Quel nouveau souffle donner au traité de l’Élysée qui fête ses 55 ans ?

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Quel nouveau souffle donner au traité de l’Élysée qui fête ses 55 ans ?
Dimanche, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont réaffirmé leur détermination à "approfondir la coopération entre les deux pays".@ AFP
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Le traité qui scelle la réconciliation franco-allemande fête lundi ses 55 ans, dans un contexte où la relation entre la France et l’Allemagne tente de retrouver un second souffle.

Plus qu’un couple, la France et l’Allemagne forment "une famille". C'est pas ces mots que François de Rugy a rappelé lundi l'importance de la relation franco-allemande. Le président de l'Assemblée nationale s'exprimait au côté de son homologue allemand, Wolfgang Schäuble, lors d’une session extraordinaire du Bundestag à l’occasion des 55 ans du traité de l’Élysée, signé le 22 janvier 1963 par Charles de Gaulle et le chancelier de la République fédérale d'Allemagne (RFA) Konrad Adenauer. François de Rugy et Wolfgang Schäuble ont appelé à une coopération renforcée entre Paris et Berlin, consacrant un "nouveau traité de l’Élysée".

Mais dans un contexte où la chancelière allemande reste engluée depuis cinq mois dans la constitution d’un gouvernement, et ou des désaccords sur les questions européennes apparaissent, la question d’un nouveau souffle se pose.

22 janvier 1963 : la réconciliation franco-allemande est scellée. Destinée à sceller la réconciliation entre la France et l’Allemagne, déchirés par les deux guerres mondiales (1914-1918 et 1939-1945), la signature du traité fera dire à De Gaulle "qu’il n’est pas un homme dans le monde qui ne mesure l’importance capitale de cet acte". Après la signature du traité, De Gaulle et Adenauer prononcent chacun un discours, l’un en français, l’autre en allemand, puis se prennent dans les bras. Un geste historique.

L’accolade historique de De Gaulle et Adenauer, le 22 janvier 1963 (INA):

Le traité projette que, chaque année, les chefs d'États ou de gouvernements français et allemands se rencontrent plusieurs fois. Le texte prévoit également que les ministres des Affaires étrangères et de la Défense se retrouvent une fois tous les trois mois et les chefs d’état-major, tous les deux mois.

Un traité qui a lancé l’engagement européen de l’Allemagne.  Au-delà du geste politique, le traité suscite alors un véritable engouement populaire en France et en Allemagne, qui se traduit par un élan de réconciliation incarné par la jeunesse. Le texte a permis la mise en place de l’Office franco-allemand de la jeunesse (OFAJ) qui propose chaque année de nombreux échanges scolaires et universitaires et des formations interculturelles, de 3 à 30 ans. L’apprentissage de l’allemand en France, longtemps boudé par les élèves, y est également favorisé. 

Le Monde rappelle que depuis 55 ans, le fonctionnement instauré par le traité n’a jamais cessé de fonctionner, faisant de l'amitié entre la France et l’Allemagne le moteur de la construction européenne. Mais l’importance accordée à la célébration du traité de l’Élysée ne semble pas être la même d'une part et d'autre du Rhin, remarque Hélène Kohl, correspondante d’Europe 1 à Berlin. "Les Allemands marquent beaucoup plus ce jour que les Français", observe-t-elle. "Le pays reste reconnaissant à la main tendue de De Gaulle après la guerre, qui a débouché sur l’engagement européen de l’Allemagne."

Quelles orientations pour le traité de l’Élysée "version 2018 ?".  Dans son discours au Bundestag, François de Rugy a appelé lundi à l’unité de l’Europe tout en mettant en garde contre les dangers du nationalisme. Un discours couronné d’une standing ovation du Parlement allemand, à l’exception des eurosceptiques de l’AFD, restés assis, suscitant une polémique outre-Rhin sur les réseaux sociaux.



Les députés allemands ont adopté à la majorité la résolution ouvrant la voie à "un renforcement et à un approfondissement" du traité de l’Élysée. Un nouveau souffle pas forcément évident à trouver, selon Patrick Martin-Genier, spécialiste des questions européennes, qui rappelle sur son blog que les questions migratoires ou les malentendus sur la construction européenne placent désormais la relation franco-allemande à "un tournant".

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François de Rugy et Angela Merkel lundi, au Bundestag. Source : AFP

La relance du couple franco-allemand aura bien lieu... mais pas tout de suite. Dans une déclaration commune, Emmanuel Macron et Angela Merkel ont insisté dimanche soir sur une "harmonisation bilatérale des législations", un "renforcement des liens" entre les deux sociétés civiles, des "mesures ambitieuses pour promouvoir l’enseignement réciproque des langues" et un "approfondissement de l’intégration" des deux économies.

Il reste toutefois une incertitude pour mener ces nouvelles résolutions à leur terme : la situation politique d’Angela Merkel elle-même, qui, depuis les élections législatives de septembre, échoue à former un gouvernement. "Tout est compliqué car quand Macron a expliqué qu’il voulait donner un nouveau souffle à la relation franco-allemande, on n'imaginait pas que l’incertitude politique en Allemagne durerait", explique à Europe 1 Michèle Weinachter, maître de conférence en études germaniques et chercheur associé au Centre d’information et de recherche sur l’Allemagne (CIRAC). "Ça fait dix ans que l’Allemagne attend la France sur le sujet et pour la première fois, la situation s’inverse", ajoute-t-elle, alors que Paris cherche l’appui de l’Allemagne pour pousser les réformes européennes voulues par Macron.

"Angela Merkel ne peut rien faire au niveau européen", renchérit Hélène Kohl. "Il faut d’abord qu’elle consulte le Bundestag." Toutefois, la relance du couple franco-allemand aura bien lieu, selon Michèle Weinachter. "Mais elle portera sur des choses ponctuelles", précise l'historienne. Il faudra encore attendre, car les négociations du contrat de coalition entre les sociaux-démocrates et les conservateurs qui doit définir le programme du gouvernement n’ont démarré que lundi. Et elles s’annoncent "difficiles", selon Angela Merkel.