Offshore leaks : aux origines du scandale

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Offshore leaks : aux origines du scandale
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RECIT - Les données proviennent de deux sociétés spécialisées dans "l'optimisation fiscale".

L'INFO. C'est la plus grande "fuite" de données informatiques de toute l'histoire. Des millions de transactions "offshore" -pour faire de "l'optimisation fiscale"- ainsi que des dizaines de milliers de noms de sociétés et de particuliers provenant de 170 pays ont été dévoilés par de nombreux médias internationaux jeudi. Comment ce scandale fiscal planétaire a-t-il éclaté ? Explications.

Comment ont fuité les données ? Un simple paquet aurait été envoyé, anonymement, il y a plus d'un an par la poste à une adresse en Australie, raconte Matin Dimanche, un média suisse partenaires de "l'Offshore project". Il contenait un disque dur. Celui-ci aurait ensuite été transmis au Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ), une association de journalistes d'enquête, basée à Washington.

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Qu'y a-t-il dans ce disque dur ? A l'intérieur, 2,5 millions de documents concernant des sociétés "offshore". Sous forme informatique, ces données occupent 260 Gigabytes, soit 160 fois plus que "Wikileaks", les câbles diplomatiques dévoilés en 2010. Il s'agirait principalement de courriers électroniques, bases de données, tableurs, copies de papiers d'identité, lettres…

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© Reuters

D'où viennent ces documents ? Ils sont issus de deux sociétés spécialisées dans les domiciliations offshores : Commonwealth Trust Limited, à Tortola, dans les Iles Vierges britanniques et Portcullis Trustnet, basée à Singapour, active dans les Iles Cook, les Iles Caïman ou Samoa. "Ce sont deux sociétés qui fournissaient les services off-shore à des particuliers, à des banques, à des entreprises. Certains employés ont soustrait 2,5 millions de documents qu'ils ont remis à ce consortium d'investigation américain. C'est la plus grosse mine d'informations jamais révélée sur ce monde très obscur des paradis fiscaux", affirme d'emblée sur Europe 1, Serge Michel, journaliste au Monde, l'un des médias qui a révélé ce scandale.

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Qui a eu accès à ces données ? Près de 80 journalistes de 38 journaux de la presse mondiale ont analysé ces données. Celles-ci concernent environ 120.000 entités financières et près de 130.000 personnes dans environ "170 pays",  précise Serge Michel, journaliste au Monde. "Cela montre toute l'étendue de cette évasion fiscale qui coûte à l'administration du fisc 1.250 milliards par année, dont 50 milliards pour la France", affirme-t-il.

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Comment ont-elles été traitées ? Le consortium américain d'investigation (ICIJ) a dû analyser tous les fichiers. Un prétraitement a été nécessaire, raconte Le Monde. A cause des formes multiples des documents, plusieurs programmes informatiques ont été utilisés dont certains conçus spécialement pour l'opération. Parmi eux : un logiciel de reconnaissance de caractères (OCR) qui a permis de transférer les noms des documents scannés, des logiciels de "free text retrieval" afin de faciliter la recherche ainsi que des programme de "data".

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© Capture

Comment ont-elles étaient transmises ? Puis ces données ont été transférées aux médias partenaires, via une base de données baptisée OMET. Chaque média a un code sécurisé pour accéder aux contenus. Mais comme la navigation sur cette base n'était pas simple, certains journalistes ont dû être assistés par des membres de l'ICIJ. L'une d'entre elles, Anne Michel, rapporte dans Le Mondequ'elle s'est rendue à Madrid pendant trois jours, chez la correspondante de l'ICIJ, afin d'ouvrir ces fichiers. "L'interprétation des données est complexe, il faudra travailler sans relâche, tard dans la nuit", raconte la journaliste qui, par la suite, a enquêter pour comparer les pièces et les faits autour de cette opacité financière.