Un édito belge cloue au pilori la presse française

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Un édito belge cloue au pilori la presse française
La commune de Molenbeek en Belgique@ BENOIT DOPPAGNE / BELGA / AFP
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"La condescendance française n’a pas de limites".  Francis Van de Woestyne, rédacteur en chef du quotidien belge La Libre Belgique ne mâche pas ses mots quand il s’agit de qualifier la presse française suite aux attentats de Paris. 

C'est un édito du Monde qui a mis le feu aux poudres. Plus d'une semaine après les attentats de Paris, Francis Van de Woestyne, le rédacteur en chef de La Libre Belgique répond à tous les médias français qui accusent la Belgique d'être la plaque tournante du djihadisme européen. Dans son éditorial, le rédacteur en chef de La Libre Belgique tacle directement le quotidien Le Monde qui, selon lui, "fige la Belgique dans un portrait au vitriol" et ne fait qu'"enfoncer ces voisins insouciants". Par ses termes, Francis Van de Woestyne fait directement référence à l'éditorial du Monde intitulé "La Belgique, une nation sans Etat ?" publié quelques jours plus tôt. Un éditorial peu nuancé dont la phrase "il faut se rendre à l’évidence : au cœur de l’Europe, la sympathique Belgique est devenue une plaque tournante du djihadisme" a particulièrement ému et attristé les Belges. Francis Van de Woestyne se fait donc le porte-parole du peuple belge et répond directement aux journalistes du grand quotidien français. 


L’enquête sur les attentats de Paris progresse. Cela fait maintenant plus d’une semaine que les traques, les renforcements sécuritaires et les interpellations se multiplient certes, en France mais pas uniquement. En effet, l’enquête a également mené à des interpellations en Turquie et en Belgique. Et la ville de Molenbeek- Saint Jean, l’une des 19 communes de Bruxelles est maintenant tristement célèbre. Une partie des terroristes ayant semé la terreur dans Paris le vendredi 13 novembre y ont effectivement habité.

L'une des conséquences de cette enquête à l'échelle internationale, c'est qu'au delà des faits, la presse française s'en donne à cœur joie pour définir ses voisins qui n'auraient pas fait correctement leur travail de surveillance. C'est justement ce que cherche à dénoncer Francis Van de Woestyne dans son éditorial de lundi dernier. Selon lui, la presse française va trop loin quand elle nomme la Belgique "le berceau du terrorisme européen", "une fabrique djihadiste" ou encore une "Nation sans Etat".


Les failles des services Belges déjà connues. "Nous n’avons évidemment pas attendu qu’une partie de la rédaction du Monde débarque à Bruxelles pour dénoncer les failles des services belges dans la lutte contre le terrorisme" précise Francis Van de Woestyne. Selon lui, le laxisme de Philippe Moureaux, l'ancien bourgmestre de Molenbeek ou le manque de coordination entre les pays européens dans la traque aux djihadistes avaient déjà largement fait l'objet de reportages, éditoriaux et chroniques dans les médias belges.


La Belgique n'est pas la seule coupable. Francis Van de Woestyne endosse pleinement le rôle de la Belgique dans les attentats de Paris mais souhaite que la France, elle aussi, assume sa part de responsabilité. "On ne peut évidemment nier que les attentats de Paris aient été décidés en Syrie, organisés en Belgique et perpétrés en France" affirme-t-il ainsi avant d'ajouter, "Oui, il y avait des Belgo-Marocains, parmi les terroristes. Mais il y avait aussi des ressortissants français, vivant en Belgique. S’il est exact que plusieurs auteurs d’attentats sont passés par Bruxelles ou par Molenbeek, d’autres n’ont jamais quitté l’Hexagone sauf pour aller “se former” en Syrie".


"C'est pas moi, c'est lui". L'exercice qui consiste à se défausser et à trouver un coupable, ici la Belgique, "a quelque chose d'un peu minable" conclut donc le rédacteur en chef de La Libre Belgique avant de mettre en garde tous les médias, "cela sert parfaitement le jeu de Daesh dont le but est de "diviser, diviser, diviser"".