Nucléaire : un accord Iran-Turquie-Brésil

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Nucléaire : un accord Iran-Turquie-Brésil
@ REUTERS
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L’accord porte sur un échange entre de l’uranium faiblement enrichi et des combustibles.

"Il y a bel et bien une victoire diplomatique pour l’Iran". Jean-François Bayard, chercheur au Centre d’étude et de recherche internationales (Ceri), est clair : l’accord signé entre l’Iran, la Turquie et le Brésil est plus qu’un pied-de-nez aux Occidentaux, qui négocient actuellement à l’ONU pour imposer des sanctions à Téhéran, accusé d’avoir des velléités en matière de nucléaire militaire. "L’Iran a prouvé qu’il n’était pas si isolé que le souhaiterait les Occidentaux, qu’il était capable de s’insérer dans une alliance de pays non-alignés ou émergents", poursuit le chercheur sur Europe 1.

Les sanctions restent d’actualité

Fruit d'une médiation du Brésil et de la Turquie, membres non permanents du Conseil de sécurité des Nations-Unies, l'accord a été signé à Téhéran par les trois chefs de la diplomatie en présence des présidents iranien Mahmoud Ahmadinedjad et brésilien Luiz Inacio Lula da Silva et du Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan. Il prévoit l'envoi de 1.200 kilos d'uranium iranien faiblement enrichi en Turquie (3,5%) pour y être stocké et échangé dans le délai maximum d'un an contre 120 kilos de combustible enrichi à 20% nécessaire au réacteur de recherche de Téhéran, selon le ministère iranien des Affaires étrangères.

Sans catégoriquement rejeter l'accord, les Etats-Unis ont affirmé qu'il ne changeait "rien aux démarches entreprises pour que l'Iran respecte ses engagements, et cela inclut les sanctions". Le département d'Etat a même évoqué des "progrès importants" dans la recherche d'une résolution. "Les Etats-Unis et la communauté internationale éprouvent toujours de graves inquiétudes" sur ce dossier nucléaire, a dit la Maison-Blanche, estimant que l'offre devrait être "soumise à l'AIEA avant qu'elle ne puisse être évaluée par la communauté internationale".

La réalité du terrain

Aux réticences occidentales s’ajoutent, pour l’Iran, la réalité du terrain. Car l’accord "suppose l’approbation et la coopération d’autres pays, à savoir la Russie, et éventuellement la France, qui sont censés contribuer au processus technique. Parce que la Turquie n’a pas les moyens techniques de cette opération", indique Jean-François Bayard.

En outre, poursuit le chercheur, "le processus de prise de décision en Iran est extrêmement complexe. Les signataires de l’accord, notamment Ahmadinedjad, même si ils ont clairement bénéficié de l’approbation du Guide de la révolution Ali Khamenei, ne sont pas forcément complètement maîtres du jeu. Donc il peut y avoir des retournements, y compris à Téhéran."