"Une avancée majeure" du pape

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"Une avancée majeure" du pape
Benoît XVI admet dans un livre l’utilisation de préservatifs "dans certains cas". Les associations anti-sida estiment qu'"il faut qu'il aille beaucoup plus loin".@ MAXPPP
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Après ses propos sur l'usage du préservatif, les catholiques y voient un message plus "éclairé".

"Une évolution, pas une révolution". Les catholiques libéraux et les militants de la lutte contre le sida ont accueilli favorablement les nouveaux propos du pape sur l’usage du préservatif. Dimanche, des extraits de son livre d’entretiens Lumières du monde - le pape, l'Eglise et les signes des temps ont été publiés.

Dans cet ouvrage, qui doit paraître mardi, le pape admet l'usage du préservatif "dans certains cas" pour se protéger du sida. "C’est vrai que Jean-Paul II n’avait jamais employé le mot de préservatif. C’est le premier pape qui en parle", analyse, lundi matin sur Europe 1, Monseigneur Stanislas Lalanne, évêque de Coutances et d'Avranches.

Pas un changement radical

"Je ne crois pas que ce soit une révolution. Je crois que les choses sont dites plus clairement qu’elles ne l’ont été jusqu’à présent", estime Monseigneur Lalanne. Selon lui, pour Benoît XVI, "le préservatif est un premier pas sur le chemin d’une sexualité vécue autrement, plus humaine. Mais si on réduit toute question de la sexualité au préservatif je crois que l’on perd quelque chose de fondamental du rapport homme -femme", assure-t-il.

Un avis partagé par Dominique Greiner, rédacteur en chef religieux de La Croix. "Dans la formulation, c'est une nouveauté, l'expression est plus explicite, mais la position de fond n'est pas radicalement nouvelle, car le pape dit que le préservatif n'est pas une solution morale", assure-t-il. S'il en a admis l'usage "dans certains cas", le pape rappelle dans l’ouvrage que le préservatif n’est "pas la façon à proprement parler de venir à bout" du sida, continuant à privilégier "fidélité et chasteté".

Benoît XVI "tente de réagir"

"On veut régler les conditions de sexualité à coup de techniques. C’est pour ca que le pape n’a pas changé fondamentalement de position. Il dit bien que la position morale de l’Eglise, c’est de dire que l’éducation à l’affectivité et à l’amour, ça passe par d’autres moyens que simplement le moyen technique du préservatif", affirme Monseigneur Lalanne. "Quand il y a risque de mort, de contamination et de danger, c’est un pis aller", analyse-t-il.

Mais s'il n'y a "pas de changement de fond" pour Frédéric Lenoir, directeur du Monde des religions, il y a quand même "une avancée majeure". Ce "ralliement à une position plus éclairée et moins scandaleuse" est le signe que Benoît XVI "tente de réagir face au discrédit avancé dont il est l'objet" depuis sa "déclaration choquante" de 2009, croit savoir Christian Terras, rédacteur en chef de la revue catholique Golias.

"Il faut qu’il aille plus loin"

Cette avancée du Vatican "est un pas en avant significatif et positif du Vatican", se félicite Michel Disibé, directeur exécutif de l'Onusida. "Cette initiative reconnaît qu'un comportement sexuel responsable et l'usage de préservatifs jouent des rôles importants dans la prévention du VIH", explique-t-il.

Pour autant, elle ne satisfait pas complètement Act Up-Paris, pour qui "le pape est "encore loin du compte". "Il faut qu'il aille beaucoup plus loin. Il faut qu'il reconnaisse que les politiques d'abstinence et de fidélité sont des échecs et sont directement responsables de la mort et de la contamination de centaines de milliers de personnes", assure l’association de lutte contre le sida. La tonalité est la même chez Sidaction où l’on "se désole" de la position de Benoît XVI, toujours "à l'opposé des certitudes scientifiques" sur un usage étendu du préservatif.

Les associations anti-sida devraient pourtant de cette évolution du discours du pape, car Monseigneur Stanislas Lalanne estime "qu’il n’ira pas plus loin" dans l’usage du préservatif quitte à en déplaire aux militants dans la lutte contre le VIH.