Centrafrique : "La France accompagnera une force africaine" selon Le Drian

SAISON 2013 - 2014
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    Le ministre de la Défense confirme l'envoi de soldats français en Centrafrique sans confirmer le chiffre de 800 militaires déployés.

    Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense

    Ses déclarations :

     

    Le système Louvois qui doit régler chaque mois les soldes de 140.000 soldats a provoqué beaucoup de problèmes. Que décidez-vous ?

    "J'ai décidé d'abandonner le système Louvois. Je l'expliquerai aux forces de la brigade alpine en particulier dans quelques jours à Grenoble, car ce sont eux qui m'ont indiqué les débuts du désastre qu'est ce dispositif. Désastre, je n'hésite pas à dire le mot, vraie catastrophe, indigne d'un pays comme le nôtre ! Un dispositif qui a été mis en œuvre dans la précipitation, la confusion, alors qu'on a supprimé l'ancien dispositif sans vérifier si le nouveau marchait. Ce qui aboutit à des situations extrêmement pénibles. Il n'y a pas eu d'expérimentation, d'essai, tout ça s'est fait avec une volonté d'aboutir très vite, de supprimer des emplois très vite, et en réalité ça s'est traduit par des difficultés majeures pour nos soldats qui recevaient un mois double solde, le mois suivant pas de solde du tout... Un système complètement erratique, et ça a rendu très pénible la situation des familles. Je comprends qu'il y ait eu de la colère, donc j'ai décidé d'arrêter."

     

    Louvois a été imaginé en 1996 et créé en 2010 par Hervé Morin... Louvois, ce n'était pas réparable ?

    "On a essayé ! Dès que j'ai pris conscience de la gravité de la situation en septembre l'année dernière, en me rendant dans les unités de la brigade alpine. On a d'abord essayé de compenser, en mettant en place un dispositif pour ne pas pénaliser les soldats, les militaires pendant un an. Ça n'a pas marché car, dès qu'on trouvait une panne, une autre panne se déclarait le mois suivant. Donc il faut arrêter !"

    "Nous allons remettre en place un dispositif plus robuste, qui sera préparé avec beaucoup de vigilance, expérimenté, qui va se mettre en place dans les mois qui viennent. Mais il faudra un gros travail de préparation, je n'ai pas l'intention de recommencer la très mauvaise expérience que je viens de vivre. Je ne veux pas sur ce point ajouter de la polémique à la catastrophe : j'assume l'héritage même s'il est difficile."

     

    Le Premier ministre du Centrafrique annonce 800 soldats supplémentaires Français pour la Centrafrique. Vous confirmez le chiffre ?

    "La République Centrafricaine est dans un état très grave, c'est un Etat en voie d'effondrement.  Il ne faudrait pas que le pays lui-même s'effondre. Il y a des massacres, des exactions, un chaos humanitaire qui s'accompagne d'un effondrement sécuritaire. Une situation tellement grave que le Président de la République en a saisi les Nations Unies en septembre dernier, et il va y avoir une résolution des Nations Unies dans quelques jours qui va prévoir l'agenda pour faire en sorte que le calme, l'ordre, la sérénité si c'est possible reviennent sur ce territoire."

    Vous n'avez pas répondu : combien de soldats ?

     

    "La France dans cette affaire accompagnera une force africaine qui est déjà en cours de constitution, composée d'éléments militaires venus des pays voisins pour faire en sorte que ce massacre arrête..."

     

    Combien de soldats ?

    "La France appuiera cette mission africaine, de l'ordre d'un millier de soldats pour une opération qui n'a rien à voir avec le Mali ! Au Mali, il y avait une attaque d'un groupe jihadiste terroriste pour transformer le Mali en un état terroriste ! Ici c'est l'effondrement d'un Etat mais aussi une tendance à l'affrontement confessionnel qui se prépare."

    Pourquoi la France ?

    "Parce que la France a des responsabilités internationales , parce qu'elle est membre du Conseil de Sécurité, parce qu'elle a une Histoire avec la république Centrafricaine et parce que les Nations Unies nous demandent de le faire ! Mais nous le ferons en appui et non pas en entrée en premier comme nous avons pu le faire pour le Mali, et pour une période brève, de l'ordre de six mois à peu près. Pour que ce pays puisse retrouver sa dignité et sa sérénité."

     

    La France n'ira pas seule...

    "Non."

    L'opération se fera avant Noël ?

    "Je ne vais pas vous donner date ! L'agenda sera déterminé par le Conseil de sécurité des Nations Unies qui va se réunir début décembre pour fixer ce calendrier. Il importe que nous soyons présents."

    S'agit-il de maintenir comme avant en postes un Président et un Premier ministre qui s'entretuent, qui sont des criminels et des corrompus ?

    "Le Premier ministre et le Président Djotodia sont des autorités de transition, autorités qui ont du mal à faire vivre un Etat qui s'effondre. Ces autorités sont provisoires, elles seront remplacées, elles ont été mises en place par les Chefs d'Etat des pays africains voisins, elles ont une mission courte pour que la sérénité et la démocratie reviennent dans ce pays."

     

    Examen aujourd'hui de la loi de programmation militaire 2014-2020. Êtes-vous sûr que votre budget sera sanctuarisé ?

    "Oui ! L'engagement du chef de l'Etat était très clair. Le texte que je proposerai ce soir aux députés présente toutes les garanties pour assurer la sanctuarisation de ce dispositif. 190 milliards d'euros sur six ans, c'est un montant important mais aussi un montant nécessaire pour que la France assure sa sécurité."

    Vous aviez promis sur Europe 1 des drones...

    "Les deux premiers drones seront livrés avant la fin de l'année au Sahel. J'ai pris des engagements, je les tiens. La loi de programmation militaire prévoit dix drones supplémentaires sur la durée pour assurer une sécurité du renseignement pour notre pays. On a bien vu lors de l'opération au Mali que nous avions besoin de ces machines. Pour des raisons que je n'explique pas encore, la France n'en possédait pas. L'Europe n'était pas en mesure de les produire, nous avons dû les acheter aux Etats-Unis. En attendant je l'espère un drone européen nouvelle génération dans les années qui viennent."

    "Ce sont des drones d'observation qui ont pour objectif de regarder, surveiller, les espaces sensibles comme le Sahel l'est devenu. Ce ne sont pas des drones de combat"

    Le Premier ministre impose au Président une réforme fiscale. Il inverse un rapport d'autorité : c'est durable ?

    "Je pense que le Président de la République et le Premier ministre sont en phase. Il importe qu'il y ait une clarification fiscale qui se fasse. Le Premier ministre a engagé un travail lourd, je pense qu'il va y aboutir, en tout cas il prend les moyens pour cela. Il importe qu'il y ait une plus grande lisibilité, une plus grande justice fiscale en France. C'est un chantier lourd, de longue durée qui est engagé aujourd'hui."

    Qui protège aujourd'hui, y compris de lui-même, le Président ? Qui ose lui dire la vérité ?

    "A chaque fois que j'ai eu à faire prendre des décisions sur le secteur dont j'ai la charge, j'ai constaté qu'il y avait à la tête de l'Etat un homme d'Etat. Ca a été le cas pour l'Afghanistan, au Mali, pour la Syrie, pour l'Iran, ce sera le cas pour la République Centrafricaine. En ce qui concerne mes responsabilités, François Hollande est un vrai chef d'Etat."

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