Une bataille judiciaire pour la liste de Schindler

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Une bataille judiciaire pour la liste de Schindler
@ AFP/GALI TIBBON
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Le mémorial de la Shoah de Jérusalem et la légataire de la famille Schindler pourraient se retrouver devant les tribunaux pour des documents ayant appartenu à Oskar Schindler.

Va-t-il falloir déchirer la liste de Schindler en deux ? En Israël, une bataille sans merci se livre pour savoir à qui appartiennent des documents ayant appartenu à Oskar Schindler, l'industriel allemand dont l'histoire a été racontée dans le film de Steven Spielberg La liste de Schindler.

L'affaire met aux prises Erika Rosenberg, la légataire et exécutrice testamentaire de la veuve Schindler, et le prestigieux mémorial de la Shoah de Jérusalem, Yad Vashem. Des milliers de documents sont en jeu, dont deux des quatre copies existantes de la fameuse liste de Schindler, qui énumère les noms des juifs employés et sauvés par l'industriel membre du parti nazi pendant la Seconde guerre mondiale (l'original a été détruit). A l'heure actuelle, l'institut Yad Vashem est en possession de ces archives et la biographe Erika Rosenberg voudrait les récupérer. Une audience préliminaire doit se tenir le 15 avril au tribunal de Jérusalem, en Israël.

Liste Schindler AFP portrait

© AFP/GALI TIBBON

A qui appartient la valise ? La valise contenant ces documents s'est retrouvée en Allemagne au domicile d'une certaine Annemarie Staehr. Erika Rosenberg, la légataire de nationalité argentine, assure qu'il s'agit de la maîtresse d'Oskar Schindler. Elle accuse Annemarie Staehr de s'être indûment approprié la valise après la mort de l'industriel allemand en 1974. Selon elle, la valise aurait dû revenir à la veuve d'Oskar Schindler.

Yad Vashem affirme en revanche que la relation entre Oskar Schindler et Annemarie Staehr était platonique et qu'Oskar Shindler lui avait offert la valise. Selon le mémorial, celle-ci n'a donc jamais appartenu à Emilie Schindler, la veuve d'Oskar.

Les deux parties s'accordent sur un seul point : la valise a été retrouvée à la fin des années 90 par les fils Staehr à la mort de leurs parents. Ils l'ont ensuite remise au Stuttgarter Zeitung, un journal allemand, qui l'a par la suite donnée au mémorial de Jérusalem. Emilie Schindler, la veuve d'Oskar, avait gagné en Allemagne un recours judiciaire pour la récupérer mais la décision n'avait pas été appliquée avant sa mort.

Erika Rosenberg prend la suite d'une vieille bataille judiciaire. Emilie Schindler s'était liée avec Erika Rosenberg, sa biographe devenue sa légataire, et cette dernière réclame désormais un droit de propriété sur la valise. Naor Yair Maman, l'avocat qui représente la biographe argentine, affirme que sa cliente a tenté de récupérer en vain ces documents pendant des années. En 2013, Erika Rosenberg a donc décidé d'engager une procédure judiciaire contre Yad Vashem. Le mémorial de Jérusalem la présente comme une "plaignante en série".

Une valeur historique "de premier plan". Yad Vashem, chargé par la loi israélienne de gérer les archives de la Shoah, affirme avoir "obtenu ces documents de manière légale" et n'avoir "jamais caché les posséder". Le mémorial s'oppose fermement "au commerce de documents relatifs à la Shoah", rappelant leur "valeur historique de premier plan" et estime qu'ils doivent appartenir au domaine public. L'institut mémoriel refuse que ces lettres et photos "arrivent entre les mains de particuliers ou de personnes qui n'en sont pas les propriétaires légaux et dont les intérêts ne sont pas clairs". L'avocat d'Erika Rosenberg estime de son côté que, "même si on peut juger que sur un plan historique, ces documents devraient être récupérés par Yad Vashem, vous ne pouvez pas vous arroger le droit de conserver des documents qui ne vous appartiennent pas, surtout pas dans un pays libéral".

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