Manuel Valls : l'indépendance de la Catalogne "est une illusion"

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L'ancien Premier ministre Manuel Valls, natif de Barcelone, déplore que les mouvements indépendantistes aient fait de fausses promesses aux Catalans, menant à une indépendance dangereuse.

INTERVIEW

L'Espagne se réveille avec la gueule de bois. Vendredi soir, le Parlement de Catalogne a déclaré l'indépendance, trois semaines après le référendum qui a ébranlé la région et le pays entier. Un séisme politique et sociétal que redoute Manuel Valls, originaire de Catalogne. L'indépendance "est une illusion", déplore le député et ancien Premier Ministre, invité d'Europe 1, samedi. "Les dégâts ne seront pas uniquement politiques, c'est plus profond que cela. La société est divisée, les familles sont divisées sur le sujet de l'indépendance", ajoute-t-il.

Valls blâme le mouvement indépendantiste. Manuel Valls estime que l'indépendance proclamée vendredi repose sur des fausses promesses enracinées depuis de nombreuses années dans la population. "La société catalane est très divisée. Elle a été travaillée pendant plusieurs années par les mouvements indépendantistes. Il y a des gens à qui on a fait croire que l'indépendance était possible, sans conséquences, qu'on pouvait sortir de l'Espagne en restant membre de l'UE et de la zone euro, que les entreprises locales resteraient et que d'autres viendraient même s'installer en Catalogne. C'est une illusion", dénonce le natif de Barcelone.

Pour Manuel Valls, il n'y a pas de doute possible : "C'est le mouvement indépendantiste qui a cherché à faire croire que le destin de la Catalogne ne s'inscrivait pas au sein de l'Espagne". Une croyance qui inquiète fortement le député de l'Essonne. "La Catalogne bénéficie d'un statut d'autonomie qui n'a pas d'égal en Europe, que nous-mêmes en France avons du mal à comprendre. Mais la force de la Catalogne, c'est justement d'être à la fois catalane et espagnole et européenne. Vous enlevez un de ces éléments et c'est l'identité catalane qui s'effrite, se fracture et même peut disparaître si on ne prend pas garde."

Quand on met en cause d'État, la Nation, son unité, ce sont des faits particulièrement grave

Le dialogue doit perdurer. "Le gouvernement espagnol a pris la bonne décision", estime Manuel Valls au lendemain de la suspension par Madrid des autorités espagnoles. "Les conséquences du séparatisme sont passibles de la loi, dans n'importe quel pays. Quand on met en cause d'État, la Nation, son unité, ce sont des faits particulièrement graves". L'ancien Premier ministre demande toutefois à ce que "le dialogue s'organise après les élections". "Madrid a suspendu les dirigeants de l'autonomie catalane, pas l'autonomie en elle-même. L'Espagne n'a pas envie que cette situation perdure", explique-t-il.

Appel à l'Union européenne. Mais le conflit ouvert entre les responsables catalans et le gouvernement de Madrid n'a-t-il pas franchi le point de non-retour ? "Je ne l'espère pas. Qu'un grand État européen se fracture ouvrirait une faille en Europe. Il faut être très attentif, la construction européenne est fragile", prévient Manuel Valls, qui demande au passage une intervention plus marquée de l'Union européenne. "Il faut que les autorités européennes parlent fort. Elles le font maintenant mais elles ont trop tardé avant le référendum du 1er octobre."

Sur un plan plus personnel, Manuel Valls s'inquiète de voir la région qui l'a vu naître perdre son identité. "Barcelone, c'est une marque que tout le monde connait. C'est plus qu'un club de football, c'est Gaudi, c'est les vacances, la mer. C'est une ville-monde, une ville ouverte. Et là, on lui propose de se replier sur elle-même", regrette-t-il. Il conclut : "On peut être catalaniste et opposé à l'indépendance".