Pour Madoff, les banques savaient

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Pour Madoff, les banques savaient
Bernard Madoff s'explique dans un entretien inédit de deux heures au New York Times.
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Le fraudeur américain accuse les établissements financiers d'avoir fait preuve d'un aveuglement volontaire.

L'escroc américain ne veut pas couler tout seul. Condamné à une peine de 150 ans de prison pour la plus grosse fraude financière jamais réalisée aux Etats-Unis, Bernard Madoff sort aujourd'hui de son silence et affirme qu'un certain nombre de banques et de fonds d'investissement étaient d'une façon ou d'une autre au courant de ses malversations.

"Ils ne pouvaient pas ne pas savoir", déclare l'auteur de la fraude dans un long entretien inédit publié mardi soir par le New York Times. L'escroc en conclut que cela rend ces établissements "complices" de son montage financier, un mécanisme pyramidal dans lequel seuls les apports de fonds des nouveaux investisseurs payent les intérêts versés aux clients antérieurs. Arrêté fin 2008, Bernard Madoff a été reconnu coupable en juin 2009 de cette vaste escroquerie où quelque 16.000 victimes, ses anciens "clients", ont perdu les dizaines de milliards de dollars qu'elles lui avaient confiées.

"Nous ne voulons pas savoir"

Bernard Madoff estime que l'attitude des banques "était en quelque sorte de dire: 'si vous faites quelque chose de mal, nous ne voulons pas le savoir'". Dans cet entretien, il ne désigne pourtant aucun nom de banque ou d'institution en particulier. Il pointe surtout le manque de recoupement entre les informations dont disposaient les banques et les dossiers déposés auprès du régulateur.

Suivant peu ou prou ce raisonnement, Irving Picard, le mandataire désigné pour représenter les victimes de Bernard Madoff, a engagé une série de procédures à l'encontre de bénéficiaires individuels de la fraude, mais aussi de grandes banques internationales. Il les soupçonne d'avoir profité du montage voire d'avoir contribué à son développement. Dernière banque visée, la JPMorgan est accusée d'avoir été "entièrement complice" de la fraude montée par l'ancienne étoile de Wall Street en ayant choisi "sciemment", comme d'autres établissements financiers, "de détourner les yeux".

Amaigri et agité

Lors de cet entretien de deux heures au New York Times, Bernard Madoff, qui est apparu amaigri et un peu agité, s'est également livré à quelques confidences. Il revient notamment sur le suicide de son fils Mark Madoff, -qui s'est tué deux jours après l'arrestation de son père-, affirmant qu'il n'avait pas imaginé les conséquences sur sa famille. L'escroc justifie aussi son absence des obsèques de son fils par le fait que la prison lui avait interdit de sortir, et surtout, qu'il ne voulait pas imposer "un cirque médiatique" à sa famille.