Paris-Bruxelles, le nouveau bras de fer

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Paris-Bruxelles, le nouveau bras de fer
@ REUTERS
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La Commission européenne a encore exigé des explications de Paris sur les expulsions de Roms.

Les propos de Viviane Reding ont piqué au vif le gouvernement français. Le tort de la commissaire européenne à la Justice ? Avoir critiqué dans des mots très durs la politique d’expulsion des Roms mises en place par la France depuis la fin du mois de juillet, et notamment la fameuse circulaire ciblant "en priorité" cette population. "Je pensais que l'Europe ne serait plus le témoin de ce genre de situation après la Deuxième Guerre mondiale", avait-elle lancé mardi.

"Certains propos ne sont tout simplement pas acceptables", a réagi l’Elysée, mercredi. Même si, à la veille d'un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne (UE) à Bruxelles, la présidence de la République a tenu à calmer le jeu. "Il ne s'agit pas de polémiquer, ni avec la Commission, ni avec le Parlement. "L'heure est à un dialogue apaisé pour traiter le fond des sujets (...) il y a une volonté de traiter les choses au fond plutôt que de se laisser embarquer dans une polémique stérile".

"Mme Reding parle au nom de la Commission"

Pour Eric Besson également, la phrase de Viviane Reding n’est pas acceptable. "Mme Reding est d’ordinaire quelqu’un de plus pondéré. Là, elle dérape", a estimé le ministre de l’Immigration mercredi sur Europe 1. "Elle utilise une expression qui est à la fois choquante, anachronique et qui procède d’amalgames." L’ancien socialiste a par ailleurs déclaré que les propos de Viviane Reding n'engageait qu'elle.

"Faux", a répondu la Commission européenne. "Mme Reding parle au nom de la Commission" européenne, a déclaré lors d'une conférence de presse la porte-parole de l'exécutif européen, Pia Ahrenkilde, ajoutant que les travaux en cours pour évaluer l'attitude de la France "étaient faits en coordination avec le président" José Manuel Barroso.

Le sujet devrait donc peser sur le sommet des dirigeants européens, jeudi, à Bruxelles, où Nicolas Sarkozy entend dire sa façon de penser au président de la Commission José Manuel Barroso, qui a apporté son soutien "personnel" à Mme Reding. Les deux hommes seront assis à la même table.

"Roissy, ce n’est pas Drancy !"

Un peu plus tôt, c’est Pierre Lellouche qui avait vertement réagi au propos de Viviane Reding. "Ce genre de dérapage auquel elle a ajouté sa voix, ça n'est pas convenable", a jugé le secrétaire d’Etat aux Affaires européennes sur RTL. "Le ton qu'elle a pris, sur le thème ‘ça suffit, ma patience a des limites’, ça n'est pas comme cela que l'on s'adresse à un grand Etat".

"Je ne peux pas laisser Mme Reding dire que la France de 2010 dans le traitement de la question des Roms, c'est la France de Vichy (qui a collaboré). Ce n'est pas possible de parler de Deuxième guerre mondiale", a martelé l’ancien député de Paris, très remonté. "L'aéroport de Roissy, ce n'est pas Drancy. Un pécule, un billet d'avion pour le pays d'origine de l'UE, ce n'est pas les camps de la mort, ce n'est pas les chambres à gaz".

Des explications

Sur le fond, la position de Bruxelles, elle, ne change pas : mercredi en début d'après-midi, Viviane Reding a redit qu'elle demandait à Paris des explications, et ce "dans les plus brefs délais". Sur la forme, la commissaire européenne a dit regretter "les interprétations qui détournent l'attention du problème" et surtout n'avoir "en aucun cas voulu établir un parallèle entre la Deuxième Guerre mondiale et les actions du gouvernement français d'aujourd'hui".