Shahnaz, la victime qui a ému le Bangladesh

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Shahnaz, la victime qui a ému le Bangladesh
@ REUTERS
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Elle était la dernière personne que les secouristes pensaient sortir vivante des décombres.

Elle s’appelait Shahnaz et s’est accrochée jusqu’au dernier moment. Mais lorsque les secouristes sont enfin parvenus à la dégager des décombres de l’immeuble de huit étages qui s’est écroulé mercredi dernier, à Dacca, la capitale du Bangladesh, cette mère de famille avait cessé de respirer. Elle devait être la dernière rescapée du dramatique effondrement de cet bâtiment qui abritait des ateliers de confection de vêtements.

Un incendie dans les décombres

"C'était une femme courageuse et elle a lutté jusqu'au bout. Nous avons travaillé pendant 10 à 11 heures [dimanche] pour essayer de la tirer de là vivante. Nous avons relevé le défi mais nous avons perdu. Cela nous a brisé le coeur à tous. Tout le monde a été ému", a déclaré le chef des pompiers, Ahmed Ali.

Alors que les secours s’attelaient à la sortir des décombres, un incendie s’est déclaré, les obligeant à interrompre leur sauvetage, le temps d’éteindre les flammes. "Nous étions en train de couper une poutre pour sortir cette femme qui était, croyons-nous, le dernier survivant. Nous sommes arrivés à éteindre l'incendie, mais lorsque nous sommes revenus, nous avons vu qu'elle était morte", a confié le chef des pompiers. Shahnaz est l’une des trois cent quatre-vingt victimes de la catastrophe, essentiellement des femmes, qui travaillaient dans les ateliers de textile, pour des marques occidentales.

Les pompiers en larmes

La télévision, qui suivait le sauvetage en direct, a montré les pompiers en train de pleurer après la mort de cette femme, qui, bien que très affaiblie, avait pu se manifester en criant de dessous les décombres dimanche matin.

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"Lorsque nous sommes arrivés sur les lieux, elle nous a suppliés de ne pas l'abandonner. Nous lui avons donné de l'eau, de l'oxygène, des sels minéraux et de la nourriture. Elle a pu s'alimenter et tenir le coup", a expliqué un secouriste volontaire. Les recherches de survivants ont cessé et les grues sont entrées en action, lundi, pour déblayer les gravats.

Un responsable arrêté à la frontière indienne

Le vice-ministre de l'Intérieur Shamsul Haque Tuku a, par ailleurs, annoncé l'arrestation du propriétaire de l'immeuble, Sohel Rana, un entrepreneur membre du parti au pouvoir, soupçonné d'avoir enfreint le code national de la construction. "Il a été arrêté et il sera jugé", a assuré le responsable. Le directeur de l'unité d'élite de la police du Bangladesh, Mukhlesur Rahman, a précisé qu'il avait été arrêté à la frontière avec l'Inde.

Trois propriétaires d'ateliers présents dans le Rana Plaza avaient été arrêtés samedi et devront répondre d'"homicides par négligence". L'un d'eux est Aminul Islam, l'associé d'un Espagnol recherché, David Mayor, considéré comme "l'accusé numéro 4", selon Kaiser Matubbor, le policier chargé de l'enquête.

David Mayor est le directeur général de Phantom-Tac, une société commune constituée à parts égales par Phantom Apparels, au Bangladesh et Textile Audit Company, en Espagne, installée sur plus de 2.000 mètres carrés dans l'immeuble effondré, selon le site internet de la société.