Rwanda : bourreau et victime côte-à-côte

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Rwanda : bourreau et victime côte-à-côte
Une cérémonie d'hommage aux victimes du génocide au Rwanda@ Reuters
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REPORTAGE - Innocent a perdu sa femme et son fils en 1994. Aujourd'hui, il habite à cinq minutes d'un génocidaire.

L'INFO. Vu de France, la situation est inconcevable. Au Rwandavingt ans après le génocide, les victimes et les bourreaux habitent parfois à quelques centaines de mètres les uns des autres. 

Un rescapé. Innocent, un rescapé du génocide, le résume en une phrase : "Nous étions du gibier et les chasseurs sont désormais nos voisins." Au quotidien, les ennemis d'hier se croisent : "Ils sont à la messe, ce sont nos collègues", explique Innocent à Europe 1. "Voir quelqu'un qui a tué ta femme et tes enfants" tous les jours, il ne semble pas s'y habituer. "On discute", explique-t-il, entre colère et résignation.

Car Innocent a perdu sa femme et son fils dans un massacre, qui a lieu dans une église. "Ils ont tué comme des chiens", raconte-t-il sur les lieux de la tragédie.

Il a tué par bonté. Parmi ceux qui traquaient les Tutsis à la machette, un homme habite à cinq minutes à peine de la maison d'Innocent. Jean-Baptiste a purgé une peine de onze ans de prison pour sa participation au génocide et il se souvient très bien de 1994 : "On courait partout en cherchant, en fouillant" pour "trouver un Tutsi".

Pour Jean-Baptiste, il mérite le pardon après avoir purgé sa peine. Il a avoué avoir tué trois personnes, et à l'entendre, il s'agissait presque de bonté : "Le troisième était un vieillard", raconte-t-il sans hésitation dans la voix. "On venait de tuer son épouse alors j'ai dit 'non, il faut que je le tue et qu'ils partent ensemble'", explique-t-il. "Je l'ai tué aussi à coups de machette", dit-il devant Innocent, qui reste muet.

Aucune réconciliation. Une fois éloigné du génocidaire, le rescapé enrage : "Ils donnent un dixième de ce qu'ils ont fait, ils mentent", explose-t-il. Je leur donnerai pas mon pardon. Pour pardonner qui ? Il y a des limites", tranche-t-il.

Pour lui, il n'y a aucune réconciliation au Rwanda, 20 ans après le génocide. "On n'a juste pas d'autre choix que de cohabiter."

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