"La suspension de l'écotaxe, c'est une discussion ouverte"

SAISON 2013 - 2014
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    Aux demandes des bonnets rouges sur la suspension définitive de l'écotaxe, Stéphane Le Foll botte en touche et les renvoie à des discussions ultérieures.

    Stéphane Le Foll, ministre de l'Agriculture, de l'Agroalimentaire et de la Forêt

    L'agence de notation américaine Standard and Poor's vient de baisser d'un cran la note de la France. Trop de chômage, incapable de faire des grandes réformes. Qu'est-ce que vous en pensez ?

    "Je regarde ça avec l'idée simple que les réformes engagées produiront leurs effets. Je me rappelle de la dégradation précédente, qui n'a pas empêché la France de bénéficier de taux d'intérêts qui, en termes de différence avec ceux de l'Allemagne, ont plutôt baissé.. J'ai entendu ce qu'a dit l'agence de notation. Nous, il faut qu'on soit dans ce moment avec la ferme détermination de mener notre politique jusqu'au bout."

    Cette nuit, des radars ont été détruits près de Saint-Malo. Mettez-vous en garde les casseurs, ceux qui les inspirent et ceux qui ne condamnent pas la violence ?

    "Je condamne la violence. Je pense qu'on est arrivé à un moment où il y a eu l'expression, avec la manifestation de Quimper, d'une colère et de messages forts. On les a entendus, le Premier ministre les a entendus. On n'est plus dans l'escalade, on est dans la solution."

    Justement, confirmez-vous l'entrée dans le capital de Doux du Saoudien Almunajem ?

     

    "Il y a un pacte d'actionnaire en train d'être construit entre la famille Calmette, repreneur, la famille Doux, c'est l'historique, le Saoudien, non seulement un industriel mais aussi celui qui travaille depuis 40 ans avec Doux sur le marché du Moyen-Orient. Donc, il est là, et dans la durée, qui sera déterminée par le pacte d'actionnaires."

    Il y a un marché mondial du poulet, qui est la seule viande qui ne soit pas frappé d'interdit religieux. Ça laisse des possibilités. Doux va devoir se moderniser, à partir de ce qui va se passer ici et peut-être avoir de nouveaux patrons.

    "Au travers du pacte d'actionnaires, Doux fera le choix de ses actionnaires, à qui je fais confiance pour se mettre d'accord. EN même temps, il faudra effectivement moderniser les outils de production de cet entreprise pour être compétitif."

    Dites-vous ce matin, Stéphane Le Foll : "Doux peut être sauvé, se développer et réussir sa résurrection" ?

     

    "Je dis que la filière export sur la volaille, de manière globale, peut être sauvée et peut réussir demain un redressement qui lui permettra de garantir les outils de production bretons."

    Quand irez-vous à Bruxelles pour en parler ?

    "Nous irons à Bruxelles le 22 novembre et serons reçu par le commissaire européen à l'agriculture."

    Vous y allez pour réclamer des fonds européens qui permettront peut-être la robotisation des abattoirs, la modernisation des abattoirs et la méthanisation nécessaire qui se fait plus en Allemagne qu'en France ?

    "Absolument. Il y a des fonds à mobiliser. La France va aussi se mobiliser avec la BPI. Les actionnaires de Doux le savent, et ils ont un plan d'investissements que nous allons soutenir avec la BPI."

    Combien la BPI va-t-elle donner pour relancer la marque Doux ?

    "Tous les ans, les appuis sur un plan d'investissement qui avait été présenté de l'ordre de 80 millions d'euros, soutenus à hauteur de 8 à 10 millions d'euros par la BPI, en fonction des objectifs fixés par l'entreprise."

    Christian Troadec disait tout à l'heure qu'il n'avait pas été invité mercredi par le préfet, chez qui il était personnellement mardi soir chez le préfet.

     

    "Je crois, effectivement. Il faut être honnête avec les Bretons."

     

    Il est aussi question d'organiser le 2 décembre une journée "Bretagne morte". Est-ce que ça tue la Bretagne ou est-ce que ça donne à la Bretagne des chances de renouvellement ?

    "Moi je suis là pour parler de la Bretagne vivante, de celle qui a un avenir, de celle qui a des atouts, de celle qui a de l'énergie."

    Justement, vous ne verrez pas les Bonnets rouges.

    "C'est possible que j'en croise à la préfecture dans les rencontres que nous aurons avec les syndicats."

    Mais vous n'irez pas à Quimper.

     

    La Bretagne, je le rappelle, c'est le Finistère, les Côtes d'Armor, le Morbihan et l’Ille-et-Vilaine.

    Mais le foyer de l'agitation, vous n'y allez pas.

    "C'est vrai que le Finistère connait des difficultés encore plus grandes que d'autres départements. Mais c'est à l'échelle de la région qu'il faut qu'on soit capable de réagir."

    Si les violences reprennent, le gouvernement sera-t-il capable d'envoyer en justice les casseurs et les agitateurs ?

    "Le Premier ministre a été très clair à l'Assemblée nationale à ce sujet."

    Intervention de Christian Troadec, maire de Carhaix et leader des Bonnets rouges :

    "Nous n'étions pas invités à la préfecture le mercredi, jour où l'ensemble où les élus de Bretagne étaient réunis, mais évités en étant reçu la veille. Nous, ce qu'on attend ici en Bretagne, c'est des réponses aux problèmes des Bretons dans le domaine de l'emploi et l'économie. La première chose : quand entendez-vous supprimer définitivement le dispositif de l'écotaxe pour la Bretagne ? Ca fait des mois que nous le demandons et nous ne sommes pas entendus."

