Borloo : "L'écotaxe, une bonne idée dévoyée"

SAISON 2013 - 2014
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    Bien qu'à l'origine du principe de l'écotaxe avec le Grenelle de l'environnement, Jean-Louis Borloo estime qu'il faut aujourd'hui "remettre à plat la mesure".

    Jean-Louis Borloo, président de l’UDI

    Ses principales déclarations :

     

    Il y a eu des incidents assez graves ce week end en Bretagne. Vous condamnez ces violences sans équivoque ou vous les comprenez ?

     

    « On condamne toujours les violences par principe, mais là en l’occurrence on peut les comprendre. La Bretagne est en train de vivre une espèce de perte de substance extrêmement grave dans un tissu économique composé d’entreprises performantes de taille moyenne, d’agroalimentaire extrêmement puissante. Et la perte de compétitivité générale française fait que cette Bretagne, qui est une forme de presqu’île en réalité dans notre pays, vit un moment extrêmement difficile. »

    Les Bretons contestent l’écotaxe, qui était une mesure phare du Grenelle de l’environnement en 2007. Vous étiez alors ministre de l’environnement. Vous avez porté ce projet. Aujourd’hui, pensez-vous qu’il est urgent de tout remettre à plat ?

    « Je dis deux choses. La première, c’est qu’à l’époque, la mesure avait fait l’unanimité. Je ne parle pas des politiques, je parle des agriculteurs, des syndicats, du patronat et des régions. L’idée était de faire comme en Allemagne, c'est-à-dire financer le fret ferroviaire, qui est en mauvais état en France, et taxer les grands transports de camions internationaux. Les Français sont taxés en Allemagne, les Allemands et les Polonais ne l’étaient pas en France. C’est le principe. La réalité, c’est qu’il s’est passé 5 ou 6 ans : un, la crise est passée par là, deux, on a pris 60 milliards de taxes en plus, trois, les modalités qui sont prévues sont incompréhensibles. Nous discutons de modalités qui ont été votées en avril 2013, beaucoup de ceux qui étaient favorables à l’époque ,ne l’étaient plus à ce moment-là, j’en faisais partie, et le groupe UDI avait majoritairement voté contre. Ce qui se passe, je l’ai entendu sur Europe 1 : des industriels expliquent que le fret ferroviaire en Bretagne s’est dégradé : il n’y a pas d’alternative ! Il y a un ras le bol fiscal majeur. »

     

    Il faut supprimer l’écotaxe ?

    « Il faut en rediscuter. Quelque chose qui faisait l’unanimité il y a quelques années pose aujourd’hui un problème de modalité et de financement… Je pense qu’il ne faut pas l’appliquer maintenant, il faut la remettre à plat. On ne pas faire contre les gens, et on ne peut pas dévoyer un principe. Le principe de l’environnement, c’était le fret ferroviaire. La contrepartie n’est pas là. La meilleure idée, quand elle est dévoyée, devient la pire. Autre effet du Grenelle : le bonus malus écologique pour les voitures, salué à l’époque. Il y avait autant de bonus que de malus, donc ça avait une vraie incitation. Aujourd’hui, on supprime quasiment les bonus, ils sont tellement petits que ça n’a plus de sens. Ce n’est plus que du malus, ça va devenir une taxe et ça va être détesté. »

     

    Le gouvernement a reculé sur la hausse de la taxation des produits d’épargne à 15.5% , ça ne concernera finalement qu’une partie des assurances vie. Vous vous en réjouissez, ou vous vous inquiétez d’une nouvelle reculade gouvernementale ?

    « Ce qui est invraisemblable, c’est qu’on a un Parlement qui vote sur une proposition du gouvernement, le Parlement n’est pas à nouveau réuni, et on a un ministre qui annonce à la radio « Finalement, ce qu’a fait le Parlement… ». Le caractère invraisemblable de cette décision parlementaire, c’est la rétroactivité. On en est toujours là pour l’assurance vie. Vous vous rendez compte le pacte de confiance ? Nous, on avait lancé une pétition pour la pause fiscale à l’époque, pour dire au Président et au Premier Ministre « Vous ne relancerez pas notre pays si vous ne dites pas clairement quelle est la situation fiscale du pays, et il faut un moratoire. » On ne recréera pas de la dynamique sans moratoire. Les artisans du bâtiment ont manifesté il y a trois semaines pour la première fois depuis 30 ans, parce que 100% d’augmentation de la TVA dans le bâtiment en 3 ans, ce n’est pas tenable. Et bien le gouvernement l’a quand même fait. Pareil pour les transports publics et le recyclage des déchets, 100 % en 3 ans ! Il faut arrêter ! »

    François Hollande doit il rester ferme face aux clubs de foot sur la taxe à 75% , ou doit-il céder face aux présidents qui ne veulent pas de cette taxe?

