Qui était Chavez : libertador ou despote ?

  • A
  • A
Qui était Chavez : libertador ou despote ?
@ MAX PPP
Partagez sur :

PORTRAIT - A la tête du Venezuela pendant quinze ans, Hugo Chavez reste une énigme.

Il aspirait à gouverner jusqu'en 2030, mais Hugo Chavez est mort mardi 5 mars, emporté par un cancer à l'âge de 58 ans. Il aura passé quinze années à la tête du Venezuela. Homme fort du pays depuis 1998, son projet de "socialisme du 21e siècle" et son style baroque ont régulièrement fait débat dans son pays comme à l'étranger. Très affaibli par son cancer ces dernières années, il était moins présent sur la scène médiatique. Une fin discrète pour un personnage haut en couleurs. Portrait.

"Un petit gars de Barinas" qui rêvait de baseball. Né en 1954, le jeune Hugo Chavez rêvait dans sa jeunesse de devenir champion de baseball, le sport favori des Vénézuéliens. "Le petit gars de Barinas" issu d'une famille d'enseignants optera finalement pour une carrière militaire.

Le putsch raté du "béret rouge". Devenu lieutenant-colonel des parachutistes, il tente un coup d'Etat le 4 février 1992 contre le président Carlos Andrés Pérez. Le putsch échoue et Hugo Chavez est emprisonné mais, paradoxalement, il acquiert une forte popularité. Libéré deux ans plus tard, il se lance en politique sans renoncer pour autant au béret rouge des paras qu'il arborera longtemps. L'accessoire deviendra même un signe de reconnaissance de ses partisans.

L' indéboulonnable "El Presidente".  En 1998, six ans après sa tentative de putsch, il se présente pour la première fois à la présidentielle. Candidat d'une coalition de partis de gauche, il remporte l'élection, avec 56% des suffrages. Dès lors, il ne quittera plus le fauteuil de président. Une modification de la Constitution lui permet d'être réélu à trois reprises - en 2000, 2006 et 2012. Son instrumentalisation des moyens de l'Etat pour rester au pouvoir, son omniprésence, son népotisme et sa mainmise sur les médias lui valent d'être accusé d'autoritarisme, particulièrement après la tentative de coup d'Etat qui le vise, en 2002. Hugo Chavez a-t-il fait basculer l'une des plus vieilles démocraties du continent sud-américain dans la dictature? La question reste sans réponse claire, c'est l'"énigme Chavez".

Longtemps diffusée chaque dimanche à 11 heures, l'émission-tribune "Aló Presidente" (Allo Président) met bien au jour le populisme de Chavez et sa mainmise sur les médias.

2306HugoChavezFidelCastroReuters930620

© reuters

Un Castro "soft" ? Le "projet socialiste" d'Hugo Chavez est inspiré de Simon Bolivar, la figure emblématique de la guerre d'indépendance contre les Espagnols. A la tête du premier exportateur de pétrole sud-américain, il souhaite y implanter "un socialisme du 21e siècle" et bâtit sa popularité sur les programmes sociaux. Anti-impérialiste autoproclamé, fervent défenseur de l'union de l'Amérique latine, il a mis en place des structures d'intégration régionale et tissé des alliances stratégiques avec la Russie, la Chine ou l'Iran, ne manquant jamais d'apporter son soutien à des dirigeants controversés, comme Mouammar Kadhafi, Mahmoud Ahmadinejad ou Bachar al-Assad. Mais il a aussi fait preuve de pragmatisme, ne suspendant jamais ses livraisons de pétrole aux "Yankees de merde".

Un style exubérant. Orateur infatigable, Hugo Chavez était capable, comme son mentor cubain Fidel Castro, de haranguer les foules durant des heures. Hyperactif, implacable avec ses adversaires, charismatique, capable de mêler dans un même discours chansons romantiques, insultes et démonstrations d'érudition, les excès et le langage fleuri d'Hugo Chavez sont célèbres : à la grande époque, il traitait régulièrement George W. Bush, son ennemi intime, de "diable" mais aussi de "tueur", d"alcoolique" et encore de "malade mental". "Allez au diable, yankees de merde !", lance-t-il, en 2008, aux Etats-Unis pour leur notifier sa décision d'expulser leur ambassadeur à Caracas, en solidarité avec la Bolivie.



Chavez : "Allez au diable, yankees de merde !"par librepenseur007

L'année précédente, lors du sommet ibéro-américain de Santiago, il traite l'ancien Premier ministre espagnol conservateur José Maria Aznar de "fasciste". A bout, le roi Juan Carlos, en personne, tente de lui clouer le bec d'un "Pourquoi tu ne te tais pas?" qui fera date.

"L'homme" Chavez. Père de cinq enfants - deux garçons et trois filles- catholique deux fois divorcé, Hugo Chavez dormait peu et ne prenait pas de vacances, ce qui lui a valu de reconnaître d'avoir commis une "erreur fondamentale" en négligeant sa santé pendant des années.

Quel bilan de l'ère Chavez? La "révolution bolivarienne" a ses partisans : pour eux, Chavez a contribué à éradiquer l'analphabétisme, réduit la pauvreté extrême, favorisé l'accès aux soins et encore redonné la terre aux paysans. Les détracteurs d'El Presidente voient d'un tout autre oeil l'ère Chavez qui, selon eux, est allée de paire avec une hausse de l'inflation, une augmentation du chômage, un accroissement de la violence. Alors, Hugo Chavez, Libertador ou despote ? Aux  historiens de trancher.