Tunis à nouveau secouée par la contestation

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Tunis à nouveau secouée par la contestation
@ REUTERS
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Alors que les instituteurs sont en grève illimitée, les manifestations émaillées d’incidents perdurent.

La Tunisie est encore loin de la sérénité. Lundi, une grève illimitée des instituteurs et des manifestations parfois émaillées de violences sont venues rappeler que le chemin vers une démocratie apaisée était encore long pour le peuple tunisien.

Le grief principal reste le même : la présence dans le gouvernement de transition d’anciens ministres de l’ancien président-dictateur Ben Ali, en fuite depuis le 14 janvier. C’est contre cette situation que les instituteurs entendent protester. Alors que le gouvernement avait décrété la reprise des cours pour lundi dans les écoles maternelles et primaires ainsi que pour les lycéens de terminale, le syndicat des instituteurs a appelé à une "grève illimitée".

Et le mouvement est majoritairement suivi dans le pays. "Nous n'avons pas une image complète de la situation mais il semble que la grève est bien suivie à Médenine, Tataouine (sud-est), Mahdia (centre-est) et Kasserine (centre-ouest)", a affirmé lundi Nabil Haouachi, membre du syndicat national de l'enseignement primaire.

La "caravane de la liberté" dispersée

Parallèlement, les manifestations continuaient lundi au cœur de Tunis, près des bureaux du Premier ministre Mohammed Ghannouchi, déjà en poste sous Ben Ali. La police tunisienne a fait usage de gaz lacrymogènes pour disperser des manifestants qui s'étaient installés la veille au soir devant les bureaux du Premier ministre afin de réclamer la démission d'un gouvernement qu'ils jugent toujours lié au président déchu Zine ben Ali. Des membres de cette "caravane de la liberté", venus de zones rurales déshéritées, avaient brisé des vitres au ministère des Finances voisin.

Des manifestants se rassemblent depuis plusieurs jours sous les fenêtres du Premier ministre Mohamed Ghannouchi, mais les forces de l'ordre, elles-mêmes dans l'expectative quand à leur avenir, toléraient jusqu'ici leur présence. Depuis la fuite du chef de l'Etat, le 14 janvier, elles n'avaient eu recours qu'une fois au gaz lacrymogène, à l'occasion d'une manifestation sur l'avenue Habib Bourguiba, dans le centre de la capitale.

Des arrestations de proches de Ben Ali

Les portes du palais du Premier ministre restaient donc étroitement gardées par les militaires, et le bâtiment presque assiégé. Les accès à la Kasbah ont été fermés, barrés par des barbelés et des cordons de l'armée et de la police. Pour calmer les esprits, Mohamed Ghannouchi a promis de quitter la vie politique à l'issue des prochaines élections, que le gouvernement a promis d'organiser au plus tôt.

Outre le chef du gouvernement, plusieurs anciens hiérarques du Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) de Ben Ali ont conservé des ministères-clés comme ceux de l'Intérieur, de la Défense et des Affaires étrangères. Dans un entretien au Figaro, le chef de la diplomatie Kamel Morjane exclut de démissionner. Il dit ne pas vouloir s'accrocher à ses attributions mais mettre ses compétences au profit du pays "dans une période délicate".

Les nouvelles autorités ont également annoncé le placement en résidence surveillée de trois proches collaborateurs de Ben Ali. Il s'agit de l'ancien conseiller chargé du contrôle de la presse, Abdelwahhab Adballa, de son ancien porte-parole et plus proche conseiller, Abdelaziz bin Dhia, et de l'ancien ministre de l'Intérieur et président de la chambre haute du parlement Abdallah Qallal. Larbi Nasra, propriétaire de la chaîne de télévision privée Hannibal TV, lui, été arrêté pour "trahison". Il est accusé d'avoir encouragé la violence et travaillé pour le retour du président déchu, rapporte l'agence de presse tunisienne. Le gouvernement intérimaire avait également annoncé la semaine dernière l'arrestation de 33 membres de la famille Ben Ali.

La "caravane de liberté", qui regroupe plusieurs centaines de personnes, est arrivée dimanche à Tunis au terme du deuil national de trois jours décrété en mémoire des victimes de la "Révolution de jasmin", dont le bilan s'élève à 78 morts, selon le gouvernement, et à 117, d'après les Nations unies.