"Bien sur, Alcatel-Lucent peut disparaitre"

SAISON 2013 - 2014
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    Avec une entreprise qui perd "800 millions et 1 milliard d'euros par an sans discontinuer depuis 2006", Michel Combes aura grand-peine à sauver l'entreprise.

    Michel Combes, directeur général d’Alcatel-Lucent

    Ses principales déclarations :

     

    6 plans sociaux en 6 ans sur les 8.500 salariés d'Alcatel-Lucent France. Combien étaient-ils il y a dix ans ?

    "20.000 !"

    Cette entreprise peut-elle disparaître ?

    "Bien sûr ! Mais avant de poursuivre, je veux dire deux choses : l'entreprise et les salariés d'Alcatel Lucent traversent un moment douloureux. Je mesure les difficultés pour nos collaborateurs, j'ai deux responsabilités : sauver l'entreprise et éviter qu'elle ne disparaisse, et tout faire pour permettre à chacun des collaborateurs de l'entreprise de retrouver un emploi à l'intérieur ou à l'extérieur du groupe."

    "Oui, cette entreprise peut disparaître. Elle n'a pas gagné d'argent depuis 2006, depuis la fusion. Elle perd 800 millions à 1 milliard d'euros par an, sans discontinuer."

    Est-il vrai que les prédécesseurs voulaient fermer tout Alcatel France ?

    "Oui. Et j'ai décidé dès mon arrivée d'arrêter ce projet. Je souhaite garantir au contraire l'ancrage d'Alcatel en France, il faut rappeler que cette entreprise a été créée en France."

     

    Qu'est-ce que vos prédécesseurs ont raté ?

    "Des virages technologiques ratés, notamment dans le mobile, la 3G que l'entreprise n'a pas su négocier, un désengagement des pays à très forte croissance au moment où les investissements s'y effectuaient, et une capacité d'innovation insuffisamment dynamisée au cours des années qui viennent de s'écouler."

    Etes-vous prêt à alléger et corriger votre plan social ?

    "Le dialogue social s'ouvre aujourd'hui. J'ai présenté le plan il y a quelques jours, il vise à redresser l'entreprise, à lui donner un avenir, lui permettre de reprendre son avenir entre ses mains."

    Vous dites que le dialogue social s'ouvre aujourd'hui. Vraiment aujourd'hui ?

    "Aujourd'hui même ! Je rencontre dès cet après-midi les représentants des organisations syndicales présentes chez Alcatel Lucent. C'est aujourd'hui une journée de mobilisation que je comprends. Je partage l'inquiétude des salariés !"

    Négociation : couteau sous la gorge ou il y a le temps nécessaire pour discuter ?

    "Je pense que pour toute négociation le temps nécessaire sera donné. Nous avons quatre mois pour discuter, négocier des modalités, du calendrier, des mesures d'accompagnement de ce plan."

    Vous voulez négocier pour l'améliorer ? Le plan peut évoluer ?

    "Le plan fixe des objectifs indispensables à la survie de l'entreprise ! Le plan fixe des objectifs mais il peut évidemment être amélioré. C'est l'objet du dialogue social qui s'ouvre aujourd'hui. J'attache une importance absolue au dialogue social dans l'entreprise."

     

    Ce n'est pas un plan ficelé à prendre ou à laisser...

    "J'indique que les objectifs doivent être réunis pour sauver l'entreprise, mais que les modalités, le calendrier, les mesures d'accompagnent de ce plan sont au cœur de la discussion que nous allons avoir dans les jours qui viennent."

    Pouvez-vous supprimer moins de 900 emplois ?

    "Comme vous le savez, on ne négocie pas un plan social à la radio. Laissez-moi le temps d'engager à l'intérieur de l'entreprise le dialogue social."

    Vous n'avez pas dit non. Alcatel, 13 sites, vous voulez en fermer 2, vous dégager de 3. Combien de sites Alcatel Lucent dans l'avenir, après la fermeture de Toulouse et Rennes en 2015 ?

    "Je crois que l'entreprise souffre d'une dispersion de ses forces, de ses sites, ce qui nous emmène à un nombre de sites trop important avec une taille insuffisante, et donc qui ne nous permet pas d'assurer l'évolution de l'emploi. Les deux principaux sites de demain en France seront Villarceaux en région parisienne qui devient le principal site d'innovation d'Alcatel-Lucent en Europe et qui place le mobile très haut débit, 4G et IP, au coeur de ce site. Deuxième site : Lannion, berceau historique des télécoms en France. Deux sites pour gagner et innover."

    Qu'attendez-vous de l'Etat ?

    "Il peut prendre des mesures d'incitation à l'investissement dans les réseaux de télécommunication, on n'investit plus suffisamment en France et en Europe, et des mesures d'incitation à l'innovation. Je salue les mesures sur le crédit impôt recherche, ou l'annonce des filières d'excellence notamment sur les télécoms du Président sur proposition d'Arnaud Montebourg."

     

    N'attendez-vous pas plus de solidarité nationale des opérateurs ?

    "Je connais bien les opérateurs, j'ai été opérateur moi-même. Je souhaite qu'ils commandent encore plus d'équipements Alcatel Lucent."

    Vous demandez que France et Europe vous protègent de la déferlante chinoise...

    "Je pense que ma priorité est d'abord de restaurer la compétitivité de l'entreprise elle-même. Derrière, je souhaite que nous soyons tous placés sur un même pied d'égalité..."

     

    Vous voulez 1 milliard d'économies d'ici 2015. Pourquoi ça se fait toujours sur le dos des salariés ?

    "Ca ne se fait pas que sur le dos des salariés. Je comprends qu'ils ont déjà payé un tribut fort au redressement de leur entreprise. Ce plan est avant tout un plan industriel, qui fait des choix stratégiques clairs, qui replace l'innovation au cœur du dispositif et doit réduire en plus la structure des coûts."

     

    Ne viendrez-vous pas dans quelques mois dire qu'il faut un 7ème plan ?

    "Non. L'idée et la réponse, c'est d'avoir un plan aujourd'hui qui redonne un véritable avenir industriel à l'entreprise."

    Dans la bataille mondiale technologique et commerciale, dans 5 ans, Alcatel-Lucent France sera totalement américain ou chinois ?

    "Dans 5 ans, Alcatel-Lucent sera un groupe franco-américain avec ses centres de décision en France, un groupe puissant qui innove, se développe et croit."

    Pour des économies, allez-vous déménager de votre site près de la Tour Eiffel ?

     

    "Notre siège restera en région parisienne, mais ira à l'extérieur de Paris intra-muros. Pas à l'étranger."