Seïf Kadhafi, un ex-étudiant embarrassant

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Seïf Kadhafi, un ex-étudiant embarrassant
@ REUTERS
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La fondation du fils de Kadhafi, accusé d’avoir plagié sa thèse, a versé 1.8 millions à l’école.

L'histoire aura fini par coûter son poste au directeur de la prestigieuse London School of Economics, la plus réputée des écoles de commerce anglaises. Depuis une semaine, des étudiants protestent et réclament le retrait des diplômes du fils cadet du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Seif Al-Islam, accusé d’avoir plagié sa thèse de fin d’année.

Seif Al-Islam a, en effet, obtenu un doctorat à la LSE, avec une thèse de philosophie sur "le rôle de la société civile dans la démocratisation des institutions de gouvernance internationale", datée de septembre 2007. Selon le journal des étudiants de la LSE, The Beaver, ces accusations de plagiat ont été lancées par des universitaires qui ont souhaité garder l'anonymat. Ils lui reprochent d’avoir eu recours à un nègre et d’avoir tout bonnement recopié des passages entiers dans divers ouvrages.

Les Kadhafi ont fait un don à l’école

"La LSE est au courant des accusations de plagiat dans la thèse de Seif Kadhafi", a assuré un porte-parole de l’école avant d’insister : "Nous prenons très au sérieux toutes ces affirmations et étudions la question".

Pour les étudiants, ces allégations sont d’autant plus graves que l’école a accepté, en 2009, pour son programme nord-africain, un don de 1.8 million d’euros de la part de la fondation de Seïf Al-Islam Kadhafi.

Face au tollé, l'université a annoncé couper tous ses liens avec Seif Al-Islam, en stoppant notamment ce programme d'études sur l'Afrique du Nord, et un programme de formation de fonctionnaires libyens. Selon The Telegraph, l'école a également décidé d'utiliser la somme versée sous forme de bourses aux étudiants libyens qui souhaiteraient étudier dans ses murs. Et coup de théâtre final, le directeur de l'école a dû présenter sa démission vendredi.

Dans sa lettre de démission, Howard Davies a expliqué que la réputation de l'université avait "souffert" et a reconnu que la décision d'accepter la dotation de l'un des fils du colonel Kadhafi, Seïf Al-Islam, était erronée. "Je suis arrivé à la conclusion qu'il était juste que je me retire même si cela va causer des difficultés à cette institution à laquelle je me suis attaché", a-t-il laconiquement expliqué.

"Il a tragiquement fait le mauvais choix"

Un professeur de la LSE, qui a connu Seïf Al-Islam Kadhafi pendant ses études, a évoqué un "jeune homme partagé entre sa fidélité à sa famille et son désir de réformer son pays".

Il a reconnu être "profondément perturbé" par le discours du fils cadet du dirigeant libyen condamnant les manifestations populaires. "Au lieu de voir là une occasion de réformes fondées sur des valeurs démocratiques et les droits de l'homme, Seïf al-Islam Kadhafi a mis en avant les menaces de guerre civile et d'intervention étrangère", a déploré le professeur Held.

Seïf al-Islam Kadhafi avait prononcé l'an dernier devant l'université un discours dans lequel il estimait que "le meilleur régime pour la Libye était la démocratie". Mais son discours "montre très clairement que son engagement à transformer son pays s'est évanoui dans la crise à laquelle il est mêlé. Il a tragiquement fait le mauvais choix".

Homme d'influence, Seif Al-Islam n'occupe pas de fonctions officielles en Libye. Mais il s'était distingué ces dernières années en tant qu'émissaire le plus fiable du régime libyen.