Référendum : c'est presque officiel, la Grèce a massivement voté "non"

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Référendum : c'est presque officiel, la Grèce a massivement voté "non"
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BILAN - Le camp du "non" aux mesures proposées par les créanciers est largement arrivé en tête. Le Premier ministre Alexis Tsipras estime ressortir renforcé de ce référendum et a annoncé son retour à la table des négociations.

Les premiers sondages puis les résultats partiels égrainés au fil de la soirée ne laissaient guère de place au doute, les résultats définitifs l'ont confirmé : les Grecs ont massivement voter en faveur du "non", à hauteur de 61%, comme le leur demandait le Premier ministre Alexis Tsipras. Un résultat qui ne constitue pas "une rupture avec l'Europe mais "le renforcement de notre pouvoir de négociation", a déclaré ce dernier.

Les résultats quasi-définitifs. Le dépouillement n'était pas encore terminé à 01 heure du matin, mais le résultat du référendum est sans appel : selon les derniers chiffres publiés par le ministère de l'Intérieur grec et portant du 95% des suffrages, 61,31% des Grecs ont voté "non" contre 38,7% pour le "oui". Un résultat d'autant plus clair que la participation a été élevée : 62,5%.

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© Capture d'écran ITELE

 Tsipras se félicite d'un vote "pour une Europe de solidarité et de démocratie". Une fois que la victoire du "non" quasiment assurée, le Premier ministre s'est adressé au peuple grec. "Indépendamment de ce que nous avons voté, nous ne faisons qu'un", a-t-il rappelé, avant de souligner que le vote grec permettait au pays d'engager de nouvelles discussions avec la zone euro, la Banque centrale européenne (BCE) et le FMI. Le non au référendum en Grèce ne signifie pas "une rupture avec l'Europe mais "le renforcement de notre pouvoir de négociation" avec les créanciers, a-t-il souligné. Avant de préciser que son gouvernement était "prêt à reprendre la négociation avec un plan de réformes crédibles et socialement justes" et que "cette fois la question de la dette (publique) sera sur la table". Le nouveau round de négociations s'annonce compliqué.

Le reste de la zone euro ne cache pas son scepticisme. Le referendum grec n'a pas provoqué une avalanche de réactions, la plupart des pays européens préférant temporiser et attendre le sommet de la zone euro organisé mardi. Mais dans l'ensemble, les rares déclarations étaient amères. C'est du côté de l'Allemagne que les réactions ont été les plus vives. Si la chancelière Angela Merkel est restée silencieuse, les autres poids lourds du pays n'ont pas caché leur agacement. Le ministre allemand de l'Economie Sigmar Gabriel, pourtant chef de file de la gauche, a souligné que "Tsipras et son gouvernement mènent le peuple grec sur un chemin de renoncement amer et de désespoir". A ses yeux, "des négociations paraissent difficilement imaginables". "Il n'y a pas que la volonté du peuple grec qui compte, mais aussi celle des citoyens des autres pays européens", a renchéri Julia Klöckner, députée conservatrice proche de la chancelière. 

Le ton était également peu cordial du côté de la Slovaquie, dont le ministre des Finances a estimé qu'une sortie grecque de la zone euro est désormais "un scénario réaliste". "Cela n'augure rien de bon pour l'avenir de peuple grec", a twitté de son côté le Premier ministre estonien Taavi Roivas. Quant à la Première ministre polonaise, elle a estimé que les Grecs "ont dit non à l'aide donc ils ont dit non aussi à la zone euro. Ce sera donc probablement une nouvelle étape vers la sortie (d'Athènes) de la zone euro".

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Alexis Tsipras, Premier ministre grec et Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. © EMMANUEL DUNAND/AFP

Du côté des institutions européennes, les réactions étaient variées. La Commission européenne a ainsi annoncé "respecter" le résultat du référendum et précisé que son président Jean-Claude Juncker consulterait lundi plusieurs hauts dirigeants des institutions européennes. Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe, s'est montré bien moins diplomatique : il a jugé "très regrettable" la victoire du "non", avant d'ajouter que "pour la reprise de l'économie grecque, des mesures difficiles et des réformes sont inévitables".

Seule la France et l'Italie se sont montrés conciliants. "La Grèce fait partie de l'Europe, et, vis à vis de son peuple, les autres peuples de l'Union lui doivent leur solidarité. Cela sera dans les prochains jours le principe qui inspirera l'action de l'Italie, et, je l'espère aussi, des représentants du peuple grec, des autres partenaires européens et des institutions de l'Union", a déclaré le président italien Sergio Mattarella. Quant à François Hollande, il n'a pas fait de déclaration publique mais a eu Alexis Tsipras au téléphone puis a fait savoir, après s'être entretenu avec Angela Merkel, que le couple franco-allemand exprimait son "respect" et reconnaissait "la légitimité" du référendum organisé à l'initiative d'Alexis Tsipras.

L'extrême-gauche européenne se félicite du sursaut grec. Du côté des partis politiques classés à l'extrême-gauche, les réactions ont en revanche été enthousiastes. Venu célébrer ce résultat sur la place de la République, Jean-Luc Mélenchon a ainsi salué "le courage immense du peuple grec". Les Grecs ont "su résister quand il n'y avait plus d'argent en circulation, plus de marchandises dans les magasins et malgré les armes de désinformation massives", a poursuivi le cofondateur du Parti de gauche. "C'est une très belle leçon de dignité du peuple grec", a renchéri Pierre Laurent, sur Europe 1.

"Aujourd'hui en Grèce, la démocratie l'a emporté", a déclaré sur son compte Twitter Pablo Iglesias, chef du parti antilibéral espagnol Podemos. "La joie se respire au siège de Syriza", a de son côté déclaré Rafael Mayoral, un autre dirigeant de Podemos, depuis la Grèce.