Centrafrique : "Une situation très difficile" selon Pascal Canfin

SAISON 2013 - 2014
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    "Nous sommes engagés en Centrafrique pour éviter un massacre et une guerre civile", explique Pascal Canfin.

    Pascal Canfin, ministre délégué auprès du ministre des Affaires étrangères, chargé du Développement

    L'année commence dans le sang en Centrafrique. De nouveaux morts, des blessés, une violence qui tourne à la barbarie. On l'a entendu dans le journal de 8 h, avec le reportage bouleversant de Gwendoline Debono. Et au milieu de ce drame, 1600 soldats français, dont deux sont morts en décembre. La France s'est-elle mis dans un piège en allant en Centrafrique ?

    "Il y avait en Centrafrique un risque de guerre civile. Des enfants ont été découpés à la machette. Des enfants qui sont découpés à la machette. Il y a 1,5 million de personnes, un tiers des habitants de la Centrafrique, qui sont en risque grave sur leur situation humanitaire. Est-ce qu'on pouvait dire : "C'est pas notre problème"? Ou est-ce qu'on disait : "Nous avons la responsabilité de ne pas laisser se poursuivre ce massacre." C'est le choix qu'a fait le président, la décision qu'il a prise. Nous sommes donc engagés avec la communauté internationale : il y a beaucoup plus, même si les médias français ne le traitent pas tous les jours, de soldats africains que de soldats français. Nous sommes engagés pour qu'il y ait, en Centrafrique, un massacre et une guerre civile. La situation est difficile, personne ne le cache. Mais nous avons considéré que c'était notre responsabilité de ne pas laisser faire ces massacres d'enfants."

    Il fallait y aller. Vous n'êtes pas le ministre de la Défense mais du Développement et à ce titre, vous connaissez très bien l'Afrique. Combien de temps faudra-t-il rester sur place ? Des experts, d'anciens et d'actuels généraux estiment qu'en-dessous de 5 000 hommes, l'action française est vouée à l'échec et que c'est une guerre sans fin. Faut-il des renforts ?

    "Vous l'avez dit, je ne suis pas ministre de la Défense et Jean-Yves Le Drian est sur place pour évaluer la situation. Simplement, il y a, il faut le savoir, dans quelques semaines, 6000 soldats africains. Ne raisonnons pas comme si la France était toute seule sur le terrain : nous faisons partie d'un dispositif plus large. Encore une fois, je ne suis pas ministre de la Défense, mais la stratégie de la France a trois piliers en Centrafrique. Le pilier sécuritaire, parce que sans sécurité, rien n'est possible. Le pilier politique parce que dans la durée, c'est évidemment là-dessus qu'on sortira de ce conflit en train de devenir un conflit entre confessions. Et puis le pilier développement : vous savez qu'en Centrafrique, 93% des habitants n'ont pas accès à l'électricité. 93% ! Comment voulez-vous entamer un développement économique quand vous êtes dans des situations d'aussi grande misère ? Les piliers sécuritaire, politique et humanitaire/développement, ç'a toujours été la stratégie de la France."

    Justement, vous parlez de la catastrophe humanitaire. Les Européens se retrouveront le 20 janvier à ce sujet. Mais pourquoi la France n'arrive-t-elle pas à mobiliser la planète autour de la Centrafrique ?

    "Mais c'est ce que nous avons fait, d'abord avec la résolution du conseil de sécurité des Nations unies. Les 15 pays du conseil de sécurité ont voté pour l'intervention en Centrafrique. Et sur les questions humanitaire et développement, tout passera par cette grande conférence à Bruxelles, le 20 janvier, où nous allons, comme nous l'avons fait pour le Mali, mobiliser la communauté internationale, de façon à lever les fonds, pour assurer le financement des opérations humanitaires et développement pour les 12 à 24 mois qui viennent."

    Ce n'est pas déjà trop tard ?

    "Non, c'est maintenant qu'il faut le faire. Nous avons commencé l'opération militaire depuis quelques semaines. Dès aujourd'hui, nous nous mobilisons pour la conférence du 20 janvier. Nous sommes en train d'évaluer les besoins avec l'ensemble des acteurs, notamment les Nations unies, pour pouvoir mobiliser l'ensemble des parties prenantes, l'ensemble des pays et des agences onusiennes et leur dire : "Maintenant, il faut contribuer au financement du retour à la stabilité en Centrafrique"."

    On n'a pas entendu les Verts sur la polémique Dieudonné. On ne va pas revenir sur le fond qui a été largement commenté, mais sur l'attitude de Manuel Valls dans ce dossier. A-t-il pris le risque de faire de la publicité à Dieudonné en évoquant l'interdiction de ces spectacles ?

    "Vous nous dites : "On va pas revenir." "

    Vous êtes libre de le faire.

    "Moi, je voudrais quand même y revenir. Quand vous dites ce qu'il a dit à Patrick Cohen, journaliste sur une radio concurrente de la vôtre : "Ah, Patrick Cohen, quand même... Les chambres à gaz..." Franchement, est-ce qu'on peut laisser dire en pensant : « C'est une expression, une opinion comme une autre... »? Ou alors, est-ce qu'on dit : « Non, il y a une limite à la liberté d'expression, y compris celle de Dieudonné, et c'est le respect de la dignité, de l'humanité de chacun. »  Il y a des limites à la liberté d'expression. On ne peut pas dire n'importe quoi. Sinon, je pourrais dire n'importe quoi sur vous et vous n'auriez pas le droit - parce qu'il n'y aurait pas de délit de diffamation... C'est normal que la liberté d'expression soit encadrée en démocratie."