    « Je suis stupéfait que le Président de la République s’exprime sur ce sujet, il y a d’autres enjeux en ce moment dans le pays. Je constate que les supporters ne comprennent pas la position des présidents des clubs de foot, il n’y a pas à céder dans cette affaire, il faut rester ferme, bien sûr. »

    Vous avez évoqué sur France 5 une dissolution de l’Assemblée Nationale. Vous pensez sérieusement que c’est une option aujourd’hui ?

    « On a le sentiment que la majorité n’est plus en état, n’est plus capable de la moindre initiative, je ne parle même pas de reculade, pour relancer la machine. Dans ces cas-là, ou vous dites je continue comme ça, ça m’est égal, et on appelle les lycéens à manifester pour les uns, on critique le Président pour le patron du PS… On peut rester comme ça, mais je pense que pour le pays ce n’est pas bon. On peut décider d’un vrai changement de cap, ou une deuxième étape dans le quinquennat avec un changement de gouvernance. On a un vrai problème de gouvernance, d’articulation interne au gouvernement, et de rapports entre le gouvernement et sa majorité. Ou on peut retourner au peuple. Moi, je ne privilégie pas l’un ou l’autre, mais il faut qu’il se passe quelque chose avant Noël. »

    Le FN monte, Jean-François Copé donne parfois l’impression de courir après. Il a rouvert le débat sur le droit du sol. Vous le suivez sur ce terrain-là ?

    « Une mission a été confiée à une sénatrice exceptionnelle, l’UDI Valérie Létard, avec un parlementaire socialiste, car ces choses sont très délicates. Il faut qu’il y ait un véritable travail de concertation, ils doivent rendre leur rapport dans 8 ou 10 jours. J’accepte que le dossier soit ouvert de cette manière là, avec des parlementaires , qui ne sont pas du même camp et qui regardent sérieusement. Il peut y avoir des points d’application : si vous allez à la maternité à Mayotte, vous avez des arrivées massives des Comores pour essayer d’avoir une forme d’application du droit du sol, il peut y avoir des problèmes particuliers. Mais de grâce, le droit du sol est fondamental pour notre République. »

    On annonce le mariage UDI-Modem. Pour quand est prévue l’union entre Borloo et Bayrou ?

    « Il y a un an, j’ai fait le pari de réunir toutes les familles centristes et indépendantes. On a commencé par l’UDI, avec un groupe au Sénat et à l’Assemblée. Puis nous avons fait il y a un an l’UDI. Ce pari, personne n’y croyait, nous sommes au bout du chemin avec nos amis du Modem. Ce sera la semaine prochaine avec tous les parlementaires. »

    Qui en sera le patron ?

    « Je pense que nous serons les deux leaders de cette formation. Il faut qu’il y ait plusieurs leaders, les systèmes caporalisés ne fonctionnent pas. »

    Quel sera le nom de cette formation ? « L’alternative » comme on l’entend un peu partout ?

    « Vous le verrez la semaine prochaine. Le fond de la question, c’est de proposer un nouveau modèle de société plus fraternel, en considérant que les richesses du pays, ce sont les hommes. On n’a toujours pas réglé le problème des tout-petits sur le lire, écrire et parler. Et puis les demandeurs d’emploi, qui sont la principale richesse disponible de notre pays. On veut un nouveau modèle de société, plus ouvert, plus économique, développer les initiatives. Ce sera une alternative à l’actuelle majorité. »

     

    Réaction en direct de Cécile Duflot via Twitter. Elle écrit à Europe 1 : « Là je crois que @JLBorloo a attrapé le pompon de la mauvaise foi : c'est lui et son cabinet qui ont monté le dispositif ! ». Elle parle de l’écotaxe. Qu’est ce que ça vous inspire ?

    « Je pense que Mme Duflot essaie de sortir de cette situation. Les écologistes étaient les seuls à ne pas avoir voté la mesure à l’époque car ils la trouvaient pas assez dure, pas assez sévère. Une idée mise en place à un certain moment peut se révéler inadaptée à d’autres moments. Voilà, c’est tout ce que j’ai à répondre… »

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