Qui sont les "whistleblowers" ?

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Qui sont les "whistleblowers" ?
@ Reuters et capture The Guardian
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ZOOM - Ellsberg, Manning, Snowden… Qui sont ces "lanceurs d'alerte" ? Des héros ou des traîtres ?

L'INFO. Daniel Ellsberg, Bradley Manning et maintenant Edward Snowden. Ils sont ce qu'on appelle aux Etats-Unis, les "whistleblowers". Dans la plupart des cas, ces personnes ont dévoilé des secrets plus ou moins bien gardés et dénoncent, parfois au prix de leur liberté, ce qu'ils jugent être des scandales pour les libertés individuelles ou le "bien commun". Avec la sortie de l'ombre de la source des fuites sur le programme américain de surveillance électronique, les interrogations se multiplient sur ces "lanceurs d'alerte". 

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Que signifie " whistleblowers" ? Il n'y a pas de mot pour traduire 'whistleblower', ni en allemand, ni en français". De fait, le dictionnaire propose des mots à connotation péjorative : "dénonciateur" ou "délateur" en français, "informateur" ("informant") ou "traître" (Geheimnisverräter) en allemand. Qualificatif souvent litigieux, il s'applique globalement aux informateurs quel que soit leur degré de d'implication de leurs fuites. Reste à connaître leurs motivations. Sont-ils de "grands patriotes" qui se sentent investis du devoir de livrer des informations révoltantes auxquelles ils ont eu accès du fait de leurs fonctions, ou, à l'inverse, des individus assoiffés de reconnaissance publique qui mettent sans vergogne leur pays en danger ?

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© Reuters

Quelques affaires célèbres. Bradley Manning est l'un des "whistleblowers" les plus célèbres. Actuellement en procès devant une cour martiale, il a divulgué quelque 700.000 documents confidentiels au site WikiLeaks. Une autre "taupe" célèbre se nomme Daniel Ellsberg. Il est à l'origine de la fuite des "Pentagon papers" au New York Times sur la guerre du Vietnam en 1971. Enfin, la fameuse "Deep throat", la "gorge profonde" du Washington Post restera dans l'histoire américaine comme celle qui a fait chuter le président Richard Nixon en 1974.

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© REUTERS

Un devoir de vérité. Edward Snowden, jeune Américain de 29 ans, consultant à l'Agence nationale de sécurité (NSA) a lui divulgué des pans entiers des programmes gouvernementaux secrets de surveillance. Si Snowden semble avoir quelques motivations politiques -il a financé un politique républicain- il restera dans "l'histoire comme l'un des whistleblowers les plus significatifs d'Amérique", écrit le quotidien britannique The Guardian qui a publié ses révélations. "Il n'y a pas eu de fuite plus importante dans l'histoire américaine", estime aussi Daniel Ellsberg. "Snowden a révélé que les agences du renseignement étaient devenues les 'Etats Stasi d'Amérique'" et "il l'a fait car il a identifié les programmes de surveillance de la NSA pour ceux qu'ils sont : dangereux, et anticonstitutionnels", écrit Daniel Ellsberg dans The Guardian.

"Sans whistleblowers, on n'aurait jamais rien su (du scandale de la prison) d'Abu Ghraib, on n'aurait jamais rien su des prisons secrètes de la CIA ni du scandale des écoutes sous l'administration Bush", renchérit Ben Wizner, directeur de la puissante Union américaine de défense des libertés (ACLU). "Les fuites sont une caractéristique d'une démocratie et non une maladie", assure-t-il. "Nous avons toujours compté sur les fuites pour fournir au public une version non officielle d'un événement" car sans elles, "le peuple serait maintenu dans l'ignorance sur tous les sujets importants".

Un abandon de sa liberté. Pour certains analystes, cette volonté de transparence est inéluctable mais implique de gros sacrifices. "Ce n'est pas quelque chose que l'on choisit, c'est quelque chose que l'on doit faire", confie Peter Van Buren, un ancien responsable du département d'Etat qui avait lui-même divulgué des documents classifiés. "Je sais qu'il faut beaucoup de courage pour faire ce que Snowden a fait, et de volonté pour tout abandonner -sa vie, sa liberté, tout- pour quelque chose de bien plus important que soi même. Si ce n'est pas là la définition du patriotisme, on se demande quelle est-elle", affirme-t-il.

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© Reuters

Un droit à l'information. Cette transparence généralisée est très liée à l'histoire américaine. "Il y a dans l'idée aux Etats-Unis que les citoyens sont responsables du respect de la Constitution. C'est très ancré ici. Si le gouvernement ne le fait pas bien, c'est au citoyen de la rappeler à l'ordre", analyse Nicole Bacharan, spécialiste des Etats-Unis, interrogée par Europe1.fr. "Dans la déclaration de 1791, il est écrit noir sur blanc que l'exercice d'une presse libre ne sera pas limité. Cela relève d'un droit à l'information. Il y a l'idée que le public est assez sage pour que le fait de savoir soit une bonne chose", décrypte Nicole Bacharan.

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© Reuters

Des poursuites très lourdes. En revanche, ces fuites sont, dans la plupart des cas, durement sanctionnées par les Etats-Unis. Bradley Manning, qui comparaît actuellement devant une cour martiale, doit répondre de 21 chefs d'inculpation dont le plus grave, celui de collusion avec l'ennemi, pourrait lui valoir la réclusion à perpétuité s'il est reconnu coupable. Daniel Ellsberg avait, lui, été poursuivi pour vol, conspiration et espionnage avant que les charges soient abandonnées.

Pour qui penche l'opinion ? Cette affaire "Snowden" a créé un débat aux Etats-Unis. L'opinion est partagée sur ces "whistleblowers" même si aujourd'hui, "cela penche un peu plus du côté du héros", renchérit la spécialiste des Etats-Unis. Un paradoxe alors que le patriotisme est normalement très ancré dans la culture américaine. Les Américains s'interrogent "sur le contenu même de ce patriotisme. C'est aussi patriotique de défendre la Constitution quand elle est mise en danger par les gouvernants, quand il y a un danger sur les libertés individuelles", conclut Nicole Bacharan.