Nucléaire iranien : pourquoi tout reste à faire

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Nucléaire iranien : pourquoi tout reste à faire
@ AFP/BRENDAN SMIALOWSKI
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L'accord-cadre passé entre les grandes puissances mondiales et Téhéran sur le dossier du nucléaire iranien a été salué par Barack Obama qui voit là une "entente historique". A-t-il raison de se féliciter ?

Un moment historique… Jeudi soir à Lausanne s'est joué un moment d'Histoire. Un tournant dans les relations diplomatiques entre l'Iran chiite et les grandes puissances mondiales, dont les Etats-Unis, "Grand Satan" dénoncé des années durant par le régime de Téhéran. Un tournant initié lorsque les négociations sur le nucléaire iranien, qui achoppent depuis 2003, ont enfin débouché sur un accord

Les bases en sont simples : d'un côté, les puissances mondiales lèvent l'embargo qui frappe l'économie iranienne depuis 9 ans maintenant et laissent l'Iran développer son programme nucléaire civil. De l'autre, Téhéran s'engage à abandonner toute ambition de programme nucléaire militaire. Un accord sans précédent, qui permet à la puissance chiite de peser de tout son poids (diplomatique, économique, mais aussi militaire) dans un Moyen-Orient où se développe le djihadisme sunnite, porté par l'organisation de l'Etat islamique. 

… mais rien n'est encore joué. Le marché semble clair, pourtant, il n'en est rien. Comme bien souvent dans les relations diplomatiques, le diable se cache dans les détails et les vrais termes de l'accord se dessinent dans les articles, amendements et autres petites modifications techniques apportées en aval. Et à ce niveau-là, rien ou presque n'est encore décidé, puisque la version finale de l'accord sur le nucléaire iranien ne devrait pas être signée avant le 30 juin prochain. Si et seulement si l'Iran et ses interlocuteurs parviennent à s'entendre sur la mise en œuvre des grandes lignes fixées à Lausanne. 

>> Quels sont les points sensibles de la mise en application de l'accord sur le nucléaire iranien ? Quels obstacles devra-t-on encore franchir pour parvenir à assurer la sécurité de la région et le développement économique du pays ? Europe1.fr fait le point.

Les modalités du contrôle exercé par l'AIEA 

Si les règles sur le nombre de centrifugeuses et le degré d'enrichissement de l'uranium semblent fixées dans le détail comme l'a expliqué Laurent Fabius ce matin sur Europe 1, d'autres points de l'accord ne le sont pas encore. A commencer par la durée pendant laquelle les inspecteurs de l'AIEA (Agence Internationale pour l'Energie Atomique) pourront contrôler par surprise les installations nucléaires iraniennes pendant 25 ans. Si l'Iran a autorisé "un accès sans précédent" à ses installations, notamment celles de Fordow et Natanz, la conseillère à la sécurité nationale américaine Susan Rice a bien précisé que l'accord a été pris dans l'optique "ne crois pas et vérifie" : " Nous ne nous basons en rien sur la confiance", a-t-elle-même ajouté. L'ancien directeur adjoint de l'AIEA Olli Heinonen avait récemment rappelé dans un entretien avec le think tank Washington Institute (en anglais) le précédent russe, lorsque Moscou était parvenue à développer son programme nucléaire "pendant de nombreuses années sans être découverts malgré d'énormes efforts de renseignement".  

La mise en œuvre de la levée des sanctions économiques

C'est le point le plus flou tant il est difficile pour l'instant de savoir dans quelle mesure et quand seront levées les sanctions économiques prises à l'encontre de l'Iran. Il faut déjà distinguer plusieurs types de sanctions : celles prises par l'UE (qui prévoit bien de les supprimer) et celles prises par les Etats-Unis (qui prévoient uniquement de les suspendre, et non de les retirer). Le texte prévoit de mettre en place ces deux décisions seulement lorsque l'AIEA aura confirmé le respect des engagements pris par Téhéran. Mais l'Iran aimerait de son côté obtenir la levée de ces sanctions dès la ratification de l'accord.

L'obstacle extérieur : le Sénat américain qui grince des dents 

Enfin, se dresse un dernier obstacle, institutionnel celui-là. Alors qu'Obama a fait du rapprochement avec l'Iran un de ses grands chantiers de politique étrangère de son mandat, les Républicains, qui détiennent la majorité au Sénat et au Congrès depuis les élections de mi-mandat de novembre dernier. Par calcul politique, et puisque la ligne du parti se rapproche plus des intérêts d'Israël, 47 sénateurs républicains ont écrit aux dirigeants iraniens. Dans cette lettre, les sénateurs ont prévenu les Iraniens que seul le Congrès disposait du pouvoir de lever définitivement les sanctions américaines, adoptées sous la forme de lois ces dernières années. De plus, les sénateurs du parti de l'opposition ont déjà annoncé qu'ils allaient soumettre une proposition de loi pour rétablir les sanctions si elles venaient à être suspendues. S'ils détiennent la majorité simple dans la Chambre haute, (54 élus sur 100 sièges), ils ont besoin d'obtenir la majorité des deux-tiers (67 votes) pour éviter le veto de Barack Obama. C'est pourquoi ils tentent actuellement de rallier 13 démocrates à leur cause.  

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