    Stéphane Le Foll :

    "D'abord, Monsieur Troadec, je voudrais vous dire : lorsque vous dites que vous n'êtes pas entendus. Il y avait un projet d'écotaxe qui avait été voté par le Parlement en 2009 à l'unanimité. Qu'est-ce qui a été décidé après ce que vous avez fait passer comme message ? Suspension de l'écotaxe, re-discussion et mise à plat pour entendre et répondre à ce qui est une réalité, à la fois la question de la périficité de la Bretagne et aussi la question agricole, pour laquelle j'ai fait moi-même des propositions au Premier ministre."

    Ils vous proposaient l'exonération de toute la filière agricole. Que leur répondez-vous ?

    "Il y avait des propositions qui étaient faites, qui prennent en compte ce qui est lié aux transports dans l'agriculture. Une discussion est ouverte, elle sera menée à son terme et on remettra à plat les questions posées par l'écotaxe car on n'oublie pas qu'il y a des camions qui traversent notre pays et qui ne payent rien alors que c'est le budget de l'Etat qui assure l'entretien des routes."

    Allez-vous cessez de construire les vilains portiques qui sont chargés de contrôler la collecte éventuelle de l'écotaxe ?

    "Il n'y a plus de construction de portiques. Il y en a un qui a été enlevé et je le dis aujourd'hui, la suspension de l'écotaxe, c'est une discussion qui est ouverte."

    Il y a d'autres urgences, Stéphane Le Foll. Le gouvernement va-t-il garantir les salaires ou les emplois de ceux qui sont victimes des plans sociaux ?

    "Ça a été dit des salariés de GAD, qui ont perdus leur emploi : un an de garantie de salaire. S'il le faut, ce sera le cas pour les autres aussi. Nous sommes là pour répondre à des urgences sociales et aussi pour préparer l'avenir. Je voudrais annoncer deux, trois choses. J'ai entendu une comparaison entre ce qui était annoncé pour Marseille par le Premier ministre jusqu'en 2030, rapportés aux 15 millions prévus lors du SPACE pour le plan d'urgence sur la filière volaille. Personne n'a parlé du milliard d'euros présent dans le plan annoncé par le plan du Premier ministre sur la mobilisation de la BPI et sur les primes aux investissements d'avenir. Deuxième élément, sur le deuxième pilier de la politique agricole commune. Et ça, c'est concret : la Bretagne va bénéficier du doublement du FEADER, en passant de 175 millions à 368 millions d'euros. Cet argent sera mobilisé sur la méthanisation, la modernisation des bâtiments d'élevage. J'ajoute qu'en termes de compétitivité, en bénéficiant du crédit d'impôts et des exonérations sur les emplois saisonniers, la Bretagne, son industrie agroalimentaire et son agriculture, bénéficiera dès 2014 de 54 millions et en 2015 de 68 millions.

    Aujourd'hui à Rennes, vous précisez le pacte d'avenir de la Bretagne. Vous allez y consacrer presque 2 milliards. Vous dites aujourd'hui : l'argent ne manquera pas.

    "L'argent sera là pour soutenir des projets. C'est ça l'avenir."

    Vous allez proposer des plans d'avenir à d'autres régions, après la Bretagne et la Lorraine ?

    "Absolument."

    Intervention de Nadine Hourmant, déléguée Force Ouvrière de Doux.

    "Monsieur le ministre, je vous interpelle sur le pacte d'avenir. Je pense que pour nous, salariés, ce sera trop tard."

    S. Le Foll : "Vous ne pouvez pas dire ça alors que les dirigeants de Doux se sont engagés à préserver les emploi de votre entreprise."

    Hourmant : "Je parle des salariés de GAD. Quand vous parlez du contrat de sécurisation professionnelle, vous n'annoncez rien. Ce n'est que les dispositifs légaux auquel a droit n'importe quel salarié."

    Le Foll : "Non, pas le contrat renforcé, Madame Hourmant, vous ne pouvez pas dire des choses qui ne sont pas vraies. Votre syndicat (FO) le sait très bien. Après, il y a la question de la réindustrialisation, et ça il faut qu'on y travaille ensemble."

    Jean-Pierre Elkabbach : si je comprends, le contrat de sécurisation, d'un an aujourd'hui, vous accepteriez de le prolonger si nécessaire.

    "Non, c'est un an complet de salaire pour les salariés qui ont perdu un emploi. Et là, il faut engager la formation pour les salariés et qu'on travaille à la question de la réindustrialisation, ce que je fais avec Guillaume Garot, qui est là avec moi aujourd'hui."

    Il ya de nouvelles filières avec les technologies du futures, la transition énergétique et les énergies marines. Mais justement, la grande distribution, elle garde ses marges. Pierrick Massiot, président PS de la région Bretagne, dit qu'elle va bénéficier du crédit d'impôt, donc de milliards chaque année. La grande distribution, qui ne participe à rien, ne pourrait pas participer davantage à la solidarité collective ? Est-ce que vous le lui avez déjà demandé ?

    "Absolument. J'ai demandé à la grande distribution de se mobiliser. On la fera venir. L'idée de transférer ce qui est l'écotaxe sur les factures, pour que ce soit assumé par l'ensemble de la filière, en particulier la grande distribution, ça fait partie du dialogue engagé, des discussions qui sont en cours."

     

    Mais la Bretagne doit changer de modèle

     

    "La Bretagne ne doit pas changer, elle doit faire évoluer son modèle."

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