Alexey Pushkov : "L'irresponsabilité du gouvernement ukrainien menace l'Est du pays"

SAISON 2013 - 2014
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    Vladimir Poutine souhaite que les 14 millions de Russes vivant dans l’Ukraine de l’Est puissent définir leur propre politique et que le pays devienne une fédération, à en croire Alexey Pushkov, proche du président Russe et Président de la Commission des Affaires étrangères de la Douma.

    Ce matin à 8h20, Europe 1 recevait Alexey Pushkov, proche de Poutine, Président de la Commission des Affaires étrangères de la Douma.

    Ses principales déclarations :

     

    Vous menacez l'Est de l'Ukraine... L'escalade peut mener à la tragédie...

    "Nous ne menaçons pas l'Est de l'Ukraine ! J'ai l'impression que c'est l'irresponsabilité du gouvernement ukrainien qui menace l'Est de l'Ukraine ! Le gouvernement de Kiev ne veut pas parler aux gens qui réclament leurs droits, les gens de l'Est ! Vous les voyez : des dizaines de milliers, des femmes, des jeunes, pas des gens armés dans la plupart des cas !"

     

    N'oublions pas ceux qui sont armés, casqués...

    "Il y a des milices mais ça c'est Libération ! Prenez la photo à la une de l'International New York Times, vous verrez des femmes qui protestent contre Kiev."

    Vous accompagnez à Paris le président de la Douma pour un colloque à l'UNESCO. Vous avez facilement eu un visa ?

    "Moi j'ai un visa d'entrée ouvert. Sergueï Narychkine est lui sur les listes de l'Union Européenne, mais comme l'UNESCO est une organisation internationale en France, le gouvernement autorise pour ceux qui sont sur les listes l'entrée dans le pays pour des événements d'une organisation internationale."

    Les sanctions pourraient s'aggraver. Ça vous inquiète ? Vous vous en fichez ?

     

    "Personne n'est heureux d'être objet de sanction, mais les sanctions ne vont rien changer."

    Poutine veut-il dévorer l'Ukraine par morceaux ?

    "Je ne pense pas. Je pense qu'il veut que les 14 millions de russes en Ukraine de l'Est aient les droits qu'ils réclament : la fédéralisation de l'Ukraine, que les régions aient le droit de définir leur politique culturelle, de la langue, de l'éducation, en grande partie leur économie... C'est d'ailleurs ce que réclament les contestataires ! Ce n'est pas de s'unifier à la Russie, ce n'est pas le cas de la Crimée ! Ils réclament un référendum régional pour leur donner un nouveau statut à l'intérieur de l'Ukraine !"

    Poutine veut une Ukraine russe ?

     

    "Non ! Il voudrait une Ukraine où les gens seraient sains et saufs, où les ultranationalistes ne menaceraient pas les populations russes ! Comme Charles de Gaulle qui voulait un Québec avec des droits !"

     

    Il n'avait pas envoyé 40.000 soldats comme vous le faites...

    "On ne les a pas envoyés sur le territoire ukrainien !"

    Ils sont à la frontière...

    "C'est le territoire national !"

    Et depuis quelques jours, ces hommes masqués, des professionnels, on dit que ce sont des pro-russes. Obama a dit cette nuit à M. Poutine de les convaincre de désarmer...

    "Je pense que la Russie n'a pas d'influence directe sur ces gens-là. Ils ont leur agenda à eux. Mais si Washington exerce une influence sur Kiev pour commencer le dialogue avec ces populations plutôt que de les menacer d'un recours à la force, je pense que ce serait peut-être le début de la solution du problème..."

     

    Washington et Berlin disent avoir des preuves que Moscou soutient ces groupes armés...

    "Qu'ils les présentent !"

    Poutine n'aurait aucune influence sur eux ? Si personne ne maitrise ces gens, on va vers le conflit...

