Que sait-on du naufrage du Concordia ?

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Que sait-on du naufrage du Concordia ?
@ Reuters
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DÉCRYPTAGE - Quatre jours après le naufrage du navire, europe1.fr fait le point sur l'enquête.

Alors que le bilan du naufrage s’est encore alourdit mardi à onze morts, la polémique enfle autour du commandant Francesco Schettino. Du choc à l’évacuation des passagers, tout semble accabler le quinquagénaire. Que s'est-il passé vraiment passé ce soir-là ? Quelles sont les responsables du drame ? Europe1.fr fait le point.

Combien de passagers y avait-il à bord du Costa Concordia ? Le navire transporte 4.229 personnes, dont un millier de membres d'équipage et plus de 3.200 touristes de plus de 60 nationalités dont une majorité d'Italiens, Français, Allemands et Espagnols.

Quels sont les faits ?  Le 13 janvier vers 21H07, le navire géant modifie sa route et oblique vers les côtes de la jolie île touristique et rocheuse du Giglio, entourée d'une réserve naturelle. A 21H40, le navire, arrivé à 500 mètres des côtes, manoeuvre à nouveau pour remettre le cap vers le nord, mais plusieurs officiers de bord ont conscience que la manoeuvre est tardive. Cinq à dix minutes plus tard,  le Costa Concordia heurte un écueil, appelé le Scole, situé à environ 300 mètres de l'île. La salle des machines est inondée, les moteurs en avarie. Le navire freine fortement mais se trouve entraîné par des courants et s'incline rapidement.

Peu après 22h, la capitainerie du port de Livourne, contactée par une passagère, appelle l'équipe de commandement qui lui répond qu'il s'agit d'un black-out (coupure totale de courant) qu'elle peut résoudre seule. Ce n'est qu'à 22h26 que le commandant Schettino admet l'existence d'"une voie d'eau". Il assure cependant à la capitainerie qu'il n'y a ni morts ni blessés et ajoute que l'envoi d'un remorqueur est suffisant. La capitainerie à Livourne déclenche malgré tout les secours.

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© Reuters

A 22H20, les garde-côtes commencent les opérations de secours avec l'aide de vedettes et d'hélicoptères. Les quelque 800 habitants du Giglio se mobilisent aussi pour aider à transférer des passagers vers le rivage. Un bon nombre d'entre eux se jettent à l'eau. Une quarantaine sont blessés, la plupart avec des bras ou jambes cassées, dont deux graves.

A 22H34, à la requête de la capitainerie, la passerelle accepte de décréter la procédure de "distress" (détresse), soit la nécessité de l'envoi de secours. A 22H58, la capitainerie insiste pour que le commandement du bateau décrète "l'abandon du navire". Le commandement accepte enfin. Le commandement des opérations de sauvetage incombe dès lors à la capitainerie.

23H10/15 : alors que le bateau s'est immobilisé, les premiers passagers rejoignent le littoral à bord des chaloupes de sauvetage. Et, vers 00H30, le commandant est aperçu par des témoins sur un rocher à droite du bateau.

Les opérations de sauvetage s'achèvent vers 6 heures.

Y-a-t-il eu un problème technique ? Impossible répond la société Costa Croisières. "Si ça avait (été) un problème technique, il y aurait eu des alarmes. Le bateau n'avait pas de problème de sécurité, il dispose de dispositifs de sécurité ultra-sûrs", a affirmé lundi Pier Luigi Foschi, responsable du groupe qui "se dissocie de cette conduite" (celle du commandant NDLR). D'après un document de l'Agence européenne de sécurité maritime (Emsa), aucune anomalie n'a été détectée sur le navire lors des inspections effectuées depuis 2006 par les autorités de l'Etat des ports d'escale. Le dernier contrôle a été fait à Maltre, à la mi-avril 2011.

Quel est le bilan ?Onze personnes ont trouvé la mort lors du naufrage dont deux Français. Mais ce bilan pourrait encore s'alourdir notamment en raison des 29 personnes portées disparues dont quatorze Allemands, six Italiens, quatre Français, deux Américains, un Hongrois, un Péruvien et un Indien. Selon un spécialiste de la protection civile du Giglio, avec la température glaciale de l'eau, il est impossible de survivre très longtemps, même en étant dans une poche d'air. Il est donc peu probable de trouver de nouveaux survivants dans les prochaines heures.

Une soixantaine de personnes ont également été blessées.

Dès le lendemain du drame, le rôle du commandant Francesco Schettino est pointé du doigt par les témoins mais aussi l'enregistrement de la conversation avec la capitainerie du port de Livourne. Le site du journal Corriere della Sera, a publié mardi l'intégralité de cet échange qui se révèle accablant pour le commandant du Costa Concordia.

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© Reuters

"Ecoutez Schettino, vous avez peut-être réussi à vous sauver de la mer mais là, vraiment ça va mal se passer... je vais vous causer une énormité d'ennuis. Allez à bord, bordel de merde !!" lui hurle le commandant Gregorio De Falco alors qu'il a pris la fuite dans un navire de sauvetage. Après près de 4 minutes de discussion musclée, Francesco Schettino finit par accepter de regagner le bord. Selon les témoignages, le commandant du Costa Concordia s'est réfugié sur un rocher dès 00H30. Il n'est jamais retourné sur le navire pour piloter les opérations de sauvetage.