    Donc Manuel Valls a bien agi ? Mais c'était pas plutôt à Christiane Taubira d'agir ?

    "Non mais attendez, ça c'est une autre question. L'enjeu, c'était d'être efficace, de pouvoir trouver une parade à ce qui mine profondément le tissu social et la démocratie. Moi je vous avoue que j'ai du mal à comprendre des gens, des Français, qui rient quand on leur dit : "Ah, Patrick Cohen, les chambres à gaz, c'était pas si mal." Je trouve vraiment pas ça drôle."

    Donc, Manuel Valls a eu raison d'intervenir. Pascal Canfin, vous êtes l'un des deux ministres verts du gouvernement. Vous avez dû être satisfait j'imagine que dans ses voeux, François Hollande fasse une grande place à la transition énergétique, une des trois priorités pour 2014. La loi ne sera présentée qu'en fin d'année. Cette loi, ce sera "ça passe ou ça casse" pour les Verts et François Hollande ?

    Cette loi sur la transition énergétique, c'est quoi ? C'est sortir de notre dépendance au nucléaire pour produire notre électricité. Aujourd'hui, 80% de notre électricité est issue du nucléaire. Imaginez qu'il y ait un jour un problème, un accident, comme ç'a déjà été le cas dans d'autres pays. Je pense à la Russie, aux Etats-Unis, au Japon. Nous serions totalement pris au piège, démunis. Cette loi sur la transition énergétique, c'est l'occasion de rééquilibrer notre mix énergétique. Les Allemands nous montrent l'exemple. Le contrat de coalition, il y a quelques semaines, il y a quelques jours même, voté par le nouveau gouvernement prévoit jusqu'à 65% d'électricité avec des énergies renouvelables. C'est donc que c'est possible et nous, nous allons aussi nous engager dans cette voie. C'est la voie de l'avenir."

    En attendant, ils sont dans le charbon.

    "C'est la voie de l'avenir et c'est la voie de la création d'emplois. Sachez qu'en Allemagne, ils ont déjà créés plus d'emplois dans le secteur des énergies renouvelables que la France dans le nucléaire depuis 30 ans. Il y a bien un enjeu à aller vers cette transition énergétique pour sortir de notre dépendance au nucléaire et comme levier pour sortir de la crise."

    Sur le nucléaire, François Hollande s'était engagé à ce que Fessenheim ferme dans moins de 3 ans, c'est à dire en 2016. Selon les experts, c'est absolument intenable. Fessenheim fermera-t-elle avant fin 2016 ?

    "C'est la décision politique qui compte."

    Il y a quand même la dimension technique qui est importante.

    "Exactement. C'est ce que j'allais dire. La fermeture technique, c'est important. Mais que ça se fasse en X mois ou Y mois, c'est un problème technique, pas politique."

    Aujourd'hui, c'est acté ?

    "La décision politique est actée."

    Il n'y a donc plus de problème Fessenheim ?

    "La décision est actée. Il s'agit ensuite de regarder les modalités techniques, puisqu'évidemment, on ne ferme pas une centrale nucléaire comme on ferme la porte de ce studio. C'est une évidence. Mais ce n'est pas un problème politique."

    D'accord, alors autre question qui vous concerne, et qui sera un sujet test pour 2014 : l'aéroport de Notre-Dame des Landes, sa construction. Irez-vous manifester en février contre sa construction ?

    "Vous savez, nos désaccords sont connus, entre socialistes et écologistes. Nous considérons qu'il est possible de réaménager l'aéroport actuel de Nantes. Mais construire un nouvel aéroport alors que, par ailleurs, nous allons accueillir le grand sommet sur le climat en 2015 à Paris, et que nous devrons y trouver un accord, c'est un peu contradictoire."

    Oui mais la question, c'est de savoir si vous irez manifester en février.

    "Je n'irai pas manifester en tant que ministre, ça va de soi. En revanche..."

    Vous en avez envie ?

    "En revanche, il y a un soutien d'Europe Ecologie Les Verts à tous ceux qui aujourd'hui s'opposent à la construction de cet aéroport, parce que c'est un choix de développement. L'argent public est rare, ça ne vous aura pas échappé. Et quand il est rare, il doit être bien utilisé. Nous pensons qu'aujourd'hui, il peut être mieux utilisé qu'à la construction d'un nouvel aéroport, alors qu'il en existe déjà un dans l'agglomération de Nantes."

     

    Si cet aéroport est construit, c'est la fin du contrat ?

    "Je ne fais pas de politique-fiction mais je ne pense pas qu'à quelques semaines des élections municipales, le Premier ministre se lance dans la construction de cet aéroport."

    Il y a une dizaine de jours, Najat Vallaud-Belkacem, invitée sur Europe 1, confirmait que l'aéroport de Notre-Dame des Landes serait réalisé.

    "C'est le point de vue de Najat Vallaud-Belkacem et c'est le point de vue du gouvernement. Mais sur ce sujet, nous ne sommes pas d'accord. Ce n'était d'ailleurs pas dans l'accord que nous avons passé avant de rentrer au gouvernement, donc nous avons sur ce sujet une liberté de parole totale."

    Est-ce que vous pensez que vous serez dans ce gouvernement à la fin de l'année 2014 ?

    "Est-ce que vous pensez que vous serez toujours à Europe 1 fin 2014?"

    J'en sais rien, moi je vous pose la question.

    "Nous nous inscrivons dans la durée. Pourquoi ? Si nous voulons marquer des buts, il faut être sur le terrain. Personne n'a jamais marqué de but des tribunes. Et nous voulons marquer des buts."

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