    "Washington et Berlin disent qu'ils ont des preuves d'une ingérence russe mais ils ne présentent pas les preuves : ça sonne un peu vide ! Ils devraient présenter ces preuves ! En ce qui concerne l'influence de Moscou, je pense que si un dialogue sérieux commence sur le futur de l'Ukraine et sur le changement de la politique de Kiev, je pense que la Russie pourrait apporter son soutien à ce dialogue."

    Réunion à 4 après-demain : Kerry, Ashton, Lavrov, un ministre de Kiev, A quelles conditions une désescalade est possible ?

    "A condition de reconnaitre que les revendications de l'Est sont raisonnables, qu'ils ne sont pas des terroristes..."

    Vous avez aussi qualifié de terroristes les gens de Maïdan...

    "Seulement ceux qui ont tiré sur les policiers et lancé des cocktails Molotov, mais pas tout le monde. M. Tourtchinov dit lui que ce sont des terroristes qui réclament leurs droits. C'est absurde ça !"

    Le gouvernement transitoire lance ultimatum sur ultimatum, il pourrait faire intervenir son armée pas très organisée. S'ils le font, Poutine pourrait engager l'armée russe sur le territoire ukrainien ?

    "Nous n'avons pas l'intention de franchir la frontière ukrainienne..."

     

    En aucun cas ?

    "Et on espère fortement qu'il n'y aura pas de tuerie envers la population civile."

    Sinon ?

    "Je ne peux pas aller plus loin ! C'est la position officielle de la Russie, on ne veut pas d'intervention."

    Le président de l'Ukraine a dit hier qu'il proposait un référendum national sur une organisation fédérale du pays...

    "Bon, ça pourrait aider mais on doit voir aussi que l'Est et le centre du pays sont contre !"

     

    Il fait un pas en avant : ouest et est voteraient, avec 30 à 40% de russophones, vous auriez la majorité...

    "Je ne pense pas. Ils ont dit à Kiev qu'ils allaient faire un référendum, mais que les gens de l'est et du sud allaient le perdre. C'est ce qu'a dit M. Tourtchinov."

    Pourquoi ne pas accepter, comme François Hollande l'a redit, l'intégrité du territoire ukrainien ? Pourquoi ne pas accepter le processus électoral prévu le 25 mai : il pourrait déboucher sur un gouvernement légitime de l'Ukraine toute entière ?

    "Jamais la Russie n'a dit renier ces élections ! Elle a toujours soutenu que ces élections doivent être vraiment démocratiques, ouvertes, transparentes, sans la pression des milices armées."

    S'il y a des élections, vous n'intervenez pas, ne menacez pas ?

    "Non, mais l'Occident doit prendre des mesures pour que ce soit des élections réelles, pas manipulées."

    L'OTAN vous inquiète ?

    "Pas tellement mais on a l'impression qu'en Occident les gens ne comprennent pas très bien la situation, et que les dirigeants de l'Ouest ont une image assez primitive de ce qui se passe en Ukraine."

     

    L'économie peut vous punir...

    "Pour le moment, elle punit l'Ukraine ! Elle n'a pas d'argent, pas d'économie qui fonctionne... Le dernier signal du Maïdan, c'est que les gens vont sortir dans la rue si le gouvernement ne stoppe pas la hausse des prix ! Donc on peut aussi avoir des problèmes à Kiev !"

    A cause de vous aussi, si vous leur demandez de régler les dettes tout de suite, augmentez le prix du gaz...

    "Ce n'est pas à cause de nous ! C'est un gouvernement hostile ouvertement à la Russie, pourquoi devrait-il être notre ami ?"

     

    Vladimir Poutine croit à une solution militaire ?

    "Non, il ne croit pas à une solution militaire ! Il n'y a pas de solution militaire en Ukraine !"

     

    On peut donc arriver à une désescalade ?

    "Oui, j'espère bien ! On va œuvrer pour ça !"

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