Le Pen : il "faut arrêter de soutenir les fondamentalistes islamistes"

SAISON 2013 - 2014
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    Pour la patronne du FN, le gouvernement est responsable du départ de jeunes djihadistes français en Syrie.

    Marine Le Pen, présidente du Front national

    Voici ses déclarations :

     

    Bonjour Marine Le Pen, vous avez peut-être entendu le témoignage de ce djihadiste français, recueilli par notre reporter Gwendoline Debono, en Syrie. Qu'est-ce qu'on peut faire pour éviter que de jeunes Français partent à la dérive, comme ça ?

    "D'abord, il faut cesser de soutenir les fondamentalistes islamistes partout où ils œuvrent. Il est évident que ces jeunes ne comprennent pas pourquoi on leur reproche d'aller se battre aux côtés des rebelles fondamentalistes alors même que la France les a soutenu en Syrie, en Libye. Il faut un peu de cohérence."

    C'est la responsabilité du gouvernement français si les jeunes..?

    "En partie ! Le message lancé aujourd'hui est effectivement totalement contradictoire. Deuxièmement, il faut surveiller les réseaux..."

    Le gouvernement français n'a pas soutenu les islamistes, quand même, il a soutenu l'opposition à Bachar al-Assad et on sait qu'il y a une scission...

    "Oui, il a soutenu l'opposition, dans laquelle 90% sont des fondamentalistes islamistes, comme ils s'en sont rendus compte plus tard - ou fait semblant de s'en rendre compte - alors qu'au FN, nous le disions depuis le début du conflit. Et puis on voit bien que l'immigration massive dans notre pays, l'immigration dérégulée, permet de laisser passer des fondamentalistes qui œuvrent dans les quartiers, créent des noyaux, recrutent dans l'incapacité du gouvernement à les détecter, à la réguler, à les combattre."

    Et ces Français qui partent en Syrie pour combattre, il faut aller les chercher ou pas ?

    "Allez les chercher ? Non, il faut les laisser là-bas. Le problème, c'est s'ils reviennent !"

    Mais ils sont Français !

    "Et alors ? En Grande-Bretagne, ils ont décidé de les condamner à la déchéance de leur nationalité, dans ces conditions. Je trouve que c'est une très bonne proposition. Qui doit peut-être pas appliquée aux mineurs, dont la situation est particulière, mais ça devrait faire partie de l'arsenal juridique."

    Ils n’ont plus leur place en France, pour vous.

    "Ah oui, on pourrait décider de la déchéance de nationalité pour ceux qui vont combattre auprès des djihadistes, effectivement, oui."

    On en a beaucoup parlé ce matin : les Suisses ont décidé à une très courte majorité de mettre fin à la libre-circulation des citoyens de l'UE. Ça vise principalement des Français, des Italiens, des Portugais, des Allemands... Les Suisses sont-ils devenus fous, Marine Le Pen ?

    "Mais pas du tout ! Les Suisses, au contraire, font preuve de beaucoup de bon sens, et j'aimerais bien qu'on les suive, d'ailleurs. Je pense que s'il y avait en France un référendum sur le sujet, les Français voteraient largement pour l'arrêt de l'immigration de masse."

    C'est-à-dire que nous aussi, il faut qu'on ferme nos frontières aux Portugais, aux Italiens, aux Allemands..?

    "Mais arrêtez de caricaturer, vous ne vous grandissez pas à caricaturer."

    Ah bah là, c'est la situation en Suisse !

    "Non, ce n'est pas vrai. Les Suisses veulent mettre en œuvre qui a eu lieu jusqu'en 2002, c'est-à-dire la politique des quotas. Ils veulent préserver leur priorité nationale car là-bas, la priorité nationale que nous plaidons en France existe. Ils veulent décider qui entre sur leur territoire et qui peut y travailler."

    Mais ça impacte majoritairement les citoyens de l'UE, Marine Le Pen.

    "Ils ne veulent pas que d'autres décident à leur place. C'est aussi simple que ça. Alors il se trouve que les crises en Europe entraine un afflux d'immigration en Suisse, que l'immigration, partout, pèse à la baisse sur les salaires, ce que nous dénonçons en France, depuis longtemps et ils veulent donc garder la maîtrise de leur politique d'immigration. Ça me paraît être une politique de bon sens et je pense que si on organisait un référendum, on aurait, dans énormément de pays européens, des résultats encore plus massifs que ceux qui ont été enregistrés en Suisse."

