport à ces dix dernières années : je crois que le rôle de la France n'a pas été négligeable." Les pays de l'UE ont pris un autre engagement important : intégrer les Roms. Favoriser l'accès à l'emploi, l'éducation, le logement, la santé. Va-t-on arrêter le démantèlement des camps de Roms ? "C'est d'abord, et avant toute chose, faciliter l'intégration des Roms dans leur pays d'origine ! En Roumanie, en Bulgarie ou dans quelques autres pays où ils sont très nombreux. C'est la première des choses à faire ! Aider y compris ces pays-là à intégrer leurs populations, car ce sont des populations qui fuient la misère. L'intégrer aussi sur nos territoires pour ceux qui souhaitent être intégrés, c'est aussi un des grands principes de la République Française." Il faut vite prévenir les maires et Manuel Valls : quatre camps démantelés hier. "L'intégration, ce n'est pas le non-respect de la loi, c'est même l'inverse. S'intégrer sur un territoire c'est respecter la loi de ce territoire. Et toute personne, étrangère ou Française, qui ne respecte pas la loi doit être sanctionnée. C'est ce qui s'est passé." Donc dehors... "Elle doit être sanctionnée, on doit faire respecter la loi partout ! Je ne dirais pas cela, vous seriez le premier à critiquer..." A propos d'EADS : vous ne voulez pas de licenciements. Donc il n'y aura pas de plan social ? "Je ne vais pas chipoter sur les mots. Qu'une grande entreprise comme celle-ci ait besoin de se restructurer pour certains secteurs... On vend moins de matériel militaire, on vend plus de matériel civil. On vend moins de matériel de guerre, on vend plus d'Airbus. Cette entreprise gagne de l'argent, c'est une grande entreprise, elle a plusieurs secteurs, elle veut se restructurer, très bien ! C'est son devoir pour s'adapter à la situation. Mais son devoir aussi, quand on a beaucoup d'emplois qui sont créés par ailleurs et qu'on a beaucoup d'argent, c'est de mettre en place des dispositifs qui évitent tout licenciement. En France - je parle pour la France, il y a aussi énormément d'emplois qui sont supprimés en Allemagne - pour la France, il ne sera pas accepté car il ne serait pas acceptable qu'une entreprise comme Airbus, comme EADS, supprime globalement des emplois alors qu'elle a la capacité d'accueillir tous ceux qui pourraient perdre leur emploi dans un secteur d'EADS." Vous entendez la petite polémique sur le coût du voyage avec trois avions... "Je n'entends rien de tout cela." L'événement vaut bien ce cout... "L'événement évidemment vaut non pas le coût, parce que franchement voir cela par le petit bout de la lorgnette, ça ne me paraît pas être à la hauteur de Mandela. Vous irez peut-être en Afrique du Sud pour les cérémonies, et je ne vous poserai pas la question de savoir combien ça a coûté à Europe 1..." Que pensez-vous du calcul d'épicier qui est fait autour des voyages ? "C'est un calcul qui est sans commune mesure avec ce qui s'est passé, avec l'hommage que la France dans toutes ses composantes est en droit de donner. Qu'il y ait le Président d'aujourd'hui et l'ancien Président, je trouve qu'au bout du compte c'est une très belle image de la France qui est donnée." Ce moment républicain a une signification politique ? "Il a une signification d'unité nationale ! C'est aussi une signification politique. La politique, ce n'est pas simplement la division, l'opposition, deux personnages qui se sont affrontés à un moment donné. C'est aussi une image de la France, une belle image de la France pour rendre hommage à une des plus belles images de l'Histoire, Mandela." Vous êtes satisfait de grimper de 6 points dans les sondages ? "Ouh la. Comme je ne savais pas d'où je partais, je ne sais pas encore où je suis arrivé ! Si je gagne comme ça des boules sur mes branches, tant mieux." La courbe du chômage va baisser ? "C'est l'objectif ! C'est ce que nous avons fait pour un mois, il faut le faire mois après mois." Pérès et Netanyahou ne seront pas à Johannesburg. Israël n'a pas toujours combattu l'Apartheid, peut-être ont-ils honte d'y aller. Mais ils ont trouvé un argument comique à la limite du ridicule : le voyage est trop cher. Je tenais à le dire...  "Je l'aurais dit à votre place."