Sept ans après le séisme de L'Aquila, seulement 5% de la ville a été reconstruite

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La ville d'Amatrice pourrait bien connaître le même sort que sa (presque) voisine, L'Aquila, toujours en chantier comme a pu le constater notre envoyée spéciale. 

L'ENQUÊTE DU 8H

Des éboulis et des tentes de fortune qui accueillent des familles entière, voilà le nouveau paysage d'Amatrice, l'un des villages les plus touchés par le séisme de mercredi qui a tué 291 personnes. Un scénario qui rappelle étrangement celui de l'Aquila, une ville située à seulement 50 km, qui a, elle aussi, connu un tremblement de terre meurtrier en 2009. Plus de trois cent morts et 35.000 personnes qui n'ont toujours pas retrouvé leur logement sept ans après. 

Un chantier permanent. Dans le centre historique de la ville, les stigmates du séisme ne s'effacent pas. Il n’y a rien, si ce n’est deux cafés sans client. La ville ne compte plus qu'une dizaine de commerces, sur le millier qui s'étaient installés avant le drame. Même l’horloge du campanile n’est pas repartie, elle indique toujours 3h36, l’heure du séisme, tout comme à Amatrice. Pourtant des travaux ont bel et bien été lancés. Mais les marteaux-piqueurs et les bétonnières ont beau tourner toute la journée, moins de 5% de la ville a été reconstruite. 

L'Aquila, séisme, Italie, 2012 Crédit : ANDREAS SOLARO / AFP

Un policier veille sur la "zone rouge" de l'Aquila en 2012


La corruption est reine. Après le séisme, place aux experts, condamnés depuis cet épisode. Il a fallu classer les maisons par ordre de priorité : endommagée, très endommagée ou carrément détruite. Ce classement devait définir un calendrier de reconstructions. Mais cela ne s'est pas vraiment passé comme ça. À L'Aquila, tous les habitants évoquent un mal qui gangrène la reconstruction : la corruption. Un problème qui semble aussi concerner la construction des maisons d'Amatrice qui aurait pu aggraver le bilan. Les chantiers ont été confiés à des entreprises privées sans appels d’offres et parfois l’argent semble s'être tout simplement volatilisé. 

C'est ce qu'a constaté Valentina. Elle dirige un comité qui répertorie les cas de malversations liées à l’après-séisme et se désole de l'état de l'école du centre-ville, toujours éventrée. "Il y a eu une collecte pour réparer cette école. Un concert de charité a été organisé. Le prix des billets a été reversé à un fond public mais l’école, elle, n’a pas bougé. Même les chanteurs ont demandé où était passé l’argent. Ils n’ont jamais eu la réponse. On ne sait même pas où est passée l’entreprise censée réparer. Tout ce qu’ils ont fait, c’est monter un échafaudage", raconte-t-elle. 

L'Aquila, séisme, Italie, 2012 Crédit : ANDREAS SOLARO / AFP

Trois ans après, des bâtiments attendent toujours la reconstruction


"En Italie, quand on dit provisoire, c'est pour toujours." Luciano aussi est un peu amer. Il a perdu sa maison lors du tremblement de terre de 2009. Il y a trois ans, il a été relogé dans un appartement provisoire sans âme et construit à la va-vite. Et aujourd'hui, sa maison est toujours un tas d’éboulis. Alors la reconstruction rapide de ses voisins sinistrés, il n'y croit pas trop. "Nous, on a de la peine pour les familles d'Amatrice. Les illusions de ces personnes 'On nous a promis que dans deux ans, on rentrerait chez nous !' Non, non, non, c'est pas comme ça. À moi, ils m'ont promis que dans cinq ans, ils auraient refait ma maison. Ça fait déjà sept ans." 

Et il renchérit en racontant que nombreuses sont les personnes âgées qui "sont mortes sans avoir revu leurs maisons". Pour Luciano, c'est sûr, dans dix ans, il ne sera toujours pas chez lui.