    Votre référendum, s'il se faisait, consisterait à demander s'il faut fermer les frontières françaises, y compris envers les citoyens de l'UE ?

    "Mais il ne s'agit pas de... Vous savez la différence entre un mur et une porte ?"

    À peu près, je crois, oui.

    "C'est pas mal. Il ne s'agit pas de mettre un mur, il s'agit de mettre une porte. On l'ouvre, on la ferme, selon l'intérêt du peuple."

    Oui mais est-ce qu'on laisse entrer des citoyens de l'UE ?

    "Mais ça dépend lesquels! Pas si on a 5 millions de chômeurs, s'ils sont une concurrence déloyale à nos travailleurs français, je suis désolée."

    C'est-à-dire qu'on fait le tri, en fait.

    "Mais bien sûr, c'est ça, c'est la liberté, c'est la souveraineté. Vous décidez bien qui rentre chez vous, dans votre appartement. Eh bien, le pays, c'est notre maison. Nous avons le droit, le peuple a le droit de décider qui entre, selon les circonstances, selon le contexte économique."

    Mais alors, notre maison est dans un village, de l'UE, où il y a des règles qui existent aujourd'hui.

    "Cette règle, c'est la libre circulation..."

    Des biens et des personnes.

    "Et onvoit bien le mal qu'engendre cette libre circulation. Par exemple, sur le terminal méthanier de Dunkerque, il y a 40% de travailleurs qui sont étrangers. 40% de salariés qui pourraient être français sur ce terminal et qui ne le sont pas. Et bien ça, je considère que ça doit être combattu car l'obligation première d'un gouvernement, c'est de donner de l'emploi à ses compatriotes. Quand on est en période de crise économique, on donne la priorité d'accès à l'emploi à nos compatriotes."

    Les Suisses ont fait un choix qui risque d'avoir des conséquences économiques. L'UE réfléchit, la Commission le dit, on verra quelles conséquences cela peut avoir sur le commerce. Ça va se payer..

    "Ah, l'UE menace d'envoyer les chars pour ouvrir les frontières suisses. C'est d'ailleurs assez révélateur du fonctionnement de l'UE, qui multiplie les menaces et les chantages... On peut parfaitement commercer avec l'ensemble de ses voisins sans être soumis aux règles qu'impose l'UE. Peut-être que la Suisse va permettre de démontrer cela et j'en suis ravie. C'est à ce chemin que j'appelle les Français, ce chemin de la liberté, de la souveraineté, de la défense de notre économie, de notre système de protection sociale."

    Marine Le Pen, Arnaud Montebourg donne une interview ce matin aux Echos, dans laquelle il explique que l'euro est trop fort et qu'il faudrait le dévaluer de 10%. Ça permettrait, dit-il, de créer 150 000 emplois, d'économiser 12 milliards. Alors, vous n'êtes pas une grande fan de l'euro, est-ce que là-dessus, vous le suivez ?

    "Petit pas par petit pas par petit pas, il vient vers nous, M. Montebourg, doucement mais sûrement."

    Vous applaudissez, les 10% de dévaluation de l'euro ?

    "10%, c'est pas suffisant. Il avait dit d'ailleurs que si l'euro était dévalué de 20%, ça créerait 300 000 emplois et ça réduirait notre déficit de la balance commerciale."

    Nicolas Barré nous disait tout à l'heure que ça réduirait pas tous les problèmes non plus, il faut faire attention.

    "Ça réduirait pas tous les problèmes, bien sûr, il a raison, il faut aussi mettre en place un patriotisme économique, un protectionnisme intelligent. Il faut retrouver la maîtrise de nos frontières pour ne pas subir le dumping social organisé par l'UE sur notre territoire. Il n'en demeure pas moins que.."

    Dites-donc, vous parlez vite, on a l'impression que vous récitez, là...

    "Non, non, je connais mes sujets, merci. Petit à petit, M. Montebourg avance. Il n'y a qu'un malheur, dans son analyse, c'est qu'il demande à ce que la BCE face du quantitative easing. Or, il sait que la Constitution allemande l'interdit formellement. Etlà, on est au nœud du problème : est-ce qu'on se soumet aux desideratas allemands et on continue à avoir un euro trop fort qui asphyxie notre industrie ? Ou est-ce qu'on se libère de cette charge ?"

    En tout cas là-dessus, vous soutenez Arnaud Montebourg.

    "Je ne le soutiens pas, c'est lui qui vient me rejoindre, petit à petit... Et je m'en réjouis, bien sûr."

