Rio+20 : "échec et manque d'ambition"

  • A
  • A
Rio+20 : "échec et manque d'ambition"
Quelque 188 pays de l'ONU ont approuvé par consensus un texte intitulé "Le monde dont nous voulons", lors du sommet Rio+20.@ Reuters
Partagez sur :

Le sommet s'est achevé vendredi, débouchant sur un texte non contraignant et au financement flou.

Le sommet Rio+20 s'est achevé vendredi. Les chefs d’État présents se sont engagés à "promouvoir une économie verte, épargnant les ressources naturelles de la planète et éradiquant la pauvreté". Un compromis a minima, sans objectif contraignant ni financement, qui ne fait pas taire les critiques.

"On ne peut nier ce qui est écrit"

Quelque 188 pays de l'ONU ont ainsi approuvé par consensus ce texte intitulé "Le monde dont nous voulons". Celui-ci a été salué par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-Moon comme étant un "très bon document, une vision sur laquelle nous pourrons bâtir nos rêves".

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton s'est elle aussi félicitée du résultat: "nous nous sommes ligués autour d'une déclaration finale qui marque une avancée réelle pour le développement durable".

Pour la présidente brésilienne Dilma Rousseff, Rio+20 est un "point de départ". "L'important est que, quand on a un document écrit, personne ne peut nier ou oublier ce qui y est écrit", a-t-elle assuré. "Plus de 513 milliards de dollars ont été mobilisés" par le secteur privé, les gouvernements et la société civile pour financer des projets dans l'énergie, les transports, l'économie verte, la désertification, l'eau ou les forêts, a affirmé l'ONU sans fournir de détails.

"Attentes faibles, résultat encore plus maigre"

La tonalité était très différente au sein de la société civile, très en colère. Des milliers de militants ont clamé leur déception pendant les trois jours du sommet, dénonçant l'"échec" et le manque d'ambition de Rio+20. Pour Kumi Naidoo, directeur général de Greenpeace International, "on remet en ordre les fauteuils sur le pont du Titanic alors qu'il est en train de sombrer". "Les attentes étaient très faibles mais le résultat est encore plus maigre... Ce fut une occasion manquée", a estimé Manish Bapna du centre de réflexion américain World Resources Institute (WRI).

"Nos économies vont devoir devenir vertes sans la bénédiction des dirigeants de la planète", a également regretté Lasse Gustavsson, directeur exécutif du Fonds mondial pour la nature (WWF)."L'avenir que nous voulons ne viendra pas des dirigeants qui n'ont pas eu le courage de venir ici, de s'asseoir autour d'une table et de négocier eux-mêmes", a encore renchérit Sharon Burrow, secrétaire générale de la Confédération syndicale internationale. "Ils n'ont pris aucune responsabilité pour lancer une action, définir des objectifs et fixer un calendrier."

La secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton a elle même livré une appréciation identique, aux accents défaitistes : "Les gouvernements ne peuvent résoudre seuls les problèmes auxquels nous sommes confrontés du changement climatique à la pauvreté persistante en passant par les pénuries chroniques dans le domaine de l'énergie."

Hanté par l'échec de la conférence de Copenhague en 2009 qui s'était achevée sur un fiasco retentissant, pays riches et pauvres se sont accordés sur une série de promesses pour guérir les plaies de la planète. La longue liste de maux inclut la faim, la pauvreté, et aussi la désertification, l'appauvrissement des océans, la pollution et la déforestation, le risque d'extinction de milliers d'espèces...

Vers des "Objectifs du développement durable"

"Nous chefs d’État et de gouvernement renouvelons notre engagement envers le développement durable et envers un avenir économiquement, socialement et écologiquement durables pour notre planète et pour les générations présentes et futures", commence le projet de déclaration.

Le principal acquis est la décision de lancer des "Objectifs du développement durable" (ODD) sur le modèle de ceux du Millénaire adoptés en 2000 par l'ONU. Leur définition est toutefois laissée à un groupe de travail qui devra faire ses propositions en 2013, pour une mise en place à partir de 2015.

Ces objectifs devront être "en nombre limité, concis et tournés vers l'action", selon la déclaration.

Rio+20 prône une "économie verte", modèle de développement moins destructeur pour la planète dont la population devrait passer de sept milliards aujourd'hui à 9,5 milliards en 2050.

Mais en raison des diverses craintes concernant cette économie,  la définition des "politiques d'économie verte" est laissée à chaque pays et la déclaration souligne qu'elles ne doivent pas constituer "une restriction déguisée au commerce international".

Financement flou

Le financement est resté en suspens : en temps de crise, et avec des budgets à sec, les pays riches n'ont plus les moyens de mettre la main à la poche. La proposition des pays en développement d'un fonds de 30 milliards de dollars annuels, est restée sans suite.

Rio+20 encourage ainsi de nouvelles sources de financement - entreprises, partenariats... - ainsi que des "financements innovants", sans les détailler.

Parallèlement, un contre-sommet organisé dans le centre de Rio a réuni des milliers d'écologistes, indiens, femmes, homosexuels qui ont organisé des centaines de débats, manifestations, expositions, dans une ambiance festive et colorée.

Dans une déclaration, ils ont affirmé la conviction que "seul le peuple organisé et mobilisé peut libérer le monde du contrôle des corporations et du capital financier".