    En tout cas vous êtes d'accord. Il y a une problème depuis hier avec le Printemps français qui voudrait faire le tri dans les livres qui se trouvent dans les bibliothèques municipales. Est-ce que ça vous choque ? Est-ce qu'il faut faire le tri dans les livres ou alors on commence à tomber dans l'obscurantisme ?

    "Non mais moi je ne suis pas pour le tri dans les livres. Je suis pour qu'il y ait le plus de livres différents possibles accessibles. Je crois en l'intelligence de mon peuple et je pense que les Français ont largement les qualités pour juger les différentes idées qui leur sont soumises aux travers des livres. Moi je suis pour la liberté, c'est mon choix. La liberté d'expression et donc la liberté de trouver l'intégralité des livres possibles et imaginables dans les bibliothèques."

    Vous pensez à quoi ? Quels livres vous manquent dans les bibliothèques, aujourd'hui ?

    "Oh mais je ne pense à rien. Vous me demandez un positionnement de principe, je vous le donne."

    Jean-François Copé s'attaque lui à un livre sur la nudité qui s'appelle "Tous à poil". Vous validez ou vous pensez qu'il dérape ? Il dit : "Faut pas montrer ça aux élèves, dans les écoles", alors que les auteurs disent le contraire. Vous connaissez ce livre, "Tous à poil", ou pas ?

    "Ecoutez, qu'est-ce que disent les auteurs, que c'est pas montré dans les écoles ?"

    Voilà, ils disent que ça rentre pas dans les programmes du CNDP, le centre national de documentation pédagogique.

    "Ecoutez, je ne sais pas, j'ai pas été vérifier. Moi, je crois que c'est préconisé. Je crois qu'il existe des fiches pédagogiques où on conseille... Ça fait partie des listes de livres qu'on conseille aux équipes pédagogiques dans les écoles."

    Donc là vous êtes d'accord avec Jean-François Copé, il y a un problème à avoir ce livre dans les écoles ?

    "Oui, il y a un problème avec ce livre. Moi je crois que le rôle de notre école est d'apprendre à nos enfants à parler français. Ce qui, pour l'instant, est assez mal effectué, il faut bien le dire. A écrire le français, à compter, ce qui, encore une fois là aussi, baisse d'années en années. Plutôt que de leur apprendre qu'il faut que tout le monde soit à poil."

    Apprendre que les petits garçons ont un petit robinet, c'est à l'école qu'on l'a tous appris, ça.

    "Ah bon, vous avez appris ça auprès de votre prof, vous ? Pas moi. Ce sont mes parents, c'est le rôle des parents d'apprendre ça à leurs enfants. Donc on peut aussi..."

    Encore une fois, Jean-François Copé dit que c'est montré dans les écoles, les auteurs disent que ce n'est pas le cas.

    "On peut prendre tous les enfants, les enlever à leurs parents, les mettre dans des établissements où on va leur apprendre la vie. Mais ce n'est pas le choix qui a été fait par la France, parce que la France est un grand pays démocratique où ce sont les parents qui élèvent leurs enfants et pas l'école. L'école, elle transmet le savoir."

    Après avoir été d'accord avec Arnaud Montebourg, vous êtes maintenant d'accord avec Jean-François Copé, ce matin.

    "Ça ne me pose aucun problème, vous savez, je suis très à l'aise dans mes convictions. Par conséquent, ça ne me pose pas de problème, quand ça me paraît être évident, d'être d'accord avec les uns ou les autres. Mais avec Monsieur Montebourg, vous faites, je pense, une petite erreur de jugement. Je ne suis pas d'accord avec Monsieur Montebourg."

    Oui, c'est lui qui est d'accord avec vous.

    "Ce n'est pas le problème. Monsieur Montebourg veut dévaluer l'euro, mais il veut une utopie, quelque chose qui n'est pas faisable. Je ne peux pas être d'accord avec quelque chose qui n'est pas faisable."

    Dernière question : les municipales. Combien y aura-t-il de têtes de liste Front national. Vous en vouliez plus de 700, il paraît que vous avez du mal à obtenir 500.

    "J'ai jamais dit que j'en voulais plus de 700, nous avons investi 700 têtes de liste, mais nous savons qu'il y a un delta entre les têtes de liste investies et celles qui y existeront. J'espère que nous atteindrons le record historique de listes FN présentées aux municipales."

    491 en 1995, c'est ça ?

    "Il me semble. D'autres disent 510... Mettons."

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